On y était : Tyler The Creator au Trabendo

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 30/03/2013 à 14H44, publié le 30/03/2013 à 12H17
Tyler The Creator sur scène à Los Angeles en 2012

Tyler The Creator sur scène à Los Angeles en 2012

© Alex J. Berliner/AP/SIPA

Le rappeur californien Tyler The Creator, cerveau du collectif Odd Future (dont fait partie Frank Ocean), se produisait jeudi 28 mars au Trabendo (Paris). A ses fans, il a offert sa facette la plus réjouissante et la primeur d'une poignée de titres de son nouvel album, "Wolf", à paraître mardi 2 avril. Il a reçu en échange d'étonnants cadeaux.

Un show minimal et sans chichis
Preuve de la notoriété de Tyler The Creator, on pouvait croiser à ce concert sold-out depuis 15 jours Guy-Man de Daft Punk (si si, incognito sans son casque) ! Pourtant  ce rappeur culte garde les pieds sur terre et ne change rien pour sa première tournée en solo. Pas de chichis. Rien de tape à l'oeil. Pressé de monter sur scène, il a même viré sans état d'âme le Dj prévu en première partie (un certain Dj Roger, inconnu au bataillon), interdit de jouer.
Débuté avec "Wolf", qui est aussi le premier morceau de son 3e album solo après "Bastard" (sorti gratuitement sur internet en 2009) et "Goblin" (2011), le show est minimal.

Une formation en trio, avec Tyler au centre, un "dj" (Taco) pour lancer les instrumentaux pré-enregistrés sur l'estrade, et Jasper, l'un de ses acolytes rappeurs en renfort. Certes, on aurait nettement préféré avoir droit au génial Earl Sweatshirt ou à Hodgy Beat avec lequel il avait estomaqué le monde entier en 2011 avec "Sandwitches" au Jimmy Fallon show. Mais Jasper est honorable en second couteau et le son est impeccable. Particulièrement remarquable pour un concert de rap.

Vieux et nouveaux titres
Après une série de chansons connues du bonhomme, "French", "Tron Cat, et "Nightmare", Tyler se lance dans un courageux triplé de nouveaux titres : "Jamba", "Cowboy" et "Domo 23", qui a fait l'objet d'un clip hilarant il y a quelques semaines. 

 
Tyler est très en verve, c'est à dire l'ordinaire pour ce zèbre surdoué qui semble avoir mille idées à la minute. Cet hyperactif qui est du genre se jeter sans arrière-pensée dans la foule en plein concert depuis le balcon d'un théâtre, bondit de long en large de la scène, grimpe sur le moindre ampli, serre des mains à la pelle, et plaisante énormément.

Rimeur surdoué mais aussi roi du stand-up
Son humour caustique et son aisance sont un must et on se demande à un moment du show s'il n'est pas encore plus doué pour le stand-up que pour la rime.

"Comment va votre vie en ce moment ? Vous avec le T-Shirt blanc. Vous ne savez pas ? C'est stupéfiant, stupéfiant", s'amuse-t-il en prenant sa grosse voix. C'est avec la même voix de grizzly qu'il entame le gros hit de son précédent album, "Yonkers".  
 
"Bon, là je vais chanter un nouveau morceau ("Tamale")", prévient-il ensuite. "C'est un titre difficile et pour vous, c'est nase parce que vous ne connaissez pas la chanson. Mais faites comme si vous aimiez, sautez et tout, pour que je me sente moins bête". Après le morceau : "C'était bien ? J'ai les couilles humides. Vous aussi ?".

La boîte à cadeaux
Puis survient l'épisode surréaliste des cadeaux, avant un dernier titre ("Sandwitches") et un bain de foule final ponctué de force "salut les trous du cul". Ses fans savent bien que dans sa bouche, il s'agit d'un mot doux. D'ailleurs, Tyler est très aimé. Des admirateurs (et admiratrices) ont déposé une poignée de présents entassés sur le côté de la scène. Il les ouvre avec gourmandise. "J'aime les cadeaux".


Il y a là deux trois disques vinyles, dont un John Coltrane. Un grand carnet de croquis d'une jeune femme qui l'a croqué, et quelques dessins, de licorne notamment. Il demande s'il doit conserver ça ? "Vraiment", insiste-t-il, "c'est important pour vous". Pourtant, avec lui, on ne sait jamais si c'est du lard ou du cochon. S'il est sincèrement ému ou ultra ironique et se demande comment se débarrasser de cet hommage embarrassant.

Enfin, d'un carton à chapeau vert, il tire avec des cris de gamine effarouchée un masque ("ouh, j'ai peur!"). Un masque en papier mâché à son effigie. "Je peux l'utiliser dans mon nouveau clip ?", demande-t-il, visiblement bluffé. Il y a de quoi. Car pour ce garçon imprévisible, quelqu'un avait semble-t-il eu une prémonition. Vendredi matin, il publiait son tout nouveau clip : sur ce "IFHY", il apparaît précisément masqué. Hé, hé...
Tyler The Creator reçoit un masque en cadeau lors de son concert au Trabendo (Paris) le 28 mars 2013.

Tyler The Creator reçoit un masque en cadeau lors de son concert au Trabendo (Paris) le 28 mars 2013.

© Laure Narlian / Culturebox