Led Zeppelin : 10 questions autour du coffret "The Song Remains The Same"

Mis à jour le 10/09/2018 à 17H48, publié le 06/09/2018 à 17H54
Robert Plant et Jimmy Page au Madison Square Garden en juillet 1973.

Robert Plant et Jimmy Page au Madison Square Garden en juillet 1973.

© Swan Song

Pour fêter les 50 ans de son tout premier concert (sous le nom de New Yardbirds), Led Zeppelin sort vendredi 7 septembre un coffret de "The Song Remains the Same", autour des trois concerts légendaires du groupe anglais au Madison Square Garden de New York les 27, 28 et 29 juillet 1973. Que contient ce coffret ? Et que faut-il retenir de cette page incandescente de l'histoire du rock ?

1.
Pourquoi ce concert filmé en 1973 n'est-il sorti qu'en 1976 ?

"The Song Remains The Same" est à la fois un film et un album live. Enregistré au Madison Square Garden en juillet 1973, il documente la fin de la tournée accompagnant l'album "Houses of the Holy" sorti cette année-là. Le film et l'album n'ont pourtant été publiés qu'en octobre 1976, soit trois ans et demi plus tard, alors que deux albums étaient sortis entre temps, "Physical Graffiti" (février 1975) et "Presence" (avril 1976). La raison ? Le groupe avait "profité" de son immobilisation forcée après le grave accident de voiture de Robert Plant survenu le 4 août 1975 sur l'île grecque de Rhodes. Un accident qui avait contraint le chanteur à se déplacer durant de longs mois en chaise roulante, l'empêchant du même coup de se produire en concert. L'idée était donc surtout de rester actifs tout en faisant patienter les fans entre deux tournées.
 

2.
D'où viennent ces séquences étranges autour des membres du groupe ?

Les images de concerts au Madison Square Garden sont entrecoupées dans le film de séquences fictionnelles bizarroïdes. Explication : les caméras de l'époque étant régulièrement à court de pellicule, différentes sections du live s'avèrent manquantes après le tournage. Pour assembler le tout de façon cohérente, germe alors l'idée de tourner des séquences oniriques ou fantasmées autour de chaque membre du groupe, reflétant leur personnalité, pour combler les trous. Ainsi, le chanteur Robert Plant s'imagine en chevalier, le manager John Grant en gangster à l'époque de la prohibition et le guitariste Jimmy Page en mage, alors que le batteur John Bonham se montre tel qu'en lui-même, mi-bûcheron mi-biker, maniant la scie, le tracteur et la moto avec le même enthousiasme. L'idée "c'était de tourner des séquences de fantaisie pour un film de rock and roll et non pas de devenir des stars du grand écran", souligne Jimmy Page dans le livre "Conversations avec Jimmy Page" de Brad Tolinski paru en France en 2014 (Ring). "A bien des égards, cela reflétait bien ce que nous étions en privé", complète-t-il.

3.
Que signifie la séquence du Magicien avec Jimmy Page ?

De toutes les séquences fictionnelles du film, la plus marquante est celle de Jimmy Page. Durant "Dazed and Confused", on le voit en train d'escalader un rocher abrupt au clair de lune. A la cîme, l'attend un magicien dont le visage vieillit et rajeunit en accéléré comme en stop-motion. Un ermite dont les traits s'avèrent être ceux de Jimmy Page lui-même, âgé alors de 29 ans. La séquence est filmée sur les bords du lac Loch Ness, près de la maison du célèbre occultiste controversé Aleister Crowley dont Page était alors un fervent admirateur. C'était "censé représenter un homme aspirant à détenir le flambeau de la vérité", explique Jimmy Page dans le livre d'entretiens de Brad Tolinski. "Ce que j'essayais de dire, à travers cette transformation, c'est que l'on peut accéder à la sagesse à tout moment; cela dépend du moment où vous le décidez. En d'autres termes, vous pouvez toujours acquérir la vérité, mais la reconnaissez-vous quand vous la croisez ou en prenez-vous conscience en y repensant plus tard ?"
 

Le magicien de la séquence fantasmagorique de Jimmy Page dans le film "The Song Remains Remains The Same".

