En congé de Radiohead, Thom Yorke lance Atoms For Peace

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 04/03/2013 à 12H52, publié le 22/02/2013 à 18H50
Thom Yorke en concert avec Radiohead, le 13 juin 2012 dans le new Jersey (USA).

Thom Yorke en concert avec Radiohead, le 13 juin 2012 dans le new Jersey (USA).

© Owen Sweeney / Rex Feat/REX/SIPA

Il y a quelque chose de réjouissant à sentir Thom Yorke enfin détendu, presque souriant. Imaginez un être perçu depuis plus d’une décennie comme un écorché vif, un torturé maladif, manifestant soudain une joie profonde via un disque où affleure le plaisir. C’est un peu ce que l’on ressent en écoutant « Amok », le magnifique premier album d’Atoms for Peace, le projet du chanteur de Radiohead.

Un "super groupe"
Atoms for Peace n’est pas un groupe ordinaire. Créé au départ pour jouer live l’album solo du chanteur et guitariste Thom Yorke, « Eraser »,  paru en 2009,  ce gang de sommités réunit Nigel Godrich (le fidèle producteur de Radiohead) aux claviers, Flea des Red Hot Chili Peppers à la basse, le Brésilien Mauro Refosco aux percussions et Joey Waronker (REM, Beck) à la batterie.

Une formation à but limité et éphémère qui a finalement pris racine et donné fleurs et fruits avec ce tout premier album, « Amok ».  Pourtant, Thom Yorke ne considère pas Atoms for Peace comme un vrai groupe (on dirait qu'il tient ces temps-ci l'idée de groupe à distance) , mais plutôt comme une expérience, voire « un processus ».

Un processus de création particulier
Il se trouve qu’ « Amok » n’a pas été construit non plus comme un disque de groupe classique. D’abord, les musiciens se sont retrouvés au complet à Los Angeles, aux studios Ocean Way et chez Joey Waronker, pour enregistrer de longues plages de musique sans but, des compositions improvisées fluides et lâches, fruits de la spontaneité collective.
 
Cette matière collective, riche et vivante, a ensuite été longuement éditée, découpée, agencée, arrangée et produite avec l’aide de machines, par Nigel Godrich et Thom Yorke, à Londres. Retranché sur ses terres, le tandem semble avoir voulu s’y livrer à la fois à l’exploration d’une nouvelle esthétique tout en comblant les penchants inassouvis de Thom Yorke (vu régulièrement derrière les platines de nombreux clubs ces dernières années) pour la musique électronique, très présente ici.
Sous inspiration Afro-beat
Résultat :  un disque magnifique, fragile et gracieux mais aussi étonnamment charnel, où la vibration solaire de Los Angeles le dispute à la mélancolie pluvieuse de Londres. Ou comment « Amok » trouve, guidé par le seul plaisir, l’équilibre parfait entre la « mécanique de la dance music » et la nature organique des instruments live.
 
L’Afrobeat, et Fela Kuti en particulier, que Thom Yorke dit avoir a beaucoup écouté durant la réalisation du disque, est une source d’inspiration limpide. On la perçoit très distinctement dans le groove du premier titre « Before your very eyes… »,  et de façon plus subtile sur d’autres plages du disque (les scansions de « Unless », les cordes fragiles de « Reverse Running ») ainsi que dans le traitement de l’élément capital qu’est la voix (et le phrasé) de Thom Yorke.
Le plus sensuel des projets de Thom Yorke
Comparé à « Eraser », son album solo, et même au dernier Radiohead, « Amok » ne perd rien en complexité et gagne en sensualité et en légèreté. Ce disque est juste plus intuitif, doux et généreux que les précédents projets emmenés par Thom Yorke. Si la voix reste résolument hantée et les paroles cryptées, le climat est en revanche nettement moins plombé. « Je voulais juste m’amuser », s’excuse-t-il presque. Il a trouvé en chemin la formule secrète du disque cérébral et groovy, idéal pour faire swinguer le cerveau sans se prendre la tête.

Reste une question : si Atoms For Peace avait été monté pour jouer Live "Eraser", le disque solo de Thom Yorke, comment le groupe va-t-il s'y prendre maintenant pour jouer "Amok", cette matière hybride, sur scène ? Il est désormais question d'un Dj set mis au point sur-mesure par Thom Yorke et Nigel Godrich, "une formule particulière" de déconstruction des morceaux avec remixes en direct. Le serpent se mordrait-il la queue ? 

Update 4 mars 2013 : Atoms For Peace, en formation groupe, sera en concert le 6 juillet au Zénith de Paris (voir les dates de la tournée européenne sur le site du groupe).

"Amok" de Atoms For Peace (Beggars) sort le 25 février
La pochette de "Amok", l'album d'Atoms For Peace

La pochette de "Amok", l'album d'Atoms For Peace

© Droits réservés