Festival Rock en Seine

du 24 au 26 août 2018

Justice lève le voile sur les secrets de son live explosif

Par @Nijikid
Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 27/08/2018 à 14H37, publié le 24/08/2018 à 11H04
Gaspard et Xavier de Justice ont clos le festival dimanche, avec une scénographie réinventée et un show parsemé de surprises.

Gaspard et Xavier de Justice ont clos le festival dimanche, avec une scénographie réinventée et un show parsemé de surprises.

© Gilles Scarella / FTV

En clôture de Rock en Seine, Gaspard Augé et Xavier de Rosnay de Justice ont transformé la pelouse de Saint-Cloud en gigantesque dancefloor dimanche soir. Scénographie lumineuse impressionnante, setlist joueuse et musclée, Justice avait aussi réservé une petite surprise pour les fans. Avant le concert, Gaspard nous avait dévoilé les secrets de ce set explosif, dont vous pouvez voir 15 mn en vidéo.


Gaspard, vous le lirez-ci-dessous, nous avait promis "une petite gâterie" pour ce concert à domicile, auquel assistaient leurs amis et leurs proches. Promesse tenue. Après une heure de set, la musique s'est arrêtée comme une fin de concert.

Quelques minutes plus tard, Gaspard et Xavier sont soudain réapparus juchés sur le toit de la régie-son au milieu de la foule, à quelque 60 mètres de la scène alors qu'une série d'écrans encadrant le public s'allumaient.

Après une petite rafale de titres, les deux complices ont fendu la foule pour rejoindre une dernière fois la scène. Et bien sûr, Xavier a alors emprunté l'avancée de scène au contact du public, serrant des louches à la pelle et se faisant porter par les fans.

"Au début, la croix de Justice faisait office de chanteur et on était planqués derrière"
Justice a publié vendredi un nouvel album live, "Woman Worldwide". Fruit de la réinvention de leurs morceaux, retravaillés spécialement pour la tournée "Woman", il s'agit d'un reflet des concerts du duo depuis plus de 18 mois. Alors qu'ils se produisent dimanche soir en clôture de Rock en Seine, Gaspard Augé nous a confié quelques secrets de ces shows explosifs.

Vous souvenez-vous de votre premier concert en tant que Justice ?
Gaspard Augé : C’était en avril 2007 à Coachella (prestigieux festival américain NDLR). On était stressés. Notre album venait juste de sortir donc c’était un peu le baptême du feu. On venait à peine de terminer les versions prévues pour le live, c'était un test grandeur nature, en conditions réelles. Et ça s’est super bien passé. C’était très gratifiant de voir une réaction positive à notre musique parce qu’on ne savait pas du tout ce qu’on avait fait avec ce premier album. Sur scène on n'avait pas grand-chose, juste cette espèce de synthé modulaire qu'on avait appelée Valentine et, encastrée dedans, une croix lumineuse avec un interrupteur qu'on allumait nous-mêmes dans les moments clés (rires).
Gaspard et Xavier sur la Grande scène de Rock en Seine dimanche soir.

Gaspard et Xavier sur la Grande scène de Rock en Seine dimanche soir.

© Gilles Scarella / FTV

Lors de vos premiers concerts, vous vous cachiez pas mal derrière un mur de faux amplis Marshall et la fameuse croix. Aujourd'hui, on vous voit davantage. Etes-vous désormais plus à l’aise sur scène ?
Comme on n’est pas Mick Jagger et qu’on ne se présente pas non plus comme des "frontmen", la croix de Justice faisait à l'époque office de chanteur, et nous étions plutôt comme le batteur planqué derrière. Mais maintenant c'est devenu la norme, dans l'électronique, de voir deux gugusses derrière une espèce de commode, coincés sous un écran de led. C’est aussi pour ça qu’on a décidé de changer de scénographie pour cette tournée. On s’est dit, déjà soyons de profil, soyons en entier, c’est à dire que tu vois nos jambes. Ensuite, pour sortir de cette espèce de rectangle qu'est la scène on a décidé de disposer nos instruments en face à face, sans écran derrière nous, avec un dispositif complètement mobile.

