Nemir le Perpignanais à la proue du renouveau rap

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 17/07/2013 à 16H15, publié le 16/07/2013 à 19H31
Nemir

Nemir

© Saisie écran clip "Wake Up"

Sur la lancée de deux excellents titres l'an passé ("Ailleurs" et "Wake up"), son 3e EP "Ailleurs" sorti en janvier a séduit bien au-delà du milieu rap français. C'est que le style exigeant et très musical de Nemir parle à tout le monde. Ce rappeur de Perpignan âgé de 28 ans se joue des dogmes et des chapelles. Et s'impose ce faisant à la proue d'une scène rap en plein renouveau.

Travail et plaisir
Derrière le rap de Nemir,  il y a une sacré technique, de flow et d’écriture. Mais il sait la faire oublier au profit de l’instinct et du plaisir. C’est une de ses grandes forces. Avec le travail. Car Nemir est de son propre aveu un gros bosseur pour qui « la formule magique c’est la qualité de travail ».

Son autre botte secrète c’est la musicalité. Némir ne chante pas mais presque, tant son rap saccadé, cavaleur ou apaisé peut être mélodieux, véritable instrument de musique sur le beat. «J'adore Boby Lapointe, sa façon de  rendre musicaux ses placements, il découpe, il hache les mots, moi j'adore ça», dit-il à l’AFP.  "Je n'ai pas envie de tomber dans la facilité de ne rien raconter, mais je  n'ai pas non plus envie d'alourdir la musicalité par un thème super fort. Je travaille mes paroles au service de la musique".
Une grande ouverture musicale
Le jeune Perpignanais fait d’ailleurs preuve d’une grande ouverture d’esprit qui nourrit sans doute sa musicalité. Curieux de tout, il cite Bobby Lapointe, admire Benjamin Biolay, Pauline Croze, le rap américain d'Outkast, de Kendrick Lamar et de Lauryn Hill mais aussi l’électro-rock de Phoenix et Metronomy, tout comme le rock psychédélique des Australiens Tame Impala.
 
Est-ce un hasard si son beatmaker attitré, En’Zoo, avec lequel il semble filer l’accord parfait, est pianiste de formation ? « J’ai toujours été sensible à la musique, aux instruments », dit cet ennemi du surplace qui se met actuellement à la guitare et au solfège. « Je dis toujours que je fais du rap par amour de la musique ». « Pour moi, la vérité est globale, elle ne s’arrête pas à un registre, une école, un style », explique-t-il dans une  interview fleuve au site abcdrduson.

La musicalité des mots
En matière de rap, le Catalan n’est pas plus rigide : Rap conscient ? Ego-trip ? Engagé ? Littéraire ? Léger ? « Je les respecte tous et je les ai tous un peu pratiqués », dit-il. Dans mes périodes d’apprentissage, j’ai été énormément curieux et j’ai pratiqué des rap qui n’ont rien à voir les uns avec les autres et qui sont presque des fois contradictoires », avoue-t-il à l'AFP.

La punchline pour la punchline, ce n’est pas son truc. Que ses paroles soient graves, introspectives ou plus légères, c’est la musicalité des mots qui compte avant tout. D’ailleurs, il écrit d’abord ses rimes en « yaourt » avant de se laisser guider par son humeur et de broder des rimes sur cette intention de départ.  « Si tu vois que tu avances, tu continues, tu t’agrippes ! A ce qui te vient, à tes idées, à ton instinct, aux hasards. Tout ça c’est de l’escalade en fait ! » résume-t-il chez abcdrduson.
Un nouvel âge d'or du rap
Le rap, il le pratique depuis qu’il a 11 ans, donc depuis 17 ans déjà. Ce rappeur de 28 ans aux premières marches de la notoriété est en réalité un vétéran du milieu rap. Dans ses propos, il a quelque chose du vieux sage philosophe, lucide et pétillant, mais qui n’a rien perdu de son enthousiasme et de son désir. Nemir se réjouit ainsi de participer à ce qu’il considère comme un nouvel âge d’or du rap. Une période d’effervescence où beaucoup de portes s’ouvrent selon lui pour les rappeurs français audacieux : un public qui a changé, des médias plus ouverts, une émulation et un climat plus apaisé au sein de la scène.
 
De fait, depuis la sortie en janvier de « Ailleurs », son EP ensoleillé, Némir vole de succès en succès et le champ des possibles est grand ouvert pour lui. Ses deux morceaux clippés, « Ailleurs » avec Deen Durbigo, et « Wake Up » avec Alpha Wann de 1995 cartonnent toujours sur Youtube (respectivement 1,6 million et plus de 900.000 vues, à voir ci-dessus), des radios comme France Inter, le Mouv et Radio Nova l’ont intégré dans leur playlist et il a remporté avec Fauve le prix des découvertes du Printemps de Bourges avant de triompher aux Francofolies.

Inutile de dire que ses projets à venir , dont un album à paraître chez Barclay, sont attendus de pied ferme. Le temps est venu de briller pour « l’impertinent de Perpignan » (comme l’a surnommé Alpha Wann de 1995).

Nemir achève ces jours-ci une grande tournée d'une soixantaine de dates. Il est :
Le 18 juillet à Pau (Festival Eté à Pau)
Le 20 juillet à Carcassonne (Festival de Carcassonne)
Le 11 août à Marseille
Le 22 novembre à Saint-Germain-en-Laye