Le combat féministe punk des Pussy Riot en documentaire à Sundance

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/01/2013 à 16H32, publié le 22/01/2013 à 12H01
Les Pussy Riot, le 17 février 2012 à Moscou.

Les Pussy Riot, le 17 février 2012 à Moscou.

© Sergey Ponomarev/AP/SIPA

Un documentaire retraçant la naissance du collectif Pussy Riot, son combat, ses aspirations et son cauchemar judiciaire, a été très remarqué au festival du film indépendant de Sundance. "Pussy Riot, A Punk Prayer", réalisé par Mike Lerner et Maxim Pozdorovkin, est en compétition au festival qui se tient jusqu'au 27 janvier dans l'Utah. Il vient d'être acheté par la chaîne américaine HBO.

"Le procès du féminisme"
"J'étais très intéressé par cette histoire où se mêlent l'extrémisme religieux, la politique et le monde de l'art. Cela raconte ce que la société  est prête à accepter", souligne l'un des deux réalisateurs Maxim Pozdorovkin dans un entretien à l'AFP. "C'est l'une des histoires de la décennie. Le procès du féminisme", résume son compère Mike Lerner dans une autre interview à Rolling Stone.

Après leur fameuse "prière punk anti-poutine" ("Vierge Marie, mère de Dieu, chasse Poutine, chasse Poutine !"), performance surprise de 40 secondes dans la cathédrale moscovite du Chist-Sauveur le 21 février 2012, trois Pussy Riot ont été arrêtées et condamnées le 17 août en Russie à l'issue d'un procès au retentissement international.

Si l'une d'entre elles, Ekaterina Samoutsevitch, a été libérée en appel depuis, les deux autres, Maria Alekhina et Nadejda Tolokonnikova, purgent deux ans dans des camps russes réputés difficiles. "Nous n'avions pas conçu notre happening comme un évènement religieux", déclarait Ekaterina le 15 janvier aux Inrockuptibles. "Notre concert était avant tout une action artistique dénonçant ce que fait l'Etat russe en ce moment".

Utilisant leurs propres images du processus judiciaire, ainsi que des archives des Pussy Riot - qui filmaient abondamment leurs interventions et leurs préparatifs - les cinéastes racontent la naissance et les faits d'armes de ce "collectif féministe", né en mars 2012 au moment de l'élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie, pour un troisième mandat.
Des images de la performance des Pussy Riot, une prière anti-Poutine, dans la cathédrale moscovite du Christ-Sauveur en février 2012.
Pussy Riot, le collectif qui lance le débat
"Leur problème n'est pas Poutine en soi. Pour elles, il symbolise tout un système de gouvernement, vieux jeu et patriotique", explique M. Pozdorovkin.  "Leur cible est beaucoup plus large, elles veulent une révolution féministe dans la société".

"Les gens pensent que les Pussy Riot sont un groupe. Mais c'est un collectif féministe anonyme, sans leader et sans structure organisée", insiste le cinéaste. "Fondamentalement, leur idée est de provoquer une réponse. Le lendemain (de leurs performances), elle mettent la vidéo sur Youtube (souvent censurées par Moscou), avec leur musique, et lancent le débat", dit-il.

Le film revient sur les premières opérations du collectif, dans un salon de  beauté - pour protester contre l'image de la femme - puis sur la place rouge  - pour l'affirmation politique - avant le "happening" de la cathédrale. Puis sur le procès, retracé pas à pas avec des images des débats et des témoignages des proches des jeunes femmes.

La Russie n'a pas eu de Sex Pistols et ignore l'art de la performance
"L'histoire était énorme en Russie, comme un feuilleton télévisé, tout le monde en parlait. Mais dans l'ensemble, la majorité des Russes sont contre ce qu'elles ont fait et pensent qu'elles ont probablement eu ce qu'elles  méritaient", observe le cinéaste.

Pour lui, les Pussy Riot sont avant tout des artistes de performance et devraient être considérées comme telles. "L'une des raisons de cet emballement, en plus de l'aspect religieux de  l'histoire, c'est que la Russie n'a jamais eu d'époque punk-rock, elle n'a jamais eu son année 1977 ni les Sex Pistols. Et elle ne connaît pas l'art de la performance", remarque-t-il.

Une erreur de Poutine ?
Mais la "répression" des Pussy Riot est également politique. "C'est le genre de choses qui pourrait arriver en Iran ou en Chine", estime Mike Lerner dans Rolling Stone. "Je pense que sur le long terme, c'est un grosse erreur pour Poutine", ajoute le cinéaste, car cette affaire a attiré le regard à l'international sur "la petitesse de son contrôle".

Enfin Mike Lerner, citant outre les Pussy Riot les mouvements révolutionnaires internationaux Occupy et Anonymous, trouve malgré tout matière à se réjouir. "Je trouve incroyablement encourageant de voir combien cette génération est active et consciente partout dans le monde".