Médine au Bataclan : les associations de victimes en ordre dispersé

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/06/2018 à 12H19, publié le 13/06/2018 à 15H06
Le rappeur Médine en concert en 2017

Le rappeur Médine en concert en 2017

© SADAKA EDMOND/SIPA

La polémique autour de la venue du rappeur Médine pour deux concerts au Bataclan en octobre prochain ne s'éteint pas. Mais que disent les représentants des victimes des attentats de cette controverse lancée par des responsables de droite et d'extrême droite ? Les avis divergent. Ils vont de la demande d'interdiction des concerts au refus de censurer.

L'association "13onze15 Fraternité Vérité" parle de "faute"

En programmant le rappeur Médine, le Bataclan a commis "une faute", estime l'association "13onze15 Fraternité Vérité". Les dirigeants du Bataclan "ont commis une faute en programmant le concert de Médine dans cette salle précisément, et précisément les 19 et 20 octobre 2018, soit 23 jours avant le troisième anniversaire des attentats", dit-elle dans un communiqué publié mercredi.

"Nous ne jugeons pas les propos de Médine. Toutefois, nous considérons que cette programmation est inopportune en ce lieu précisément", ajoute son président, Philippe Duperron, dont le fils a été tué au Bataclan. "Nous nous devons de dire aux dirigeants que leur responsabilité est de veiller à ce que leur programmation ne rajoute pas de la douleur à des esprits et des corps déjà meurtris", conclut-il.

L'association de victimes Life For Paris refuse de censurer

L'association de victimes des attentats du 13 novembre 2015 Life for Paris, a jugé lundi que le Bataclan était "complètement libre de sa programmation, sous contrôle de la Préfecture de police de Paris". Dans un communiqué, l'association a rappellé que cette salle a aussi été victime des attentats du 13 novembre 2015.

"Notre association n'est pas un organe de censure, elle est et restera apolitique et ne laissera personne instrumentaliser la mémoire des victimes des attentats à des fins politiciennes, comme c'est le cas dans cette affaire", conclut l'association qui regroupe plus de 700 victimes. 

Une avocate de victimes demande l'interdiction

Dans un courrier adressé au préfet de police, l'avocate Me Samia Maktouf, qui défend une vingtaine de victimes des attentats du 13 novembre, a réclamé mardi "l'interdiction des concerts de Médine pour risque de trouble à l'ordre public, ainsi que pour atteinte à la mémoire des victimes, au respect dû aux survivants, et aux droits des familles des défunts".

Le document dénonce le "caractère délibérément provocateur" des concerts, "au vu du discours tenu par Médine dans ses chansons et, plus encore, de l'endroit où ces concerts doivent avoir lieu".

D'où est partie la controverse et qu'en dit l'intéressé ?

La controverse sur la programmation du rappeur Médine au Bataclan a été lancée par des responsables politiques de droite et d'extrême-droite. Ils mettent en cause les paroles de certaines de ses anciennes chansons comme "Don't Laïk" ou "Jihad", qu'ils considèrent comme allant dans le sens des thèses jihadistes islamistes. Certains demandent au gouvernement de faire annuler ces concerts.

Le rappeur havrais de 35 ans a réagi en soulignant qu'il combat depuis "15 ans" dans ses albums "toutes formes de radicalisme", accusant "l'extrême droite et ses sympathisants" de vouloir ainsi "limiter notre liberté d'expression".

Le gouvernement n'exclut pas d'interdire les concerts de Médine au Bataclan

Mardi , le Premier ministre Édouard Philippe a invoqué le respect "scrupuleux" de "la loi" et de la "liberté d'expression" pour expliquer l'absence d'intervention du gouvernement dans ce dossier.

Mais mercredi, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb n'a pas exclu d'interdire les concerts de Médine au Bataclan s'il y a un risque de trouble à l'ordre public.  "Nous ne sommes pas maîtres de la programmation du Bataclan mais, comme vous le savez, tout ce qui peut amener un trouble à l'ordre public peut, dans les limites de la loi, pouvoir trouver une interdiction", a déclaré Gérard Collomb lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

"Nous verrons d'ici le mois d'octobre mais nous saurons toujours, avec le Premier ministre, avec le gouvernement, prendre nos responsabilités", a-t-il ajouté.
 
Cent trente personnes avaient trouvé la mort le 13 novembre 2015, dont 90 au Bataclan, et des centaines d'autres avaient été blessées.