La tournée de Bertrand Cantat continue de susciter les passions

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/03/2018 à 10H55, publié le 14/03/2018 à 15H45
Bertrand Cantat sous la protection d'un vigile durant une manifestation avant son concert à Grenoble (13 mars 2018)

Bertrand Cantat sous la protection d'un vigile durant une manifestation avant son concert à Grenoble (13 mars 2018)

© Lisa Marcelja / PhotoPQR / Le Dauphiné / MaxPPP

La tournée de Bertrand Cantat, lancée après l'affaire Weinstein et la libération de la parole des femmes face au harcèlement et aux violences, déchaîne les foudres. Mardi soir, le chanteur a été accueilli par des cris d'"assassin !" alors que son concert prévu vendredi à Istres a été annulé sous la pression. Entre-temps, Samuel Benchetrit et Olivier Marchal n'ont pas mâché leurs mots à son égard.

Pro et anti Cantat irréconciliables

Au lendemain d'un épisode tendu entre Bertrand Cantat et des militantes féministes, manifestantes et spectateurs sont apparus irréconciliables mercredi soir en marge du second concert du chanteur à Grenoble. Une cinquantaine de personnes avait répondu à l'appel pour "dire Non au concert". Ce qui n'a pas dissuadé les fans de l'ancien leader du groupe Noir Désir venus en nombre dans cette salle de 950 places affichant complet. Aux abords, le dispositif de sécurité avait été renforcé par rapport à la veille avec une vingtaine de policiers nationaux visibles mais discrets.

Vers 19H30, alors que le flot de spectateurs grandissait, les militantes ont formé une haie devant les grilles en scandant : "Fans complices, Cantat assassin!", "Regagne ta dignité, déchire ton billet", "L'acclamer, c'est le cautionner". Des insultes ont fusé. Aux pancartes brandies par les féministes ont répondu celles de deux spectatrices proclamant "justice oui, lynchage non" et "non à la peine de mort sociale". A 21 heures, le concert a débuté sous les applaudissements et Bertrand Cantat a remercié le public "d'être là malgré tout". 

La veille, l'échange avait été tendu entre le chanteur et des manifestants réunis devant La Belle Electrique, la salle de concert grenobloise où il se produisait mardi. Sur des vidéos diffusées par Le Dauphiné libéré et France Bleu Isère, on peut voir les manifestants crier "assassin !" et "casse-toi !" et lancer des projectiles en direction du chanteur. Bertrand Cantat était alors entouré de vigiles qui tentaient de contenir la bousculade.
Libéré en 2007 de la prison de Muret, près de Toulouse, Bertrand Cantat a purgé plus de la moitié de sa peine après avoir été condamné à huit ans de prison pour coups mortels sur sa compagne, la comédienne Marie Trintignant, morte le 1er août 2003.

Sur Facebook, Cantat dénonce un "déchaînement de violence"

Dans un message sur sa page Facebook, Bertrand Cantat explique avoir "voulu entamer une discussion" en allant à la rencontre des manifestants. "À peine apparu, un déchaînement de violence, d'insultes, une pluie de coups, aucune possibilité de discuter, de la violence, seulement de la violence, aucune écoute, aucun échange : bref, le retour au Moyen-Âge", déplore le chanteur. "Ces gens sont sourds, et aveuglés par la haine. Peut-être se sentent-ils encouragés par le merveilleux climat ambiant."
Lundi soir déjà, devant la salle de Montpellier où s'est produit Bertrand Cantat, une soixantaine de défenseurs des droits des femmes avaient invectivé les spectateurs se rendant au concert. Le chanteur avait remercié sur Facebook son public que "quelques perturbateurs (avaient) tenté de culpabiliser, sans succès".

Un concert annulé à Istres

Quand le chanteur a entamé une tournée le 1er mars à La Rochelle pour promouvoir son premier album solo, "Amor Fati", les protestations sont venues de toutes parts : personnalités politiques et artistiques, collectifs féministes, anonymes sur les réseaux sociaux.

Quelques heures avant la diffusion lundi d'une interview de la mère de son ex-compagne, Nadine Trintignant, dans laquelle celle-ci exprimait son indignation de voir Bertrand Cantat se produire sur scène, le chanteur a annoncé renoncer à se produire dans les festivals d'été.

La contestation grandissante avait déjà abouti à sa déprogrammation au festival Les Escales de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique, et à l'Ardèche Aluna Festival en juillet prochain.

Invoquant dans une lettre son "droit à la réinsertion", Bertrand Cantat a "renouvelé" sa "compassion la plus sincère, profonde et totale à la famille et aux proches de Marie". Ce renoncement avait été jugé insuffisant par Nadine Trintignant, qui l'a appelé mardi à s'arrêter "complètement".

"Ferme ta gueule", lui lance Olivier Marchal, alors que Samuel Benchetrit fustige "un lâche, un faible"

Réagissant fermement à la lettre postée par Bertrand Cantat sur son "droit à la réinsertion",, le réalisateur et acteur Olivier Marchal a lancé mardi un cinglant "Ferme ta gueule" au chanteur, via son compte Instagram sur lequel il a posté une photo avec sa fille : "Petite photo à l’attention de monsieur Bertrand Cantat. Qui, après avoir fait la une de ce torche cul «les Inrocks» se permet de demander le droit à la réinsertion et d’échapper aux mouvements féministes. Regarde juste cette photo. Ma fille. La même que tu as enlevée à Jean Louis et Nadine. Maintenant, ferme ta gueule et fais-toi oublier. L’amour passion ne doit pas tuer....."
De son côté, le réalisateur Samuel Benchetrit, ancien compagnon de Marie Trintignant, invité mardi sur LCI pour parler de son nouveau film "Chien", s'est exprimé sur la tournée controversée de Bertrand Cantat : "Ce type a tué de ses mains la mère de mon fils, il a tué la mère des frères de mon fils. Il a enlevé une femme libre, extraordinaire, à ses parents, aux gens qui l’aimaient dont je fais partie. Qu'il chante autant qu'il veut. Mais c'est sa façon de réapparaître qui est indigne et dégueulasse." Selon LCI, Samuel Benchetrit a qualifié Bertrand Cantat de "lâche" et de "faible".

À l'exception des récentes annulations, la tournée est maintenue

Initialement, les dates de la tournée de Bertrand Cantat, qui doit se terminer à l'Olympia les 29 et 30 mai, avaient été maintenues. Mais mardi, le concert prévu vendredi à Istres a été annulé par Scènes et Cinés, le gestionnaire de la salle "L'Usine" où devait avoir lieu la représentation, "face aux nombreuses réactions négatives de citoyens".

Bertrand Cantat a crié à la "censure" dans un message sur le réseau social. "Salut GRENOBLE ! Pour 2 concerts avec vous !!!!! Pendant ce temps à ISTRES la Censure est en marche. Bravo au Conseil d'Administration de Scènes et Cinés, quel courage...", a-t-il publié mardi sur Facebook.

L'observatoire de la liberté de création défend le droit de Cantat de chanter

Mardi, l'Observatoire de la liberté de création a estimé dans un communiqué que "Bertrand Cantat a le droit de chanter", toute en jugeant "légitime" le débat sur son retour artistique. "Cantat a le droit de chanter (...). Chacun est libre d'aller le voir, ou pas. Dans un État de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu'un d'autre en dehors de la justice", est-il indiqué.