Tunisie : le rappeur Klay BBJ condamné à six mois ferme et incarcéré

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/09/2013 à 14H55, publié le 26/09/2013 à 14H22
Klay BBJ a été condamné à 6 mois de prison ferme en Tunisie

Klay BBJ a été condamné à 6 mois de prison ferme en Tunisie

Le rappeur tunisien Ahmed Ben Ahmed, dit Klay BBJ, a été condamné jeudi, à l'issue d'un procès éclair, à six mois de prison ferme pour des chansons jugées insultantes par les autorités et portant atteinte aux bonnes moeurs.

"Nous avons décidé d'une peine de six mois ferme avec exécution immédiate" de la sentence, a dit le juge Belgacem Chaïeb après moins d'une heure et demie d'audience. L'avocat du musicien a immédiatement indiqué qu'il ferait appel. "C'est une nouvelle injustice visant les artistes. Je vais interjeter appel et continuer le combat", a déclaré à l'AFP Me Ghazi Mrabet.
Le rappeur Klay BBJ était jugé pour outrage à des fonctionnaires, atteinte aux bonnes moeurs et diffamation en raison de textes qu'il a chantés avec un autre musicien, Weld El 15, lors d'un concert en août à Hammamet, station balnéaire à 60 kilomètres au sud de Tunis. Les deux chanteurs avaient été condamnés fin août par contumace pour ces faits à 21 mois de prison ferme sans avoir été prévenus de la tenue du procès ni même informés de leur inculpation.

Klay BBJ s'estime victime de harcèlement

Klay BBJ avait décidé de faire opposition à ce jugement par contumace si bien qu'il était rejugé jeudi en première instance. Weld El 15, en cavale depuis la condamnation, a choisi de ne pas contester le verdict et estime être victime de harcèlement judiciaire. Il avait déjà été condamné à deux ans de prison ferme pour une chanson insultant la police, peine réduite en juillet en appel à six mois de détention.

Ces affaires ont déclenché une vague de critiques contre la justice, la police et le gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda, accusés de réprimer les libertés artistiques et d'expression acquises avec la révolution de 2011. Les organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent régulièrement le recours au code pénal hérité du président déchu Zine el Abidine Ben Ali pour faire taire la critique.

Réactions et manifestations devant le tribunal

Très émus, les partisans de Klay BBJ ont dénoncé durement sa condamnation, y voyant la preuve que les autorités tunisiennes, moins de trois ans après la révolution de janvier 2011, cherchent à juguler la liberté d'expression. "C'est un procès politique de plus! C'est un scandale de mettre en taule un artiste pour ses chansons. C'est un autre pas vers la mise en place d'une nouvelle dictature dans le pays", a martelé Thameur Mekki, qui dirige le comité de soutien aux rappeurs inquiétés par la justice. "Ils veulent nous humilier un à un, écraser tout espoir en nous, j'ai peur pour notre pays", a dit à l'AFP Mohamed Amine Hamzaoui, figure de la scène du rap tunisien, les yeux rougis par les larmes.

Plusieurs dizaines de jeunes, des adolescents pour la plupart, se sont rassemblés en début d'après-midi devant le tribunal en scandant "Free Klay". Aucun débordement n'a eu lieu. Les organisations de droits de l'Homme dénoncent régulièrement le recours au code pénal hérité du président déchu Zine el Abidine Ben Ali pour faire taire la critique.

 Un pas vers une nouvelle dictature

Outre les poursuites contre des rappeurs, plusieurs affaires ont laissé un goût amer aux défenseurs des droits de l'Homme. Le militant athée Jabbeur Mejri a été condamné en mars 2012 à sept ans et demi de prison pour avoir publié sur internet des caricatures du prophète Mahomet. Un autre jeune, Ghazi Beji, condamné à la même peine pour les mêmes faits, a obtenu l'asile politique en France. Un cinéaste a par ailleurs passé un mois en détention provisoire pour avoir jeté un oeuf sur le ministre de la Culture. Deux journalistes ont aussi été incarcérés dans différents volets de cette affaire.