Kery James critique le rap français, "un art à l'agonie", sur son nouvel album "J'rap encore"

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 20/11/2018 à 10H54, publié le 20/11/2018 à 10H19
Kery James aux Vieilles Charrues en 2017

Kery James aux Vieilles Charrues en 2017

© FRED TANNEAU / AFP

A l'occasion de la sortie de son 7e album solo "J'rap encore", Kery James dit souhaiter diriger le rap français dans une direction moins consumériste et plus responsable. A 41 ans, le vétéran du rap conscient continue de combattre le racisme et l'islamophobie et s'adresse plus que jamais aux oubliés de la République. Il était l'invité samedi soir du Soir 3.

"Le rap est devenu une musique capitaliste"

"Ici y a pas de place pour ton rap capitaliste, égoïste et narcissique", lançait Kery James dès 2009 dans "Le retour du rap français", alors que les musiques urbaines arrivaient en tête des tops en France.  Aujourd'hui, le rap est omniprésent et certains artistes ont "monté des empires", souligne l'artiste. "Les rappeurs maintiennent nos petits frères dans la médiocrité", accuse Kery James dans son nouvel album, décrivant un "art à l'agonie, sans âme et sans poésie". 

"Le chômage, la discrimination à l'emploi et la discrimination au logement ont certainement des conséquences plus néfastes pour nos petits frères que les rappeurs", admet le jeune quadra sur le plateau du Soir 3. "Mais je rencontre tellement de gens qui me disent que ma musique les a aidés, à poursuivre leurs études par exemple, que je ne peux pas faire semblant de croire que le rap n'a aucune conséquence dans la vie des gens."
 

Ce que je reproche aux rappeurs actuels, c'est de faire l'apologie de la drogue, de la violence, mais surtout de placer l'argent au centre de tout. Le rap est devenu une musique assez mercantile, capitaliste. On fait croire aux jeunes que pour exister il faut posséder et ça me dérange terriblement", explique Kery James.

L'heure est toujours au combat

Sur la pochette de son nouveau disque, le rappeur pose en révolutionnaire afro-américain : 20 ans après ses débuts, l'heure est toujours au combat pour le rappeur à la carrure de boxeur.

Après des débuts dans le rap hardcore au sein du groupe Ideal J, et sa conversion à l'islam, Kery James porte depuis près de vingt ans un discours d'"empowerment", s'adressant surtout aux oubliés de la République, combattant le racisme, l'islamophobie, le désespoir. "On n'est pas condamnés à l'échec", martèle le rappeur. La pièce qu'il a écrite sur la banlieue, "A vif", a rempli les théâtres à travers la France l'an dernier.


Dans son nouvel album "J'rap encore", Kery James durcit encore le ton, boxe avec les mots sur des sons plus bruts que dans ses titres précédents. Dans "Pays de merde", le premier single de l'album où il est rejoint par le rappeur Kalash Criminel, il répond aux propos xénophobes du président américain Donald Trump.

Hommage poignant à Amal Bentounsi

Dans "Jouez pas les gangsta", c'est une autre figure du rap français, Sofiane, qui rappe à ses côtés.

Dans "Amal", le rappeur rend un hommage bouleversant à Amal Bentounsi, dont le petit frère Amine a été tué d'une balle dans le dos par un policier. La jeune mère de famille se bat depuis contre les violences policières et a repris ses études pour devenir avocate, un exemple pour le rappeur, qui "rêve" lui aussi de reprendre les études. "Amal a tellement pris de coups qu'elle ne les sent plus", souffle Kery James.

Un film, "Banlieusards", réalisé pour Netflix

Rappeur, auteur, comédien, Kery James, de son vrai nom Alix Mathurin, né en Guadeloupe de parents haïtiens et grandi à Orly, a aussi mis ses idées en images dans un film pour Netflix, "Banlieusards". Le tournage vient de s'achever avec la réalisatrice Leïla Sy et la diffusion est prévue pour septembre 2019.

Dans le film, le jeune héros doit choisir lequel de ses deux frères il suivra: le plus grand, joué par le rappeur lui-même, est aux portes du grand banditisme; son cadet est élève avocat. Un film que les chaînes françaises n'ont pas voulu financer à la hauteur du projet, dans une forme de "censure inconsciente", accuse le rappeur: "ils ne voulaient pas que je m'exprime au cinéma. Ils sont dans un entre-soi que Netflix va bousculer".

J'ai mis trois ans avant de pouvoir tourner "Banlieusards", et moi qui suis très critique des Américains, très étrangement c'est Netflix qui m'a donné la parole, le financement et la diffusion, alors que le cinéma français m'avait fermé les portes."


En attendant la tournée, c'est le dernier titre de l'album de Kery James qui fait le plus sourire les fans: il annonce en sous-texte que le prochain disque pourrait bien être celui de "La ligue", le supergroupe que Kery James forme avec deux autres rappeurs au discours engagé, Médine et Youssoupha.


Album "J'rap encore" (Bendo Music) de Kery James est sorti vendredi 16 novembre 2018
Kery James est en concert le 8 décembre au Zénith de Paris et poursuit sa tournée : le 12 novembre à Lyon, le 24 à Clermont-Ferrand, le 25 à Toulouse, le 28 à Nancy, le 29 à Strasbourg, le 30 à Genève, le 5 décembre à Reims, le 6 décembre à Lille, le 7 décembre à Nantes, le 14 décembre à Rouen, le 18 décembre à Nîmes...