Prince plus vivant que jamais sur son album posthume "Piano & A Microphone"

Mis à jour le 21/09/2018 à 09H23, publié le 20/09/2018 à 16H47
Prince en backstage durant la tournée "1999", en 1982 ou 1983.

Prince en backstage durant la tournée "1999", en 1982 ou 1983.

© Allen Beaulieu / The Prince Estate

Après plus de deux ans sans Prince, voilà que sort le premier véritable album posthume du Kid de Minneapolis. "Piano & A Microphone" est une répétition intime enregistrée en 1983 sur cassette, durant laquelle Prince improvise et travaille ses chansons, seul au piano, un an avant "Purple Rain". Une authentique merveille, contenant neuf titres dont quatre inédits, qui valait la peine d'être exhumée.

Cet album est une divine surprise

Un premier album posthume de Prince ? Avouons-le, l’annonce de la parution de cet album par le Prince Estate (ses héritiers frères et sœurs) nous avait trouvé aussi excités que circonspects.

Autant les fans de Prince savent qu’il composait en permanence et que des bijoux par dizaines dorment sans doute encore dans ses archives, autant la perspective d’aller fouiller dans ses poubelles pour en exhumer des chutes convertibles en dollars n’a rien de réjouissant.

Or l’écoute de "Piano & A Microphone" balaye instantanément tous les doutes. Quelle divine surprise ! Quel cadeau !

Prince comme on l'aime : drôle, émouvant, éternel

Cet album posthume, à ne pas confondre avec la tournée ultime de Prince en 2016 qui portait le même nom, est une cassette de répétitions. Il s'agit d'un document intime de 35 minutes montrant Prince en plein processus créatif, seul au piano dans son studio de Chanhassen (Minnesota) en 1983, au pic de sa productivité (il travaille alors aussi pour ses satellites The Time, Vanity 6 puis Apollonia 6), peu avant que n’explose sa notoriété mondiale avec "Purple Rain". 

Voilà le Prince que ses admirateurs aiment par dessus tout. Absolument libre, tour à tour terriblement drôle et incroyablement émouvant, s’amusant sans retenue au piano et s’exprimant dans tous les registres vocaux. Bref, jouant avec ses chansons comme un enfant avec de nouveaux jouets, les retournant dans tous les sens, les considérant et les goûtant en les faisant rouler comme des bonbons en bouche.
 
Rare privilège, nous sommes la petite souris regardant par dessus l’épaule du maître lors d’une répétition privée où Prince apparaît surtout débordant de sève et d’imagination, débordant de vie. Pour ne rien gâcher, débarrassés de tout accompagnement, de tout arrangement et de tout marqueur d'époque, les morceaux se révèlent, dans toute leur nudité, parfaitement intemporels. 

Quatre inédits absolus, dont deux à grimper aux rideaux

Au menu : neuf chansons. On y compte cinq versions inédites de chansons déjà connues et quatre chansons jamais sorties officiellement dans quelque version que ce soit (bien que certains fans connaissent ce document en tant que pirate : il circulait sous le manteau de longue date sous le titre "Intimate Moments With Prince").

Parmi les quatre inédits, ruez-vous sur "Mary Don’t You Weep", un spiritual classique du XIXe qui devient entre les mains de Prince un genre de gospel au groove extraordinaire sur laquelle il se fait la voix, et que les spectateurs de "BlacKKKlansman", le dernier film de Spike Lee, ont pu entendre durant le générique de fin.

"Cold Coffee & Cocaine" est également un must absolu, sur lequel Prince cabotine avec un humour ravageur. Dans cette improvisation drôlatique, il semble imiter James Brown, et s’adresse à une maîtresse qu’il promet de quitter car elle n’a que que du café froid et de la cocaïne à lui offrir.


Impossible de passer sous silence également la rareté qui clôt l'album, "Why The Butterflies", une longue improvisation où Prince s’abandonne et répète comme un mantra "mama, mama" avec des accents poignants.

L'album est désormais disponible sur toutes les plateformes, dont Deezer.

Quelques pépites aussi dans les versions inédites

Parmi les titres déjà parus sous une autre forme, "17 Days", considéré par certains fans comme une des meilleures chansons de Prince, apparaît ici dans une version géniale au groove échevelé, antérieure et bien différente de celle qui a finalement été publiée en face B du single "When The Doves Cry" en 1984.

Autre pépite, "Strange Relationship", qui a connu divers stades avant de sortir sur "Sign O’ The Times" en 1987. Ici, Prince s’amuse clairement et essaye de voir ce qu’il pourrait faire de cette chanson.
 
Enfin, on ne peut louper la brève version de "Purple Rain", une ébauche du hit mondial qui fera exploser sa notoriété un an plus tard, et dont le style fait écho ici à Joni Mitchell, qu’il révérait, et dont la reprise inspirée de "A Case Of You" suit directement sur cette cassette.
 
Pour redécouvrir Prince, poser un regard neuf sur sa prolifique discographie et renouer avec la jouissance que nous procurait non seulement la musique mais aussi la personnalité de ce génie trop tôt parti, on pouvait difficilement espérer mieux.

L'album de Prince "Piano & A Microphone" (Warner) sort vendredi 21 septembre 2018

"Piano & A Microphone" titre par titre

Toutes les versions de cet album sont inédites mais nous vous livrons la brève histoire de chaque morceau.
1. 17 Days. Ce titre enregistré à l’époque pour Apollonia 6, est finalement sorti dans une autre version en face B du single "When The Doves Cry" en 1984, quelques semaines avant l’album "Purple Rain". Il s’agit d’un des tout premiers titres crédité Prince and The Revolution.
2. Purple Rain. Cette chanson sortie sur l’album du même nom en 1984 dans une version beaucoup plus musclée, est le hit qui a propulsé Prince au sommet des charts mondiaux
3. A Case of You. Cette reprise de Joni Mitchell que Prince adorait a finalement été enregistrée en studio en 2001 et est sortie sur son 25e album "One Nite Alone" en 2002.
4. Mary Don’t You Weep. Cette reprise fantastique par Prince d’un spiritual classique du XIXe n’était jamais sortie.
5. Strange Relationship. Après avoir connu divers stades, avec puis sans Wendy Melvoin et Lisa Coleman de The Revolution, ce titre est finalement sorti sur "Sign O’ The Times" en 1987.
6. International Lover. Un titre sorti en 1982, l’année précédent cette cassette, sur l’album "1999".
7. Wednesday. Ce titre inédit sans doute composé avec The Revolution, devait initialement être inclus dans le film et l’album "Purple Rain" dont il fut finalement écarté.
8. Cold Coffee & Cocaïne. Jamais sortie ni jouée live, cette chanson sur laquelle Prince fait le clown est un must parmi les inédits de ce disque.
9. Why The Butterflies. Une véritable improvisation, une jam pour le pur bonheur de jouer, jamais sortie ni jouée live.