Orelsan triomphe à Bercy : non, la fête n'est pas finie

Par @Nijikid
Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 17/03/2018 à 18H18, publié le 16/03/2018 à 15H35
Le rappeur Orelsan sur scène début 2018.

Le rappeur Orelsan sur scène début 2018.

© Dan Pier / CrowdSpark / AFP

Pour son tout premier Bercy (AccorHotels Arena), OrelSan a donné jeudi 15 mars un concert puissant, impeccable de naturel et de maîtrise. Sans forcer et même souvent sans le réclamer, il a réussi à faire chanter, hurler, sauter et danser une véritable marée humaine de jeunes en osmose avec leur héros durant deux heures. Comment vous le raconter ? Simple, basique : il n’y eut que des temps forts.

Belle entrée en matière

"Aurélien, une chanson ! Aurélien, une chanson !" : le noir ne s’est pas encore fait à Bercy que la foule, cette grande famille à majorité adolescente, scande déjà comme une blague cette référence à l’un des derniers titres d’OrelSan, le féroce tableau caricatural de "Défaite de famille".  
 
Le rappeur calcule son entrée et tarde à se montrer. Sur scène, un immeuble, de nuit, quelques fenêtres allumées. On pense à la pochette du premier album de The Streets qui a beaucoup inspiré "La Fête est finie", le dernier opus d'OrelSan. Puis comme dans un cauchemar, le bâtiment s’enfonce doucement dans le sol. Lorsque les rideaux s’écartent enfin, il apparaît en ombre chinoise, juché sur le toit, et entame "San".

Dans ce long texte sobre et introspectif qu’il a merveilleusement rappé aux dernières Victoires de la Musique, il avoue au passage "J’suis pas chez moi dans la capitale", où il vit pourtant depuis des années. Caen reste son fief et le cadre de la plupart de ses chansons encore aujourd'hui. Le public n’a pas sa vélocité et son souffle implacables mais reprend à point nommé les rimes les plus saillantes.

OrelSan sourit, embrasse la salle et la foule du regard. Sur ses lèvres on peut lire via les écrans un silencieux "Oh putain!" d’émotion. La scène sur laquelle il était juché remonte dans les cintres, révélant une équipe de quatre musiciens, qu’il nous présentera plus tard longuement. Il y a d’abord son complice et partenaire Skread, compositeur, producteur et réalisateur de tous ses disques, installé ce soir derrière les synthés. Puis Manu Dyens à la batterie, "l’homme orchestre" Eddy à la basse et à la guitare ainsi que Phazz aux claviers.

"Christophe" et son pogo géant, "Bonne meuf" et sa suite surprise

"Paris est ce que vous avez les bases ?", demande OrelSan avant de proposer un petit cours de rattrapage en accéléré, en duo avec Ablaye, son soutien au micro. S’ébranle alors un train siphonné emmené par la locomotive "Basique", à laquelle succèdent à grande vitesse trois titres de son premier album "Perdu d’avance" (2009): "Différent", "Jimmy Punchline" et "Courez, courez".

"La Pluie", une chanson très orchestrée avec son saxophone siffle la fin de la récré, ralentit la cadence et introduit une phase plus calme du concert, couronnée par "Paradis", un titre sentimental qui met les filles aux anges. "Tout va bien" et ses paroles de "mytho" referment ce chapitre sensible et attention, prenez votre inspiration, la grande roue repart à fond les ballons avec "Bonne Meuf". Une tuerie qui remet la foule en transe et qu’OrelSan accompagne d’une petite surprise : la suite de ce hit hilarant, un freestyle bombesque baptisé "Adieu les filles" (à découvrir par ici).

Mais la Fête n’est pas finie : "Christophe", le hit "reggaeton" du dernier album avec Maître Gims (hélas, non présent) est clairement l’acmé du show : il donne lieu au plus phénoménal pogo qu’il nous ait été donné de voir à Bercy, un truc franchement incroyable vu de haut.

"Défaite de famille", que le public réclamait à cor et à cris depuis le début, précède "J’essaye, j’essaye", qui offre le moment craquant du concert lorsque sa grand-mère chérie, "mamie Jeanine", vient s’enquérir de sa petite voix via l’ordinateur et les écrans (on hésite entre Woody Allen et Star Wars) si tout se passe bien à Paris.

Une vidéo amateur de "Paradis" à l'AccorHotels Arena vendredi 15 mars

OrelSan tombe le masque et explose les coutures rap

"Suicide social" et "RaelSan" nous rappellent que les personnages de fiction dont usait encore OrelSan dans "Le chant des Sirènes" il y a 7 ans n’ont plus cours sur son nouvel album. Le rappeur ne s’est pas seulement assagi, il s’est surtout rapproché de lui-même, tombant l’artifice du masque, osant comme jamais l’introspection, la sincérité et la vulnérabilité. Un geste payant puisque son album "La Fête est finie" sorti en octobre est non seulement un carton instantané couronné de trois Victoires de la Musique mais aussi un classique qui le fait passer du statut de rappeur à celui de chanteur à textes universel, tout simplement.

Un autre signe le distingue du rap : le dispositif scénique. La scénographie est ingénieuse et impressionnante mais la présence des quatre musiciens conjure toute surenchère tape à l'oeil pour meubler, le rapprochant davantage d'un concert de rock ou de pop emmené par un chanteur. Il n'a cependant besoin de personne sur "Notes pour Trop tard", cette chanson magistrale, florilège de conseils bien sentis au jeune public, sur laquelle il achève son show.

 

Deux bolides 5 étoiles au rappel : Nekfeu et Dizzee Rascal

Aurélien revient au rappel avec une version épique du "Chant des sirènes". Il s’est changé et arbore une nouvelle tenue de sa marque Avnier, dont il nous aura gratifié depuis le début d'un joli défilé dûment siglé (casquette, Tshirt, sweat etc). Business is business.

On aura attendu en vain une petite visite de Maître Gims, Stromae et Gringe (excusé pour maladie). On n'osait pas y croire mais c'est Nekfeu et Dizzee Rascal qui débarquent finalement sans être annoncés pour croiser le fer sur le seul titre ego-trip du dernier album, "Zone", une véritable course de bolides qui retourne encore une fois Bercy, occasionnant même quelques "cyphers" (cercles de danse hip-hop) dans la fosse.

Après être descendu devant les barrières du premier rang serrer quelques louches, OrelSan revient pour une ultime suée en nous offrant une seconde version endiablée de "Basique", qui secoue encore plus fort que la première. Il se fait un peu prier – "Vous êtes encore là ? Je suis dans ma loge. Vous êtes fatigués ? Je suis mort." - et termine sur sa chanson préférée "La Fête est finie". On se dit surtout qu’elle ne fait que commencer. 

OrelSan poursuit sa tournée avec une nouvelle halte à Bercy (AccorHotels Arena) le 26 mars.

La setlist du concert d'OrelSan à Bercy le 15 mars 2018
1. San
2. Basique
3. Différent
4. Jimmy Punchline
5. Courez, courez
6. La Pluie
7. Dans ma ville on traîne
8. Paradis
9. Tout va bien
10. Bonne Meuf
11. Adieu les filles
12. Christophe
13. Défaite de famille
14. J’essaye, J’essaye
15. Quand est ce que ça s’arrête
16. Suicide social
17. RaelSan
18. Notes pour trop tard
Rappel
19. Le chant des Sirènes
20. Zone
21. La Terre est ronde
22. Basique (une deuxieme fois)
Rappel 2
23. La fête est finie