Courtney Barnett et Parquet Courts : deux albums rock enthousiasmants à l'écoute

Mis à jour le 22/05/2018 à 13H31, publié le 18/05/2018 à 20H32
L'adorable Courtney Barnett et les quatre teigneux de Parquet Courts.

L'adorable Courtney Barnett et les quatre teigneux de Parquet Courts.

© DR

Qui a dit que le rock était mort ? Si l'idée vous a effleuré récemment, deux brûlots punk-rock sortis ce vendredi vont vous faire changer d'avis. Parquet Courts avec "Wide Awake!", leur sixième album, et Courtney Barnett avec son second opus "Tell Me How You Really Feel", signent leurs meilleures sorties à ce jour.

Deux albums intelligents et rageurs

Elle est Australienne, ils sont Américains et tous sont des fleurons du rock indépendant. Courtney Barnett comme Andrew Savage, tête pensante de Parquet Courts, sont connus comme étant de fins commentateurs de l'époque doués d'un humour sarcastique dévastateur. Deux trentenaires vénère, deux cérébraux lucides en colère. 

Ces deux excellents albums, qui font autant réfléchir que bouger, sauter et danser, sont donc une nouvelle fois lestés d'observations acides sur le quotidien, la société, les tics du moment, le nihilisme qui gangrène tout.

"La violence est la vie quotidienne/Une promesse, un pacte que le monde n'a jamais tenu/Laisse moi méditer au rôle que je joue/Dans ce spectacle pornographique de mort", grince Parquet Courts sur "Violence", une chanson qui pèse ses mots et met en garde contre celui d'émeute, "utilisé pour délégitimer votre agitation et tansformer votre résistance en une réaction excessive".

Courtney Barnett lui répond dès le très craquant titre d'ouverture "Personne n'est né pour haïr/Nous l'apprenons quelque part en chemin". Puis elle vilipende les trolls d'internet sur "Nameless Faceless" et paraphrase dans le même souffle Margaret Atwood, l'auteur de "La Servante écarlate" : "Les hommes ont peur que les femmes se moquent d'eux/Les femmes ont peur que les hommes les tuent". 

Transmuter la colère et le désenchantement en or

Courtney Barnett, musicienne féministe et engagée, par ailleurs en couple avec la rockeuse Jen Cloher, a écrit son album comme un journal intime, y dévoilant plus que jamais ses failles, ses doutes, ses angoisses et sa rage - on peut difficilement faire plus explicite que le titre "I'm not you're Mother, I'm not you're Bitch". Mais refusant de finir pathétiquement désespérée, elle a fait en sorte sur cet album de transmuter l'énergie négative en quelque chose de positif - "Prends ton coeur brisé/Fais-en de l'art", résume-t-elle sur "Hopefulessness". 

Parquet Courts parle aussi de douleurs personnelles. "Death Will Bring Change" évoque la mort de la soeur d'un des membres du groupe, Austin, tandis que "Freebird II" parle des problèmes de drogue de la mère d'Andrew Savage. Mais les quatre Américains sont surtout en mode enragé, le poing levé.

Pour autant, "comment donner voix au mécontentement tout en étant constructif ?" se sont-ils demandé. Comment, surtout, faire passer le message plus sûrement qu'avec les chansons teigneuses et braillardes auxquelles ils nous ont habitué ? 

Sensibilité et surprises musicales

Ils ont enrôlé pour ce faire le producteur Danger Mouse (Gnarls Barkley, Gorillaz, Black Keys). Plutôt subtile mais efficace, sa patte ne se laisse deviner que par petites touches. Elle tempère l'âpreté cogneuse du groupe avec des détails inattendus (le clin d'oeil au G-Funk de "Violence", le choeur d'enfants de "Death Will Bring Change"). Le producteur éclaire les chansons, les rend plus fluides, voire même dansantes, comme le morceau titre "Wide Awake", un hymne punk funk à la LCD Soundsystem qu'on imagine prendre la tête d'une manif joyeuse. 

Musicalement, Courtney Barnett ne va pas aussi loin que Parquet Courts mais varie les plaisirs, mâtinant son garage rock de poussées psyché rock, noisy grunge ou punk. Au terme de son travail de transmutation du plomb en or, cette sensible offre en conclusion une note optimiste avec "Sunday Roast", ou comment se sentir moins seul le dimanche en retrouvant ses amis et leurs câlins bienfaisants.

"Total Football" de Parquet Courts lui fait écho en développant l'idée d'un fonctionnement collectif de la société qui n'écraserait pas les individus, sur le modèle de l'équipe de l'Ajax d'Amsterdam des années 70 (où chaque joueur jouait à la fois en attaque et en défense). Deux groupes, une même leçon : seul, on se sent démuni, inutile et petit. Mais collectivement, on peut tout.

Parquet Courts "Wide Awake!" (Rough Trade/Beggars/Wagram)
Courtney Barnett "Tell Me How You Really Feel" (Marathon/Pias)


Les deux albums sont en écoute sur toutes les plateformes de streaming, dont Deezer ci-dessous.