La BD "Hip Hop Family Tree" de Ed Piskor : le tome 3 casse la baraque !

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 09/12/2017 à 14H39, publié le 08/12/2017 à 17H24
Un strip du tome 3 de Hip Hop Family Tree et la couverture.

Un strip du tome 3 de Hip Hop Family Tree et la couverture.

© Ed Piskor / Editions Papa Guédé

Dans sa BD déjà culte, Ed Piskor raconte l'épopée du hip-hop dans le détail. Le tome 3 vient de sortir en français et il est encore plus passionnant que les précédents. Les années 1983 et 1984 dont il est question ici sont en effet essentielles. Les Beastie Boys passent du punk au rap, les Fat Boys, Run DMC et LL Cool J émergent, tandis que télé et cinéma commencent à s'intéresser au mouvement.

Quand Rick Rubin assenait : "Le rap c'est pas pour les nanas"

Comme toujours avec Ed Piskor, qui s'est documenté minutieusement, on apprend dans ce tome 3 une foule de choses. Par exemple, comment se sont rencontrés Rick Rubin et Russell Simmons dont l'alliance formera le puissant label Def Jam. Mais aussi de quel sexisme Rick Rubin s'est rendu coupable en congédiant la batteuse des Beastie Boys, Kate Shellenbach (pilier plus tard du groupe de filles Luscious Jackson), au motif que "désolé mais le rap c'est pas pour les nanas".

On découvre que Ad-Rock des Beastie Boys a contribué à la découverte de LL Cool J, venu frapper à la porte de la chambre de Rick Rubin sur le campus de la NYU (New York University) et à quel point le look de Ladies Love Cool James aurait pu le faire passer à côté du succès.

Dans cet extrait de l'émission "Graffiti Rock" (1983), on assiste à une battle entre Run DMC et Kool Moe Dee. Grâce à Ed Piskor, on remarque la présence au second plan d'un b-boy connu sous le nom de Prince Vince (l'acteur et réalisateur Vincent Gallo) en T-shirt gris, name plate doré et couvre-chef blanc.

KRS One est sans-abri, Ice-T enseigne le rap et le break

On assiste aussi à quelques battles (notamment Run DMC vs Kool Moe Dee, UTFO vs Roxanne Shanté), et à la rencontre entre Flavor Flav et Chuck D (futur Public Enemy) sur la radio universitaire WBAU 90.3. On suit les jeunes années du sans-abri Lawrence Parker (KRS One), qui, durant son errance de foyers en foyers a fréquenté des adeptes de Krishna, a étudié à la School of Visual Arts grâce à une bourse, a été graffeur, puis s'est fait choper pour deal d'herbe et a passé quelques mois à l'ombre à 19 ans.

En 1983 et 1984, New York reste encore l'épicentre du hip-hop mais le mouvement commence à faire de sérieux émules à Los Angeles, notamment avec Ice T, qu'on voit enseigner le rap et la breakdance à des jeunes dans le documentaire "Breakin 'n' Entering", puis avec le premier concert de rap marquant dans la Cité des Anges réunissant Run DMC, Ice T, les Red Hot Chili Peppers et Fishbone.

Dans le documentaire Breakin' n' Enterin', on peut voir Ice T, très jeune, danser (à 37:10) en T-shirt noir et béret rouge, défendre le hip-hop qui vient de la rue (45:50) et parler de sa mission auprès des jeunes (54:52).

Une précieuse mine d'infos pour aller plus loin

Avec humour mais sans oublier une rigueur et une exactitude qui ont fait le succès de cette bande dessinée respectée par les vrais protagonistes de l'histoire, Ed Piskor nous narre aussi à quelles arnaques le rap doit une partie de son ascension - le concours bidon de la "Tin Pan Apple/After Dark" d'un certain Stetller est à cet égard un monument.  

Ce Volume 3 aborde également ce moment charnière où les appareils photos et les caméras ont commencé à documenter le hip hop, avec le flop de l'émission de télé "Graffiti Rock" mais aussi les documentaires cultes "Style Wars" et "Breakin' n' Entering". Aussi passionné par son sujet que partageur, le génial cartoonist de Pittsburgh (USA) nous livre d'ailleurs au fil des pages une précieuse mine de conseils pour aller en voir et en écouter davantage sur internet (clips, séquences radio, docs, publicités etc)

Quant aux strips au parfum délicieusement vintage, ils sont toujours aussi enthousiasmants, drôles, pleins de trouvailles graphiques de narration et bourrés de détails et de clins d'oeil truculents (ahhhh le "Woop woop" des flics lorsque KRS One se fait prendre la main dans le sac !).

On se félicite donc que ce volume 3 ait été sélectionné pour le prochain prix du festival d'Angoulême. Inutile de dire qu'on est prêts à rameuter la terre entière pour le voir triompher. 

"Hip-Hop Family Tree, Tome 3" de Ed Piskor (Papa Guédé Editions, 26 €)
Un coffret réunissant les deux premiers tomes vient également de sortir.


Le mix à écouter en lisant ce tome 3 de Hip-hop Family Tree