Morrissey des Smiths déballe tout dans son autobiographie

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/10/2013 à 18H00, publié le 21/10/2013 à 19H52
Morrissey sur scène à Miamo, en 2004.

Morrissey sur scène à Miamo, en 2004.

© Marianne Armshaw/WENN/SIPA

L'ancien chanteur charismatique des Smiths, groupe de pop-rock adulé des années 80, est une icône outre-Manche. Connu pour ses textes introspectifs, révéré par toute une génération, de Jeff Buckley à Thom Yorke, Morrissey sort son autobiographie en anglais. Sobrement baptisée "Autobiography", elle était attendue comme le Messie. Il s'y raconte sans fard.

"Naturellement, ma naissance a quasiment tué ma mère, ma tête étant trop grosse..." commence-t-il. Et c'est parti pour 457 pages. Morrissey, 57 ans, raconte d'abord son enfance dans un milieu ouvrier de la diaspora irlandaise à Manchester, dans les années 60. De l'école primaire au collège, il retient surtout les brimades à répétition et les coups de baguette d'un directeur inhumain. "Chaque jour est Kafka-esque en son cauchemar", résume-t-il.
La pochette du premier album des New York Dolls, dont Morrissey est un grand fan.

La pochette du premier album des New York Dolls, dont Morrissey est un grand fan.

© DR
Les amours d'un "humasexuel"
Son premier coup de foudre ? C'est pour "Jerry Nolan sur la pochette du premier album des New York Dolls", dont il a toujours été notoirement fan. Il s'agit, dit-il "de la première femme dont je suis tombé amoureux". Mais comme dans "Certains l'aiment chaud", il y a erreur sur la personne puisqu'il s'agit d'un homme et non d'une femme...

D'ailleurs, Morrissey, qui a toujours cultivé le flou sur son orientation sexuelle, révèle dans ce livre avoir eu sa première véritable relation sentimentale à 35 ans, avec un homme. Il s'agissait du photographe Jack Owen Walters, avec lequel il a entretenu une relation entre 1994 et 1996.

"Jake et moi n'avons ni éprouvé le besoin ni recherché la compagnie d'autres personnes pendant la période tourbillonnante qui s'ouvrait à nous et pour la première fois de ma vie, l'éternel +je+ est devenu +nous+, preuve que, finalement, je peux m'entendre avec quelqu'un", écrit le chanteur, dont l'une des influences majeures a été Oscar Wilde.

Il confie également avoir ensuite envisagé d'avoir un enfant avec une Américaine née en Iran, Tina Deghani, dont il est tombé amoureux à la fin des années 90, alors qu'il vivait à Los Angeles. Il la qualifie de "constante de toute une vie".

Au cas où un doute persisterait, Morrissey a publié samedi 19 octobre un communiqué sec et définitif. "Malheureusement, je ne suis pas homosexuel. Techniquement, je suis humasexuel. Je suis attiré par les humains. Mais, bien sûr, peu d'entre eux."
Les hauts et les bas avec les Smiths
Bien sûr, "Moz" comme il est surnommé avec affection par ses fans, évoque son militantisme pro-végétarien et les poètes qu'il affectionne, mais il revient aussi sur l'ascension des Smiths entre 1982 et 1987, avec lesquels il chroniquait la vie de la classe ouvrière sur des musiques du guitariste Johnny Marr. 

Johnny Marr, dont l'amitié avec Morrissey  était à l'origine et au coeur du  groupe, est décrit de façon positive dans le livre mais on ne peut pas en dire autant du batteur Mike Joyce et du bassiste Andy Rourke - et de la majorité de la race humaine, peu de personnes trouvant grâce à ses yeux.
 
Morrissey  consacre une cinquantaine de pages au combat judiciaire qu'il a  mené concernant les droits, après la séparation du groupe en 1987, contre Mike Joyce, qu'il qualifie de "puce à la recherche d'un chien". Il reconnaît toutefois que la section rythmique des Smiths était exceptionnelle, "un cadeau de Jesus", en ce qu'elle lui permettait d'être "libre comme un faucon" en tant que chanteur.
Il révèle également qu'après le départ du guitariste Johnny Marr en 1987, le critique rock Nick Kent a proposé de le remplacer. Mais aussi que Johnny Marr s'était un temps dit prêt à reformer le groupe, une option écartée par Morrissey. "Survivre aux Smiths n'est pas quelque chose qui doit être tenté à deux reprises", se justifie-t-il.

Alain Delon et les visuels des Smiths
Concernant les pochettes et les visuels du groupe, si particuliers à l'époque, il explique que l'idée était de "prendre des images qui étaient l'opposé du glamour et de leur injecter assez de désir pour montrer leur ordinarité comme un instrument de pouvoir - ou éventuellement, de glamour", rapporte le NME. Il souligne qu'ils ont souvent eu du mal à obtenir les images qu'ils ciblaient, les personnalités telles que le footballeur George Best ou l'acteur Alan Bates refusant de laisser utiliser leur photo.

Mais l'acteur Alain Delon avait en revanche approuvé l'utilisation de son image sur la pochette de "The Queen is Dead", tout en soulignant que ses parents étaient contrariés par le fait qu'on puisse baptiser un album "La Reine est Morte".

Les 150 premières pages sont éblouissantes
Qu'en dit la critique ? Que les 150 premières pages sont magnifiques, captivantes, sensibles et poétiques. Et qu'elles justifient peut-être à elles seules la sortie de cet ouvrage chez Penguin Classic, qui hisse directement cette pop star aux plus hautes cîmes de la litterature, aux côtés de Joyce, Oscar Wilde et DH Lawrence.

Mais que les 307 pages restantes, qui débutent pourtant avec la naissance des Smiths, sont décevantes. Le Guardian lui reproche son auto-complaisance, ses longues phrases absconses et les interminables passages qu'il consacre aux démêlés judiciaires avec ses anciens comparses.

Seules 70 pages évoquent l'expérience de Morrissey au sein des Smiths, précise le critique John Harris. Et un quart de celles-ci sont des griefs vis à vis du label et du fondateur du label indépendant Rough Trade, même s'il avoue que Marr et lui avaient signé les contrats "sans les lire".  

Il aurait peut-être dû réécouter ses propres textes, et en particulier "I Know It's Over" dans lequel il chantait "It's so easy to laugh/It's so easy to hate/It takes guts to be gentle and kind". (C'est si facile de rire,/Si facile de haïr/ Il faut du cran pour être doux et gentil).