Certes, vous n’êtes pas des bêtes de scène à la Mick Jagger. Mais la scène reste-t-elle quand même pour vous quelque chose de sportif ?
En fait c’est surtout fatigant mentalement parce qu’il y a plein de trucs qu’il ne faut pas oublier de faire. On est tout le temps en train de réfléchir à ce qu’on doit faire après, à ce qu’on doit jouer, à ce qu’on doit éditer. Parce qu’on fait aussi de l’édit en live et on essaye de faire en sorte que tous les morceaux, vieux et nouveaux, s’imbriquent au mieux et que le set soit le plus fluide possible. C’est beaucoup de concentration et de mémorisation. On ne sort pas ruisselants de nos concerts, mais c’est quand même assez physique.
Justice sur scène en 2018 avec sa fameuse croix au second plan.

Justice sur scène en 2018 avec sa fameuse croix au second plan.

© Alex Crane
"Sur scène on use et abuse de trucs un peu pompiers qu'on ne mettrait jamais sur nos disques"

Vous malmenez pas mal vos morceaux en concert, vous jouez beaucoup avec.
Ce sont des versions "pimpées", pensées pour être efficaces sur le public, moins subtiles que sur l'album. Tu as plein de montées, de caisses claires, des trucs un peu pompiers qu’on ne mettrait jamais sur nos disques mais qui marchent en concert et dont on use et abuse. Certaines grosses ficelles sont indispensables pour tenir le public en haleine, surtout en festivals où les gens ne connaissent pas toujours nos morceaux. Nos albums n'ont jamais été pensés pour faire danser mais en revanche les live sont vraiment faits pour ça. On essaye en tout cas de proposer une expérience et un spectacle divertissants. Et comme on est asez fiers de toute cette musique qu’on joue sur scène depuis un an et demi, on a trouvé intéressant de la sortir sous forme d'album live.
 
Pour ce nouvel album Live, "Woman Worldwide", l'approche est différente que pour vos deux précédents live. Vous avez voulu la qualité sonore d'un album studio. C’est une sorte de best of Live ?
On a enregistré nos concerts sur une vingtaine de dates et on a choisi les meilleurs moments. Puis on est retournés en studio pour enlever les erreurs et couper des trucs qui marchaient bien en concert mais qu’on trouvait trop longs sur disque. La nouveauté c'est que c'est un album qu'on peut écouter en clubs, ce qui n'était pas possible avec nos autres live parce qu'on gardait les bruits de la foule et que le son était un peu crade. Cette fois nous avons voulu proposer la meilleure expérience auditive.

"Que faites-vous sur scène ?"

C'est LA question qu'on se pose devant beaucoup de sets électroniques : que faites-vous vraiment sur scène ? Quelle est la part d’impro et de liberté?
On a chacun 8 pistes, qui correspondent chacune à un instrument (une pour la batterie, une pour la basse, une pour les voix, toutes les pistes sont séparées). On a aussi des claviers, deux Moogs Voyager, deux Moogs Sub Phatty, deux Roland Juno Alpha 1, en fait on a plein de claviers qui nous permettent de jouer des lignes de basses ou des accords ou des thèmes, et toute une série d’effets sur chaque piste pour nous permettre d’altérer tout ce qu’on veut dans les morceaux. Disons que la marge d’improvisation ne vient pas de notre set up mais plutôt de la façon dont on travaille avec nos collaborateurs. Comme il n’y a pas de time code, rien n’est automatisé dans les lumières, on est obligés de se mettre d’accord au préalable concernant la setlist avec notre ingénieur lumière Vincent Lerisson. Parce que si nous prenait l’envie de sauter un morceau sans lui dire, il serait totalement perdu.
 