Le magicien de la séquence fantasmagorique de Jimmy Page dans le film "The Song Remains Remains The Same".

© Swan Song
4.
La maîtrise du son a-t-elle compté dans la volonté de faire ce film ?

Le groupe et son manager Peter Grant ont toujours expliqué avoir été encouragés à faire ce film pour obtenir une meilleure qualité sonore que dans les émissions de télé. "Le son était un élément majeur du film", explique le guitariste virtuose et sorcier du son Jimmy Page dans le livre de Brad Tolinski. "On l'avait mixé sur un surround sound, qui était alors plutôt un truc à la pointe de la technologie. A l'époque, les théâtres utilisaient trois haut-parleurs (…) Pour The Song Remains the Same, on a mixé le son pour cinq haut-parleurs et on a fourni deux enceintes supplémentaires à l'arrière du théâtre (…) pour créer quelques effets vraiment déments. Par exemple, le solo de batterie de John Bonham sortait juste au-dessus de votre tête; et quand j'ai joué de la guitare avec l'archet de violon, le son s'est déplacé autour de l'auditorium. (…) C'était quelque chose de radical pour cette époque."
 

5.
Pourquoi avoir changé de réalisateur en cours de route ?

Une fois terminées les séquences fantasmées réalisées par Joe Massot, le manager Peter Grant estime qu'il manque encore quelque chose à ce film. En 1974, il engage un nouveau réalisateur, Peter Clifton, pour filmer les bouts de chansons manquants… dans un studio anglais où est recréée la scène du Madison Square Garden ! John Paul Jones est alors contraint de porter une perruque ridicule pour être raccord avec sa coupe de cheveux originale. Jimmy Page se heurte, lui, a un autre souci majeur : mimer ses propres improvisations, souvent très longues, tout en étant raccord avec les images du concert original. "C'était pratiquement impossible de le faire avec une précision exacte", raconte-t-il. "On savait qu'il y avait un tas de trucs désynchronisés, mais on s'en foutait parce qu'on se disait que ce serait drôle pour le cinéma."
 

Jimmy Page jouant de sa guitare avec un archet le 29 juillet 1973 au Madison Square Garden de New York.

Jimmy Page jouant de sa guitare avec un archet le 29 juillet 1973 au Madison Square Garden de New York.

© David Redfern/Redferns/Getty Images
6.
Qu'est-ce que cette fameuse version de "Dazed and Confused" de 30 mn ?

Au coeur de "The Song Remains The Same" brille une version époustouflante de "Dazed and Confused" longue de plus de 28 minutes. D'une grâce surnaturelle, la guitare toujours placée très bas sur les hanches, Jimmy Page y apparait plus habité que jamais, improvisant de façon lumineuse et inspirée, dans un élan quasi mystique. Exercice favori de Jimmy Page, l'improvisation était aussi sur cette tournée le meilleur moyen "pour que la musique continue à être énergique et intéressante à nos yeux", dira-t-il plus tard. De cette version échevelée de "Dazed and Confused", l'histoire a particulièrement retenu l'intermède long de 7 minutes durant lequel Page, tel un ange ténébreux, maltraite sa guitare avec un archet de violon tenu à la verticale (voir extrait ci-dessous).
 

Un extrait de "Dazed and Confused" avec Jimmy Page à l'archet au Madison Square Garden en 1973.
7.
Quelles sont les autres séquences à retenir de ce film ?

