Orelsan condamné à une amende avec sursis pour injure et provocation à la violence

Par @Culturebox
Mis à jour le 31/05/2013 à 18H49, publié le 31/05/2013 à 14H31
Orelsan sur la scène des Victoires de la Musique 2013

Orelsan sur la scène des Victoires de la Musique 2013

© NIVIERE/SIPA

Au coeur d'une vive polémique en 2009 à cause de sa chanson "Sale pute", le rappeur Orelsan a été condamné vendredi à une amende de 1.000 euros avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris, qui l'a déclaré coupable d'injure et provocation à la violence à l'égard des femmes pour certains de ses textes.

Son avocat, Me Simon Tahar, a déploré que le tribunal ait ouvert une "voie  large, grave, à la censure de la création artistique". Son contradicteur, Me Alain Weber, a salué la "victoire" des associations féministes, qui n'ont "rien contre le chanteur" mais refusent le discours de banalisation des violences faites aux femmes.

Les Chiennes de garde, le collectif féministe contre le viol, la Fédération  nationale solidarité femmes, Femmes solidaires et le Mouvement français pour le  planning familial avaient poursuivi le rappeur de 30 ans pour huit de ses chansons, interprétées notamment lors d'un concert au Bataclan le 13 mai 2009.

"Les féministes me persécutent, comme si c'était d'ma faute si les meufs c'est des putes", scande le rappeur dans l'un de ses titres. Pour la seconde partie de cette phrase, Orelsan, Aurélien Cotentin de son  vrai nom, a été déclaré coupable d'injure sexiste. Pour "renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, j'peuxt'faire un enfant et t'casser le nez sur un coup de tête", ainsi que "ferme ta gueule ou  tu vas de faire marie-trintigner (...)", il a été reconnu coupable de "provocation à la violence à l'égard d'un groupe de personnes à raison de leur  sexe". A la connaissance de Me Weber, c'est la première fois que cette disposition est appliquée.
Pour les juges, le néologisme "marie-trintigner" employé dans la chanson "Saint-Valentin" marque le point culminant de la "banalisation  des violences faites aux femmes". Il soulignent que la mort tragique de l'actrice Marie Trintignant, morte sous les coups de son compagnon Bertrand Cantat, est récupérée "d'une manière particulièrement choquante pour servir la rime", et est présentée "comme une simple menace qui peut être mise à exécution si la femme objet évoquée dans la chanson (...) ne se soumet pas en silence aux volontés de l'homme".

Incitation à la violence envers les femmes

Orelsan n'interprète pas en concert cette chanson, qui d'ailleurs ne figure pas sur son album "Perdu d'avance", si le public est trop jeune. "C'est ma  responsabilité d'artiste", avait-il dit à l'audience. Ce qui traduit selon le tribunal une "particulière ambiguïté" dans son  comportement et une "parfaite conscience des risques incitatifs que pouvaient représenter ses chansons".

Pour les juges, cette banalisation de "comportements et de propos sexistes, violents et dévalorisants" est "de nature à créer, de manière directe ou à tout  le moins insidieuse, un état d'esprit propre à susciter chez certains spectateurs, et particulièrement les plus jeunes, la reproduction (...) des  violences physiques et morales, aussi systématiques que gratuites, faites aux  femmes au seul motif qu'elles sont des femmes".

La "liberté de création" n'est pas une excuse

"La liberté de création artistique ne saurait valoir excuse absolutoire", a  tranché le tribunal, qui l'a également condamné à verser un euro de dommages et  intérêts et 800 euros pour les frais de justice à chacune des cinq associations. 
Le clip d'Orelsan "Sale pute"
"Surpris" par ce jugement, l'avocat d'Orelsan a rappelé que le parquet  avait estimé qu'il n'y avait pas matière à le condamner. La procureur Anne Coquet avait en effet souligné que la lecture intégrale des textes permettait bien de comprendre que "chacune des chansons" raconte une  "histoire particulière". Il a ajouté qu'un précédent jugement, concernant sa chanson "Sale pute", au coeur d'une vive polémique en 2009, avait relaxé son client.

Me Alain Weber, conseil des cinq associations qui ont poursuivi le rappeur s'est quant à lui déclaré "satisfait pour le combat de la dignité des êtres humains". Selon lui, ce jugement de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris crée une "première jurisprudence" sur le texte sanctionnant "l'incitation à la violence du fait du sexe". Dans un communiqué, le Collectif national pour les droits des femmes, qui  n'était pas partie à la procédure, s'est félicité de l'"ouverture" que représente cette décision.

"Orelsan dira les suites qu'il entend donner à ce jugement", a déclaré Me Tahar, interrogé sur un éventuel appel de son client.