Votre light show justement, en met plein les yeux. Qui a créé ce light show ?
Nous l'avons créé à quatre avec l’ingé lumière et notre production manager Emmanuel Mouton, qui ont l’expertise technique. Au final on a combiné deux idées : ce sont des cadres motorisés qui peuvent monter, descendre et prendre à peu près toutes les positions possibles. A l’intérieur de ces cadres il y a des sortes de toblerones à trois faces (avec des faces miroirs et des faces led) de sorte que ça nous permet de créer plein d’ambiances différentes. C'est une scénographie minimale en terme de rendu parce qu’il n’y a pas surabondance de couleurs ou de visuels. En revanche, la technique que ça implique est maximale : on est une trentaine et ça prend pas mal de temps à installer.
Justice et son dispositif scénographique impressionnant, au festival anglais All Points East en mai 2018.

Justice et son dispositif scénographique impressionnant, au festival anglais All Points East en mai 2018.

© Alex Crane

"Sur scène on n'a pas de micro pour dire aux gens "Ouais comment ça va Nancy ?"

Beaucoup d’artistes électroniques, surtout quand ils sont bien installés, sont travaillés par le fait de jouer avec des instruments traditionnels sur scène, ce qui n’est pas votre cas. C’est d’autant plus amusant que vous composez, je crois, avec des instruments?
C'est vrai qu'on compose souvent à la guitare ou au piano mais pas toujours, le point de départ d'un morceau peut aussi être un effet digital. Après il y a quand même pas mal de claviers sur scène mais je pense que si on amenait des basses, des guitares, des batteries et surtout d’autres musiciens, ça se transformerait en kermesse. Or l’esthétique sonore électronique est importante pour nous et aucune combinaison de ce genre ne nous a jamais convaincus à part Soulwax qui est un des rares mélanges réussis de vrais instruments et d’électronique.

Sur scène, il n’y a pas beaucoup de dialogue entre vous et le public...
On n'a pas de micro pour dire aux gens "Ouais comment ça va Nancy ?". En fait on a un petit micro qui nous sert à communiquer entre nous et avec l’équipe technique mais on n’a pas de micro pour s’adresser au public parce qu’on trouve ça un peu ridicule. A partir du moment où on ne chante pas, ça paraitrait complètement absurde d’avoir un micro juste pour brailler "tapez dans vos mains, un deux trois quatre". A la limite on peut éventuellement faire quelques petits gestes d’entrainement (rires). C’est aussi pour ça qu’à la fin des concerts on descend voir le public. Ce n’est pas du tout pour prendre un bain de foule et flatter notre ego, c’est juste que le public est content de voir qu’on est réels et pas seulement deux silhouettes en contre-jour.

Parfois, vous vous jetez dans la foule à vos concerts. Quelles sont les conditions pour bénéficier de cette rare performance ?
La spécialité de Xavier est de marcher sur les gens à la fin des concerts et on le fait tout le temps maintenant. Ca nous arrive de faire du stage diving, comme une forme de salut au public. On le fait de bonne grâce mais il faut s'assurer de bien tomber, c'est à dire repérer quelques solides gaillards au premier rang susceptibles d'amortir la chute.
 
Vous sortez votre album live deux jours avant Rock en Seine, où vous jouez en clôture dimanche 24 août. Du coup, ce concert aura-t-il une saveur particulière ?
Paris a toujours une saveur particulière pour nous parce qu’il y a tous nos potes et nos familles qui viennent. Donc c’est un peu plus stressant. Mais on est toujours contents de jouer à la maison.
Avez-vous prévu un petit plus ? Quelque chose de spécial ?
Oui, il y aura un petit plus par rapport aux festivals qu’on a fait avant, une petite gâterie vous attend…

L'album Live de Justice "Woman Worldwide" (Because) sort vendredi 24 août 2018 (à l'écoute ci dessous)
Justice est en concert à Rock en Seine dimanche 26 août de 22h à 23h30 sur la Grande Scène