Arcade Fire parle de son album "Reflektor" et le dévoile en streaming

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 28/10/2013 à 16H26, publié le 25/10/2013 à 12H32
Arcade Fire sur scène en Irlande en 2011.

Arcade Fire sur scène en Irlande en 2011.

© SI1/WENN.COM/SIPA

Le nouvel album d'Arcade Fire, le très attendu "Reflektor", sort officiellement lundi en France. Mais le groupe montréalais qui ne fait rien comme personne vient de mettre en ligne sur Youtube une vidéo (ci-dessous) contenant l'album en streaming dans son intégralité, sur les images d'"Orpheu Negro", film franco-brésilien de Marcel Camus sorti en 1959.

"Reflektor" revisite le mythe d'Orphée
"Le film "Orpheu Negro", durant le carnaval au Brésil, est un de mes films préférés de tous les temps", souligne Win Butler dans un long entretien à Rolling Stone. De fait, sur ce quatrième album, qui succède à "The Suburbs", Arcade Fire revisite le mythe éternel d'Orphée, ode à l'amour et à la musique.

"Le mythe d'Orphée est le triangle originel, une histoire à la Romeo et Juliette", rappelle Win Butler. "Côté paroles, ce n'est pas littéralement à propos de ma vie. Je crois que je suis une sorte d'éponge", précise-t-il. "En prenant de l'âge, on voit les gens à différents stades de leur vie (...) c'est une façon de tenter de comprendre profondément les hommes et les femmes".

Un double album audacieux
"Reflektor" n'a pas été rapide à accoucher. "Ca a été un processus incroyablement long", souligne Win Butler. "Je crois que nous passons plus de temps à séquencer un disque que la plupart des gens. Notre processus prend un temps fou jusqu'à devenir dingue."

Le disque précédent, "The Suburbs", avait été couronné d'un Grammy Awards du meilleur album de l'année en 2010, les plongeant soudainement dans le grand bain de la célébrité alors qu'ils étaient jusqu'alors un groupe connu du circuit indépendant aux fans fervents mais dont le grand public n'avait jamais entendu parler.

Cela a été long mais "Reflektor", un double album vertigineux de 18 chansons longues de 6 à 8 minutes chacune, ne déçoit pas. Arcade Fire y fait preuve d'une audace magnifique en tentant une foule de nouvelles choses en compagnie notamment du producteur James Murphy, éminence grise du label new-yorkais DFA et du groupe (auto-sabordé) LCD Soundsystem.

Le premier morceau de l'album, "Reflektor", dévoilé début septembre, avec David Bowie en choriste de luxe, avait déjà montré comment la patte de James Murphy, adepte du grand télescopage disco-punk, pouvait se mélanger avec bonheur avec la pop baroque d'Arcade Fire, lui ajoutant des rythmiques sautillantes et des touches d'électro.


Un voyage en Haïti a provoqué un électrochoc musical
Mais d'autres sonorités irriguent ce nouvel album : elles viennent des Caraïbes. Un voyage en Haïti de Win Butler et sa femme Régine Chassagne (dont la famille est originaire de l'île) les a d'abord profondément ébranlés. Là bas, "un groupe m'a changé musicalement", raconte Win Butler dans Rolling Stone, "il m'a ouvert à cette immense et vaste culture à laquelle je n'avais jamais été exposée auparavant".

Et puis là bas, "nous jouions pour des gens qui n'avaient jamais entendu les Beatles avant", raconte-t-il. "Dans l'Haïti rural, ils n'ont jamais entendu "I Wanna Hold Your Hand". Ils n'ont jamais entendu Elvis. Donc si tu n'as pas ce type de contexte rock'n'roll, si tu joues un morceau, qu'est-ce qui te permet de faire des connexions? Il y a les éléments rythmiques et l'émotion dans la voix - tu es vraiment capable de te connecter avec des gens qui ne partagent pas du tout le même langage ou la même culture que toi."

Durant le carnaval, alors qu'il se trouvait sur une plage à 3h du matin, Butler semble avoir eu une véritable illumination avec la musique "rara", "cette musique de rue pleine de cuivres et de percussions africaines", emmenée par un "batteur vaudou". Au coeur de cet album hypnotique et magistral, les trafics sonores semblent d'ailleurs faire écho à la transe du culte Vaudou. 

"Here Comes the Night Time", un film de Roman Coppola sur Arcade Fire filmé dans une discothèque de Montréal et dévoilant trois titres de "Reflektor".


Un château en Jamaïque
Puis, devant les difficultés à enregistrer en Haïti, le groupe au complet a fait un long séjour en Jamaïque, où "Reflektor", a été peaufiné. "Je pense qu'on est allés en Jamaïque avec soixante morceaux. Nous y sommes allés avec Markus Dravs il y a un an et demi, puis James Murphy est venu quelques semaines en août 2012".

Dans la patrie de Bob Marley, ils séjournent dans un château fou "construit vers 1979 par un Jamaïcain excentrique qui voulait se faire passer pour un roi" et qui est resté vide pendant des années. "Nous avons apporté des lits, un piano, du matériel. C'était donc une atmosphère incroyable.", se souvient Win Butler.

Une atmosphère qui a déteint sur  "Reflektor", album touffu sur lequel Arcade Fire opère une mue tout en restant le même, avec une liberté, une maîtrise et une flamboyance absolument irrésistibles. Comme l'avait résumé James Murphy il y a quelques mois, "it's really fucking epic !". Sans doute le meilleur album d'Arcade Fire, "Reflektor" est déjà parti pour finir sur les plus hautes marches du podium des sorties 2013.