Solidays : Georgio rappe entre mélancolie et brutalité

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/06/2017 à 11H12, publié le 24/06/2017 à 19H56
Georgio était en concert à Solidays le vendredi 23 juin 2017

Georgio était en concert à Solidays le vendredi 23 juin 2017

© Medhi Weber

Vendredi 23 juin, Georgio s'est produit pour la première fois au festival Solidays. Le matin même, le rappeur de 24 ans annonçait la réédition de son album Héra (2016) avec 9 titres supplémentaires sur les plateformes d'écoute en ligne. Culturebox l'a rencontré à l'ombre d'un parasol en marge du festival, quelques heures avant son concert. Portrait en clair-obscur de la nouvelle plume du rap.

"Ca me fait hyper plaisir d'être à Paris pour Solidays, j'ai un peu l'impression de jouer à domicile." En effet, Georges Edouard Nicolo (de son vrai nom) est un enfant de la capitale, il a grandi dans le nord du 18e arrondissement. "Et puis j'adore l'idée de pouvoir lier ma musique à un message fort de sensibilisation contre le Sida." 

Quelques heures avant notre entrevue, le jeune rappeur annonçait sur les réseaux sociaux la réédition de son album "Héra" sorti le 4 novembre 2016. Un vrai lifting pour l'opus qui l'a fait connaître : "Héra" devient Ἥρα (écriture grecque du nom de la déesse) et s'offre pour l'occasion 9 titres inédits à découvrir sur les plateformes d'écoute en ligne. 

Voilà plusieurs mois qu'on parle du phénomène Georgio, ce jeune homme de 24 ans que certains appellent déjà "la nouvelle plume du rap". Mais le rappeur garde la tête sur les épaules : "ouais, c'est gratifiant mais dans le rap y'a toujours eu des plumes. Moi j'essaye juste d'avoir les mots les plus justes possible, de soigner l'écriture, c'est un 'kif' personnel. Je suis vraiment attaché à ça."  

Cette notoriété récemment acquise, Georgio la voit surtout comme une opportunité. "Grâce à la musique j'ai eu la chance de voyager au Canada, ou encore à l'ile de la Réunion" sourit-il. Quant au rythme imposé par les enregistrements, tournées et festivals, le jeune parisien a l'habitude : "je mène ma vie en fait. Comme ça fait longtemps que je me produis beaucoup en concert, c'est un peu mon petit quotidien. Je suis à l'aise." 
Georgio était en concert à Solidays le vendredi 23 juin 2017

Georgio était en concert à Solidays le vendredi 23 juin 2017

© Medhi Weber

Génération "No future" ? 

Dans l'album Ἥρα, Georgio écrit avec une plume tantôt mélancolique, comme sur "L'or de sa vapeur rouge", tantôt brutale, dans "No future", mais toujours ciselée et viscérale. "Dans mes chansons, y'a de l'espoir, de la tristesse et de la violence. Parce que c'est la vie, tout simplement, souligne-t-il. Y'a des moments qui sont plus ou moins cruels, et d'autres où t'as l'impression d'avoir attrapé le bonheur. En fait, j'écris constamment, donc je traverse différents états d'esprit. J'aime bien la musique mélancolique, mais là j'avais envie d'un album revanchard sur la vie, sur l'envie de bouffer le monde". Littéralement même, lorsqu'il écrit "La terre, je la dévore"

Pour écrire certaines chansons de "Héra", Georgio a choisi des thèmes de société : de la prostitution avec "Svetlana et Maiakowski" à la guerre avec "La vue du sang", en passant par la violence conjugale avec "Mama Rita".

Son inspiration est fonction de ce qui l'entoure, de ses pensées, de ses émotions: 

https://videos.francetv.fr/video/NI_1024519@Culture

Le rap, Georgio a grandi avec. C'est même le point de départ de toute sa carrière. A l'origine, le jeune homme ne voulait pas écrire, il ne voulait pas chanter, il voulait simplement rapper : "l'amour des mots et de la littérature, c'est vraiment le rap qui m'a donné ça, explique-t-il. C'est la première musique que j'ai écouté quand je me suis affranchi de ce qu'écoutaient mes parents. Et c'était la musique de mon environnement, de mon quartier." 

50cent, Eminen, Booba, Mafia K'1 Fry, Scred Connexion, Ärsenik, autant d'artistes qui ont nourri l'imaginaire et l'inspiration du jeune parisien pendant son adolescence. "Y'avait chez ces artistes là un côté violent et surtout très réaliste. J'arrivais à m'identifier au détour de leurs textes. Et ça faisait écho à ma révolte personnelle quand j'étais jeune."  

"Héra, c'est l'amour de la vie"

Avant de le laisser partir, on a quand même tenu à lui poser LA question : "c'est qui Héra?" A qui Georgio a tout de même dédié une chanson et le titre de son album. "Héra, c'est l'amour de la vie, sourit-il. C'est une chanson que j'ai écrite pour une personne très précise, mais c'était pas une chanson d'amour, c'était plus un hymne à la vie, au fait de ne pas avoir peur d'aimer, de ne pas avoir peur de voyager, d'aimer boire, faire la fête, ne pas se priver. Plutôt que mettre un prénom, je suis allé chercher une déesse grecque, Héra, la déesse de la fécondité et du mariage. C'est aussi la femme et la soeur de Zeus. Ça me plaisait bien ce truc un peu chelou, un peu glauque, propre à la mythologie grecque. Alors j'ai commencé à écrire : "un jour j'ai rencontré Héra, et depuis je vous em....."

 Moins de naïveté et plus de brutalité, le cahier des charges est plutôt respecté.
Georgio continue cet été sa tournée des grands festivals français :  

-Garorock à Marmande, le vendredi 30 juin. 
-Francofolies de La Rochelle, le jeudi 13 juillet. 
-Les Vieilles Charrues à Carhaix, le vendredi 14 juillet.