Rachid Taha a été enterré à Alger sur la terre de ses ancêtres

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 17/09/2018 à 15H15, publié le 13/09/2018 à 13H48
Rachid Taha à Ankara (2018)

Rachid Taha à Ankara (2018)

© Evren Atalay / ANADOLU AGENCY

Rachid Taha, figure du rock français des années 80 puis voix du raï et du chaâbi décédé mercredi, a été inhumé vendredi à Sig, dans l'ouest algérien, qu'il avait quitté à l'âge de 10 ans. Sa dépouille couverte du drapeau algérien a été mise en terre au cimetière Sidi Benziane, en début d'après-midi, après la prière du vendredi. A Paris, ses amis lui avaient rendu hommage jeudi matin.

En Algérie vendredi, une foule d'anonymes comme de personnalités est venue rendre hommage au chanteur, décédé à 59 ans en France des suites d'une crise cardiaque dans la nuit de mardi à mercredi.

"Je pleure sans larmes tant le choc est grand", confie sa mère, Aïcha. A 77 ans, la vieille dame observe le défilé incessant des personnes venues présenter leurs condoléances dans la villa familiale qu'elle occupe avec son mari, en banlieue de Sig. Ce dernier, Ali,  répète à qui veut entendre sa "fierté" pour ce fils "exemplaire" pour ne pas céder au chagrin. Une grande tente a été érigée devant son domicile pour accueillir les visiteurs. "C'est brutal, on ne s'y attendait pas", répètent-ils inlassablement.

Son épouse Véronique a déposé une tasse sur sa tombe

La veuve du chanteur, Véronique, souligne que cet enterrement est à l'image du chanteur: modeste et convivial.
"Ici, la façon d'accueillir la mort est très humble. Même en pareilles circonstances, on retrouve la générosité et la chaleur familiale", remarque-t-elle.

Un jour, Rachid Taha lui avait expliqué que les morts, chez lui, étaient recouverts de terre, et non de marbre comme en France. Elle lui avait demandé comment les gens reconnaissaient les tombes: il avait répondu qu'avant, les gens posaient une tasse de café ou un accessoire quelconque pour les identifier. Même si elle sait qu'aujourd'hui les tombes sont identifiables - le nom du défunt figure sur des stèles -, Véronique a amené de France une tasse pour la déposer sur la tombe de son mari.

Les hommages continuent d'affluer en France

La musique franco-algérienne a perdu son "porte-étendard" après la mort de Rachid Taha, selon la radio musicale Radio Nova. Pour L'humoriste franco-marocain Jamel Debbouze, son "frère" Rachid Taha était "l'éclaireur" avec "sa musique, son coeur et ses textes".

"Rachid, le monde vient de perdre des couleurs. Prenons-nous dans les bras pendant que le loup n'y est pas", a réagi de son côté le rappeur franco-malien Oxmo Puccino, tandis que le musicien Matthieu Chedid a simplement tweetté "Mon tendre ami Rachid".

La ministre française de la Culture Francoise Nyssen a salué la mémoire de Rachid Taha qui "savait tout chanter, tout réinventer - The Clash autant que Trenet", tandis la maire de Paris Anne Hidalgo a rendu hommage à un "artiste profondément libre et à la fois si engagé".


Outre-Manche, Damon Albarn de Blur et des Gorillaz, a posté une vidéo Instagram où l'on voit Rachid Taha chanter "Rock The Casbah" avec lui sur scène au festival Glastonbury de 2007 en compagnie du projet "Africa Express".

 

Rachid Taha s'apprêtait à sortir un nouvel album

Taha était une des personnalités fortes et attachantes de la scène rock française dès ses débuts en 1981 avec Carte de Séjour, qu'il avait formé à Lyon avec quatre autres musiciens et dont il était le charismatique leader. Incarnant la génération "beur", le groupe participa notamment à la fameuse Marche pour l'égalité et contre le racisme en 1983.

Musicalement, Rachid Taha avait réussi avec Carte de séjour la fusion entre raï et rock, l'artiste continuant toute sa carrière à mélanger sons moyen-orientaux avec musiques world, funk ou techno. En 2016, Rachid Taha reçut une Victoire de la musique pour l'ensemble de sa carrière.

Il s'apprêtait à sortir un nouvel album, dont le premier morceau devait s'intituler "Je suis Africain".