Dix ans sans Alain Bashung : 5 proches racontent leur chanson préférée

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 14/03/2019 à 17H31, publié le 14/03/2019 à 17H23
Alain Bashung sur scène au festival des Vieilles Charrues le 23 juillet 2004.

Alain Bashung sur scène au festival des Vieilles Charrues le 23 juillet 2004.

© Fred Tanneau /AFP

Dix ans déjà qu'Alain Bashung est mort, le 14 mars 2009. Mais sa musique est toujours là, tout comme la ferveur du public. Cinq de ses amis et fidèles collaborateurs et collaboratrices, Boris Bergman, Jean-Fauque, Brigitte Fontaine, Dominique A et Joseph d'Anvers, ont choisi une chanson de son répertoire qui tient une place particulière dans leur cœur.

Alain Bashung manque au public. Preuve en est : l'album posthume "En amont" paru fin 2018 a remporté le trophée du Meilleur album de chansons aux dernières Victoires de la Musique. Un coffret comprenant l'intégrale de Bashung, soit 308 titres sont quatre inédites, vient de paraître chez Universal.
Boris Bergman, parolier des premiers succès
"Racines"
"Ce titre est un des inédits présents sur l'intégrale, une maquette guitare-voix. On m'avait commandé cette chanson pour servir de générique au feuilleton éponyme sur l'esclavage. Je l'ai écrite et Alain l'a composée. On était en 1978, un an avant le succès de 'Gaby oh Gaby'. A l'époque, le directeur artistique de Polydor ne croyait pas en lui et a imposé Saïd Amadis pour l'interpréter. Je préférais la version d'Alain, très folk, dylanienne. Pendant plus de vingt ans, j'ai cherché cette maquette et j'ai fini par la retrouver un peu miraculeusement. En la réécoutant, j'y suis allé de ma larmichette. A un moment il ne prononce pas une phrase. C'est là que je me suis rappelé qu'il n'arrivait pas à lire le texte que j'avais dû écrire à la main, après m'être fait piquer ma machine à écrire."

Jean Fauque, auteur de ses grands tubes
"Osez Joséphine"
"On était fin 1989, une période très heureuse. Depuis deux ans, Alain avait arrêté de boire, sa créativité et sa lucidité étaient impeccables. Chez lui où on travaillait avec le guitariste Olivier Guindon, on a assisté, le soir du 9 novembre à la chute du mur de Berlin en direct à la télé. Ça m'a inspiré quelques mots, "osez, osez cancaner/Osez causer du Caucase/Osez poser vos oukases". Une sorte d'hymne à la liberté politique. Plus tard, Alain a ajouté Joséphine, en référence à sa tante alsacienne qu'il aimait beaucoup, une femme libérée qui n'a pas suivi la voix tracée d'une villageoise des années 50. On l'a enregistrée à Memphis, où se concrétisait le rêve américain d'Alain. Il y a eu une magie, on savait qu'elle allait toucher le coeur des gens."

Brigitte Fontaine, écrivain et performeuse
"City"

"J'écoute souvent 'Bleu pétrole', qui est un album merveilleux. Mais la chanson que je garde avec moi, c'est 'City' qu'on a faite ensemble en 1997. Le texte est pas mal, mais elle est un peu ratée, parce que qu'on était fainéants tous les deux. On préférait s'amuser, on s'aimait bien. Alain était une pointure, il avait un charme unique dans sa musique et dans sa voix. J'espère qu'il est bien là où il est."

 

Joseph D'Anvers, a travaillé sur l'album "Bleu pétrole"
"Madame Rêve"
"Pour moi ce morceau synthétise l'oeuvre d'Alain. Les paroles sont incroyablement précises. Pour quiconque écrit, il y a de quoi s'incliner. Ça reste assez abscons, comme la plupart de ses textes, mais quand on a la clé on la comprend aisément. Les arrangements sont d'une classe infinie, exigeants mais abordables pour le grand public. Le non mélomane l'apprécie et le musicien averti également. Réunir les deux, c'est un peu le Graal pour les musiciens. Les compositions sont faussement simples, il y a plein de détails, de variations. Au final, je ne sais plus quoi écouter, la voix, la mélodie, les cordes, les détails... A ce moment-là, Alain est au summum. Du moins, il annonce le sommet que ce sera 'Fantaisie militaire'."

Dominique A, auteur de la chanson posthume "Immortels"
"Nos âmes à l'abri"
"Beaucoup de chansons d'Alain m'ont marqué, mais celle-ci, la dernière de son album posthume, coécrite avec Doriand, je l'ai eue en tête des semaines entières. J'y entends un Bashung un peu différent, presque liturgique, peut-être plus vulnérable. Et on devine un chemin possible qu'il aurait pu emprunter, peut-être davantage axé sur la mélodie qui, je crois, n'a jamais été une obsession pour lui. C'est un splendide morceau "de refuge", de ces chansons dans lesquelles on a envie de se glisser pour s'extraire du monde environnant."