Il y en a pléthore. D'abord, le solo de batterie épique de John Bonham, disparu prématurément en 1980, sur "Moby Dick" (extrait ci-dessous). Durant dix minutes, le plus formidable cogneur de fûts de l'histoire du rock'n'roll prouve qu'il est aussi plein de finesse. Ensuite, la séquence fictionnelle qui lui est consacrée est particulièrement réjouissante. On voit le meilleur batteur de tous les temps sur un tracteur, sciant du bois, embrassant sa femme, initiant son bambin Jason à la batterie, rassemblant des vaches dans un pré mais aussi casqué sur un dragster en feu puis la chevelure au vent, chevauchant sa moto sur une petite route de campagne. Le film vaut bien sûr aussi pour le concert tout simplement. Parce qu'on y voit le flamboyant Robert Plant prendre la pause en jean's moulant, chanter torse nu sous un petit boléro court, ou attraper le micro en jouant de sa crinière de lion. Parce qu'on peut y observer le génie discret John Paul Jones assurant à la fois la basse et les claviers, en particulier sur "No Quarter". Parce qu'on y (re)découvre Jimmy Page majestueusement classe, intense et ultra concentré, faire des étincelles avec sa guitare, y compris celle spectaculaire à double manche sur "The Song Remains" et "The Rain Song". Et plus généralement pour la puissance d'un groupe à son apogée autant que pour les images vintage qui nous transportent à l'époque d'une flamboyance rock'n'roll révolue.
 

8.
Comment ce film bancal est-il devenu culte ?

Les membres de Led Zeppelin ne se sont jamais montrés exagérément fiers de ce film boiteux passé à deux doigts du désastre, qui ressemble davantage à un nanar potache qu'à un chef d'œuvre. Mais comment expliquer, alors, son énorme succès au box-office à sa sortie, puis le statut de film culte qui lui est accolé ? D'abord en se souvenant qu'obtenir une place pour voir Led Zeppelin en concert dans les années 70 n'était pas une mince affaire. Il était beaucoup plus facile d'acheter une place de cinéma. Ensuite, à cette époque, ni les VHS ni les DVD, ni l'internet grand public n'existaient. Le seul moyen de voir le film était donc d'aller le voir en salles. Enfin, toutes les bizarreries et les mystères de ce film sujet à interprétations ont sans doute contribué à forger sa légende. Pour en percer les mystères, les fans l'ont vu et re-revu en séances de nuit à la façon du "Rocky Horror Picture Show", le hissant au statut de film culte.
 

9.
C'est quoi cette histoire de vol à leur hôtel ?

Peu s'en souviennent mais une séquence du film en témoigne : juste avant de monter sur scène lors du troisième concert au Madison Square Garden de New York le 29 juillet 1973, leur manager Peter Grant informe le groupe qu'un cambriolage a eu lieu dans leur hôtel (le Drake). Comme il l'explique lors d'une conférence de presse dans les "extras vintage" du DVD, une bonne partie du butin de la tournée – quelque 200.000 dollars – a disparu d'un coffre-fort de l'établissement. Aujourd'hui, on demande encore régulièrement à Jimmy Page si le vol a bien eu lieu ou s'il s'agissait d'une façon d'ajouter de la dramaturgie au film. Non, "ce n'était pas un joke. C'était quelque chose d'entendre ça juste avant de monter sur scène", souligne-t-il dans le livret du coffret signé Cameron Crowe.

10.
Que contient le coffret deluxe "The Song Remains The Same" ?

Jimmy Page, gardien zélé du temple zeppelinesque, a une fois de plus supervisé personnellement le remastering de l'album qui contient les enregistrements mêlés des trois concerts légendaires de Led Zeppelin au Madison Square Garden de New York à l'été 1973. Il y figure ici sous forme de 2 CD et de 4 vinyles, dont pour la première fois une face entière consacrée à "Dazed and Confused". Une carte pour télécharger tous les titres en haute qualité audio les accompagne. Il contient également deux livrets, dont un essai de Cameron Crowe illustré, et une réplique d'un programme japonais de cinéma d'époque. Un DVD audio propose l'album en version Dobly Digital 5.1 surround. Enfin, sur un double DVD, on trouve d'une part le film "The Song Remains the Same" sorti en 1976 mais aussi quatre chansons qui ne sont pas dans le film original : "Celebration Day", "Over The Hills and Far Away", "Misty Mountain Hop" et "The Ocean". Il recèle également plusieurs séquences "vintage" dont une interview de Robert Plant à la BBC et la bande annonce d'époque du film, qui promet crânement de nous dévoiler "Led Zeppelin en concert et au-delà". 

Découvrez ce que contient le coffret Deluxe "The Song Remains The Same".



Led Zeppelin le coffret Deluxe "The Song Remains The Same" sort vendredi 7 septembre 2018 (Swan Song/Warner Music)