Jack White lâche la bride sur son nouvel album solo "Boarding House Reach"

Par @Nijikid
Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 23/03/2018 à 20H23, publié le 23/03/2018 à 17H05
Jack White en 2018.

Jack White en 2018.

© Beggars/XL

Bonne nouvelle : l’ancien leader des White Stripes a décidé de s’amuser. Connu depuis 20 ans pour s’imposer toutes sortes de limites, Jack White envoie tout bouler sur son nouvel album solo “Boarding House Reach” sorti vendredi. Mais cette bonne nouvelle a son revers : ce disque est un collage d'idées sans queue ni tête rarement convaincant.

Jack sort de sa tanière analogique et s'essaye ingénuement à l'électronique

Difficile de se faire un avis définitif sur cet album, le premier de Jack White en solo depuis "Lazaretto" il y a quatre ans. L'opinion fluctue. Une seule chose est sûre : on se réjouit de sentir le leader des White Stripes s'éclater. Sur "Boarding House Reach", ce musicien plutôt ombrageux donne l'impression de retomber en enfance, de s'amuser comme un petit fou dans sa chambrette avec ses jouets. On croit toucher du doigt sa fébrilité créative, ses tatonnements et ses fulgurances.

Après des années à se corseter méthodiquement, à s'imposer avec orgueil toutes sortes de contraintes, en particulier enregistrer à l'ancienne avec du matériel analogique vintage, voilà qu'il envoie tout bouler. Et s'essaye même avec enthousiasme et naïveté à la musique électronique et au hip-hop qu'il a longtemps villipendés. Ce grand élan de liberté est hélas mal maîtrisé et cet album apparaît comme un grand foutoir d'idées décousues qui forment rarement une vraie chanson.

Trois titres à sauver de ce foutoir débridé

Exceptées sur trois d'entre elles. D'abord sur le titre d'ouverture "Connected by Love" (ci-dessus), où l'on reste en terrain connu très jackwhitien bien que de vilains bruitages électroniques bourdonnent au second plan (comme sur la seconde, "Why Walk a Dog ?", mais débranchez donc ce jack défaillant bon sang !).

Ensuite sur le titre de clôture, "Humoresque", une ritournelle dépouillée au piano composée par le gangster Al Capone dans les années 30 alors qu'il croupissait dans la prison d'Alcatraz. Et à la rigueur sur "Over and over and over", où l'un de ces riffs rock volcaniques dont Jack White a le secret se mêle à des choeurs funk dissonants, à quelques blips synthétiques et à des bongos - mais on cherche en vain la mélodie.

Jack White rappeur ? 

Le reste, enregistré pourtant avec d'excellents musiciens de session familiers du R&B et du rap, est le plus souvent navrant : "Corporation" ressemble à du Beastie Boys de contrefaçon qui n'irait nulle part et "Respect Commander", c'est un comble, à une espèce de sous "Rock it" de Herbie Hancock, ce fleuron synthétique de la culture hip-hop. Quant à "Ice Station Zebra", pièce maîtresse placée au coeur de l'album, c'est du grand n'importe quoi : Jack White s'y réinvente en (pathétique) rappeur et vise une volupté lascive à la Prince qu'il est très loin d'atteindre.

Un tel aplomb et une telle prétention donnent envie de lui tordre le cou. Mais le bougre avait anticipé l'agacement : les paroles de ce titre soulignent justement que tous les créateurs sont membres d'"une même famille" et se "transmettent les idées en harmonie", chacun ne faisant en dernier ressort que "copier Dieu". En outre, "Je n'irai jamais où vous voulez que j'aille", martèle-t-il, et libre à chacun "d'écouter ou de ne pas supporter". 

Ok, ok. Jack s'amuse peut-être comme un petit fou mais pas nous. Ce disque expérimental brouillon recèle bien quelques idées amusantes mais le manque de direction les font ressembler à des chutes de studio échappées de tiroirs qu'elles n'auraient jamais dû quitter. Cependant, si par hasard les quelques pistes intéressantes entrevues ici vous ont laissé sur votre faim, allez donc écouter le fantastique "Expérimental Remixes" du Jon Spencer Blues Explosion, un mélange explosif de garage rock, de hip-hop et d'électronique, sorti en... 1995 (avec des remixes de Moby, Mike D, Unkle, GZA, Beck etc). 


L'album "Boarding House Reach" de Jack White (Beggars/XL Recordings) est sorti vendredi 23 mars 2018

Jack White sera en concert les 3 et 4 juillet 2018 à l'Olympia (complets), le 6 juillet au Festival Beauregard (près de Caen) et le 8 juillet aux Nuits de Fourvière à Lyon. En attendant, un concert de Jack White à la Maison de la Radio est diffusé en direct sur France Inter le 29 mars à 21h