Les Rolling Stones ont inauguré le U Arena avec panache jeudi soir

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 20/10/2017 à 17H55, publié le 20/10/2017 à 12H37
Mick Jagger sur scène avec les Stones au U Arena le 19 octobre 2017.

Mick Jagger sur scène avec les Stones au U Arena le 19 octobre 2017.

© Patrick Kovarik / AFP

Cinquante-trois ans après leur premier passage à Paris (à l'Olympia en 1964, comme l'a rappelé Mick Jagger), les Rolling Stones ont encore donné toute "satisfaction" jeudi soir, pour le premier de leurs trois concerts prévus ces jours-ci au U Arena de Nanterre. L'occasion de vérifier les atouts de cette toute nouvelle salle de l'ouest parisien qu'ils avaient l'honneur d'étrenner.

Une transe de tous les diables

21h02 : ils sont pile au rendez-vous mais pourtant on voit rouge : les lumières écarlates crépitent, les tam-tams et les premières notes de piano de "Sympathy For The Devil" résonnent avant que Mick ne surgisse de cette bouche de l’enfer, ondulant comme un serpent, les bras ouverts. Puis Keith et Ronnie lui emboîtent le pas, dégainant leurs riffs à l’unisson sur cette danse du diable éternelle nimbée de rougeoiements électriques.

"Ca va Paname ? Bonsoir la France, à la U Arena on est tous des vierges ce soir", lance Mick en jean’s noir et veste de velours chamarrée avant d’attaquer le second titre, "It’s Only Rock’n Roll". Keith en long manteau noir, son écharpe jamaïcaine vissée sur la tête, avance jusqu’à l'extremité gauche de la vaste scène, Ron Wood est en forme malgré ses récents soucis de santé et Charlie assure le métronome avec classe, tout en souplesse.
Keith Richards (et Charlie Watts au second plan), jeudi 19 octobre 2017 au U Arena.

Keith Richards (et Charlie Watts au second plan), jeudi 19 octobre 2017 au U Arena.

© Patrick Kovarik / AFP

Ces Titans du rock assurent-ils ?

Sur scène en permanence ils seront six, avec le bassiste Darryl Jones et le claviériste Chuck Leavell, et ponctuellement augmentés de deux choristes et de deux cuivres dont un saxophone expressif. Peu, finalement, pour occuper cette très vaste scène en forme de croix.

Dans cette salle de 40.000 personnes, on voit beaucoup mieux le groupe qu’au Stade de France et presque aussi bien qu’à l’AccorHotel de Bercy. Les quatre écrans verticaux de 15 ou 20 mètres qui occupent tout le fond de scène renforcent l’illusion de proximité avec le groupe: les Stones ressemblent à des Titans qu’on pourrait presque toucher.

Bien sûr nous sommes émus. Mais pourquoi au juste ? Pourquoi les Stones nous font-ils toujours cet effet-là ? En raison de leur âge ? Parce qu’ils sont la projection d’un idéal que la vieillesse ne viendra jamais gâter ? Alors on a fermé les yeux et oublié deux minutes qu’ils étaient ces géants du rock et on a tendu l’oreille.

C’est bien pour la musique qu’on les aime. Pour ces riffs inusables qu’on pourrait même fredonner en dormant. Mais assurent-ils ? Oui, et ce qui frappe ce soir ce sont les arrangements sans fioritures, le groupe est organique et ramassé, on ne sent pas de musicien fantôme dans l’ombre, de désir de muscler tout ça pour les stades. Quant au groove, il est omniprésent.
Keith Richards, le bassiste Darryl Jones et Ron Wood très complices jeudi 19 octobre au U Arena.

Keith Richards, le bassiste Darryl Jones et Ron Wood très complices jeudi 19 octobre au U Arena.

© Patrick Kovarik / AFP

Un show bien rôdé mais pas dénué d'âme

Certes les réglages laissent à désirer mais les Stones essuient les plâtres ce soir. Et les accidents de parcours de Keith, qui ne se départira pas d’un large sourire toute la soirée, font partie du show : ce n’est pas du playback mais du rock’n’roll, et une miette d’accident ne nuit pas à ce show bien huilé.

