Tunisie : le rappeur Klay BBJ acquitté en appel

Par @Culturebox
Publié le 17/10/2013 à 18H13
Le rappeur tunisien Klay BBJ.

Le rappeur tunisien Klay BBJ.

© Saisie écran clip

Le rappeur tunisien Klay BBJ, condamné à six mois de prison et incarcéré pour des textes jugés insultants par les autorités, a été acquitté jeudi en appel. Cette affaire alimentait les craintes pour l'avenir de la liberté d'expression en Tunisie. Plusieurs rappeurs, artistes et journalistes ont été poursuivis ces derniers mois dans ce pays pour des motifs similaires.

Les rappeurs tunisiens poussent un ouf de soulagement
"Le tribunal a décidé du rejet des accusations et l'annulation de la condamnation de Ahmed Ben Ahmed" alias Klay BBJ, a annoncé le juge à l'issue de l'audience qui avait lieu à Grombalia, à 45 au sud de Tunis.
   
L'arrêt n'ayant pas encore été rendu public, les raisons de cet acquittement n'étaient pas connues dans l'immédiat.
   
De nombreux acteurs de la scène du rap tunisien avaient fait le déplacement pour soutenir leur ami. Ils se sont félicités de cette décision. "Enfin je respire, cette histoire m'étouffait vraiment, j'avais peur pour la jeunesse tunisienne mais ce verdict nous rend espoir", a réagi Mohamed Amine Hamzaoui, un rappeur.
   
La mobilisation de la société civile a joué
"Ce verdict montre l'importance de la mobilisation de la société civile, des médias et des militants pour la liberté d'expression", a pour sa part jugé Thameur Mekki, qui dirige le comité de soutien aux rappeurs poursuivis par la justice.
   
Le procès de jeudi n'a cependant pas échappé à une nouvelle controverse, le parquet ayant interdit aux journalistes l'accès à la salle d'audience dans la matinée. Le juge a finalement autorisé la presse à assister au procès après que la défense eut refusé de plaider si l'audience n'était pas publique.
   
Plusieurs rappeurs, artistes et journalistes ont été poursuivis ces derniers mois dans des dossiers considérés par des ONG comme relevant des libertés d'expression et artistique. Certaines organisation de défense des droits de l'Homme ont même accusé la police et la justice, voire le gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda, de chercher à juguler ces acquis de la révolution de janvier 2011.
Jugé pour atteinte aux bonnes moeurs et diffamation
Klay BBJ était jugé pour outrage à des fonctionnaires, atteinte aux bonnes moeurs et diffamation en raison de textes qu'il a chantés avec un autre musicien, Weld El 15, lors d'un concert en août à Hammamet, station balnéaire au sud de Tunis.
   
Les deux chanteurs avaient été condamnés fin août par contumace pour ces faits à 21 mois de prison ferme sans avoir été prévenus de la tenue du procès. Klay BBJ avait décidé de faire opposition à ce jugement si bien qu'il était rejugé en première instance et condamné à six mois de prison ferme le 26 septembre avant d'être innocenté jeudi.
   
Un autre rappeur en cavale
Weld El 15 a lui choisi de ne pas contester le premier verdict de 21 mois de prison et est en cavale depuis. Il avait déjà été condamné pour sa chanson "Les policiers sont des chiens" à deux ans de prison, peine réduite à six mois avec sursis en appel en juillet.
   
L'avocat des rappeurs a cependant indiqué jeudi que compte tenu de l'acquittement de Klay BBJ, Weld El 15 allait faire appel de sa peine prononcée par contumace. "On va faire appel très rapidement pour qu'il soit jugé par le même tribunal (de Grombalia). Il est très heureux", a indiqué Me Ghazi Mrabet. "Il ne faut plus qu'il y ait des procès de ce genre dans la Tunisie post-révolution", a-t-il ajouté.
   
Deux rappeurs doivent encore être jugés en novembre pour leur rôle présumé dans des heurts qui avaient éclaté aux abords d'un tribunal en juin après la première condamnation de Weld El 15.