Philippe Manœuvre ressuscite 111 chefs-d’œuvre du rock injustement oubliés

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/12/2017 à 18H51, publié le 14/12/2017 à 17H51
Philippe Manœuvre

Philippe Manœuvre

© LAURENT BENHAMOU/SIPA

"La discothèque secrète de Philippe Manœuvre (Collector 111 trésors cachés du rock)" paraît aux Editions Hugo Desinge. Le célébrissime critique pose le postulat que l’histoire du rock fourmille de monuments inconnus, sous-estimés et parfois complètement oubliés. Il nous permet d’en redécouvrir plus d’une centaine. Leçon d’humilité et excitation musicale assurées.

Et si le rock était un sport de losers magnifiques ? C’est en quelque sorte la conclusion que l’on pourrait tirer d’une plongée dans le livre que Philippe Manœuvre vient de faire paraître aux Editions Hugo Desinge. "La discothèque secrète de Philippe Manœuvre", son titre intrigue et attire, mais c’est son sous-titre qui déclenche l’envie irrésistible de l’ouvrir : "Collector, 111 trésors cachés du rock". On se dit d’ailleurs que c’est sans doute ainsi que l’auteur a d’abord voulu titrer à son ouvrage.

Magnifiques, ces losers ? Sans doute au moins autant que ceux qui brillent au firmament de la gloire. On découvre d’ailleurs que certains des albums choisis par Manœuvre pour les ressusciter portent la signature de plusieurs d’entre ces stars éternelles : Lennon, Zappa, Jagger ou les Beach Boys par exemple. Mais il est bien ici question d’albums oubliés, même si la plupart de leurs signataires ont subi le même sort.

Le premier ressuscité : 1963, Jack Nitsche "The Lonely Surfer"

Chronologie

Le grand et gros livre de plus de 230 pages respecte la chronologie de la sortie des albums chroniqués. Il s’ouvre en 1963 avec celui de Jack Nitzsche "The Lonely Surfer" et se referme en 2015 avec "In Triangle Time" de Kelley Stoltz. Comme pour chacun des 111 opus tirés de l’oubli par l’homme aux lunettes (piquées à Lou Reed ?), Manœuvre a d’abord la bonne idée de présenter la pochette originale. Et pas seulement son recto. Le verso est aussi là, visiblement scanné du vinyle, avec parfois quelques égratignures ou une signature autographe de l’artiste. L’arrière de la pochette comporte en effet souvent de nombreuses informations et se révèle souvent plus précieux que le recto.

 1971, Philippe Manoeuvre retient l'album "Living by the day" de Don Nix

Structuré

Chaque chapitre se divise en trois textes bien distincts. Le premier, une colonne à la gauche de la double page, remet d’une manière ou d’une autre l’artiste dans son époque, précise un point important de sa biographie ou rappelle un moment de l’histoire du rock en lien avec l’album. Le deuxième texte, sous la reproduction de la pochette, explique pourquoi le disque choisi trouve sa place parmi les 111 privilégiés ici tirés de l’oubli. Le troisième, une autre colonne, cette fois à droite de la double page explique ce que sont devenus les artistes… Est-il utile de préciser que ça finit souvent mal ?

1970, à redécouvrir : "Them Changes" de Buddy Miles

Delaney and Bonnie

Un exemple, au hasard… ou pas au hasard du tout : 1971, "Motel Shot" de Delaney and Bonnie avec leur plus grand succès "Never ending song of love". Philippe Manœuvre choisit de réhabiliter cet album d’un duo folk, country et delta blues que peu de mélomanes d'aujourd'hui connaissent. Ces musiciens et compositeurs ont pourtant accompagné les plus grands : Clapton et George Harrison par exemple. Avec Delaney and Bonnie (et tous les musiciens qui se succèdent auprès du couple), Manœuvre nous rappelle qu’on est en plein dans le thème.
Ainsi, affirme Manoeuvre, Bonnie Bramlett aurait pu occuper la place qui est celle de Janis Joplin. L’album "Motel Shot" est enregistré en deux jours avec les copains de passage qui ne sont autres que des pointures de la taille de Duane Allman, Joe Cocker, Leon Russell ou Gram Parsons. Excusez du peu !  Manoeuvre raconte la petite histoire qui se cache derrière l’album, évoque les chansons, les conditions d’enregistrement. L’auditeur qui connaît et aime l’album depuis les années 70 se dit qu’il a eu du nez… contrairement à ce qu’il ressent au fil de la plupart des autres pages du livre. Bonnie a quitté Delaney… Delaney meurt oublié et alcoolique. Bonnie chante toujours… voilà la conclusion de la colonne de droite. Celle qui fait le point sur le groupe au présent.

2001, The Richmond Sluts à réhabiliter

Streaming

"La discothèque secrète de Philippe Manœuvre" se lit comme on écoute son auteur. Il n’est pas rare, au fil des pages, d’avoir l’impression d’entendre sa voix reconnaissable dès les premiers mots. Il faut reconnaître que c’est assez agréable. Il faut aussi profiter des avantages de la technologie, filer sur un site de streaming et écouter la musique dont Manœuvre nous parle en même temps qu'on lit ce qu'il a à nous en dire. Un beau programme et de quoi passer des fêtes de fin d’année au chaud, à la découverte de ces perles oubliées. Des œuvres que, sans Philippe Manœuvre et pour la plupart, nous aurions sans doute toujours ignorées. Merci M. Manœuvre !
 
La discothèque secrète de Philippe Manœuvre

La discothèque secrète de Philippe Manœuvre

© Hugo Desinge

 

La discothèque secrète de Philippe Manœuvre

Editions Hugo Desinge 233 pages 25 euros