Car la setlist du No Filter Tour est désormais bien rôdée. Tous les tubes y passent, de "Tumbling Dice" à "Paint it Black", "Start Me Up" et "Jumpin Jack Flash". Mais ce déroulé n'est pas dénué d'âme. Sur "Let’s Spend The Night Together", le claviériste Chuck Leavell fait par exemple sonner son instrument comme un vieux piano de bastringue enfumé et ça fait toute la différence.

Il y a aussi "Just Your Fool" et "Ride’Em On Down", deux belles reprises de blues extraites de leur dernier album "Blue and Lonesome". Les Stones y font merveille, prouvant qu'ils sont sur scène le meilleur groupe de blues de la planète.
Une vue du concert des Rolling Stones au U Arena depuis l'extrémité de l'avant-scène, le 19 octobre 2017.

Une vue du concert des Rolling Stones au U Arena depuis l'extrémité de l'avant-scène, le 19 octobre 2017.

© Patrick Kovarik / AFP

Les traits d'humour de Mick, le quart d'heure de Keith

A la fin de "Honky Tonk Woman", Mick, toujours très francophile, plaisante : "ll y a beaucoup de gens du showbiz ce soir. A l’extrême gauche de la salle, M. Mélenchon, à l’extrême droite Marine Le Pen. Quant à monsieur Macron, il est quelque part au milieu." Le maître de cérémonie fait les présentations de ses musiciens dans la foulée et souligne "la délicatesse" de Charlie Watts dont il pointe les souliers, des zizis noires surmontées de chaussettes bleu électrique.

Keith, revenu la clope au bec et en débardeur, s’amuse lui aussi : "Je m’habitue à la nouvelle salle et… je crois qu’elle est cool". C’est son quart d’heure au micro avec "Happy" pour lequel Ron Wood est à la steel guitar, puis "Slipping Away". La voix de Keith n’est pas celle de Mick, elle est flottante, incertaine et se perd dans les échos, mais il termine agenouillé sous les ovations.

Puis c’est "Miss You", un des  hits qui concentrera ce soir toutes les audaces : un solo de basse slappée funky qu’on n’attendait pas, une longue digression au saxophone, puis Mick, Keith et Ronnie dansant sur l’avancée de scène ensemble comme des lutins.

"Gimme Shelter", intact 48 ans plus tard

Mick, cette bête de scène insurpassable, qui cavale, trépigne, ondule et dont la voix fantastique nous met claque sur claque, fait aussi des étincelles à l’harmonica sur le titre suivant, "Midnight Rambler".

Après un "Street Fighting Man" brouillon et un "Brown Sugar" un peu trop étiré, le groupe se retire. Et revient au rappel avec le magnifique "Gimme Shelter", un titre de 1969 sur l’apocalypse sociale de l’époque qui résonne encore très fort dans le présent. Les images en noir et blanc des manifestations anti-guerre du Vietnam, montées sur les images, elles aussi en noir et blanc, du groupe en direct, sont saisissantes. Le duo entre Mick et la choriste Sasha Allen est à pleurer. De joie. Le public est debout. Il ne va pas se rasseoir pour le final, "(I Can't Get No) Satisfaction". 

Les Rolling Stones sont à nouveau en concert au U Arena de Nanterre le 22 et le 25 octobre 2017

Reportage : M. Weber / J-C. Duclos / J. Michaan / I. Palmer

La setlist des Rolling Stones au U Arena le 19 octobre 2017
1. Sympathy for the Devil
2. It's Only Rock'n'roll (But I Like It)
3. Tumbling Dice
4. Just Your Fool (reprise de Buddy Johnson)
5. Ride 'em On Down (reprise de Jimmy Reed)
6. Under My Thumb
7. Let's Spend The Night Together
8. You Can't Always Get What You Want
9. Paint It Black
10. Honky Tonk Woman
11. Happy (Keith au micro)
12. Slipping Away (Keith au micro)
13. Miss You
14. Midnight Rambler
15. Street Fighting Man
16. Start Me Up
17. Brown Sugar
18. Jumping Jack Flash
Rappel
19. Gimme Shelter
20. (I Can't Get No) Satisfaction