Rixe Booba/Kaaris à Orly : jugement le 9 octobre, Booba autorisé à rentrer chez lui à Miami

Par @Culturebox
Mis à jour le 07/09/2018 à 10H40, publié le 06/09/2018 à 20H10

Les rappeurs ennemis Booba et Kaaris, contre qui le parquet a requis un an de prison avec sursis, seront fixés sur leur sort le 9 octobre, a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi le tribunal correctionnel de Créteil. Le tribunal a également levé leur contrôle judiciaire.

Le tribunal a également levé leur contrôle judiciaire. Interdit de quitter la France après trois semaines de détention provisoire, comme tous les autres prévenus, Booba peut donc rentrer en famille à Miami, où il habite. Un mois après leur bataille rangée qui avait transformé un hall de l'aéroport d'Orly en ring et retardé plusieurs vols, Booba et Kaaris, ennemis jurés du rap français, se sont retouvés jeudi face à la justice, au tribunal de Créteil. Les deux se sont renvoyé la faute : Booba a expliqué vouloir simplement prendre son avion, Kaaris a estimé qu'il n'avait "pas le choix".

À la barre, Okou Gnakouri, alias Kaaris a tenu à débuter par des excuses. "C'est pas bien ce qui s'est passé en fait, je présente mes excuses aux personnes choquées par les images", a-t-il déclaré avant l'examen de l'affaire. "Je ne suis pas à l'origine de cette rixe", a martelé l'artiste, en chemise blanche immaculée. "J'ai donné des coups pour me défendre", a-t-il assuré, en prônant désormais "l'apaisement".

Réseaux sociaux interdits aux journalistes

Chemise à carreaux, l'air détendu, Booba n'a lui fait aucun commentaire avant l'examen de la vidéosurveillance de l'aéroport. Les deux rivaux comparaissent devant le tribunal correctionnel, qui les avait placés en détention provisoire. Les deux rappeurs ont obtenu leur remise en liberté trois semaines plus tard. Neuf membres de leurs clans respectifs impliqués dans la rixe, où chaque camp accuse l'autre d'avoir commencé, sont également jugés pour violences aggravées et vols en réunion. Tous risquent jusqu'à 10 ans de prison.

Le procès des deux rivaux se déroule dans l'effervescence. L'audience a lieu dans la salle d'habitude réservée aux assises, sous forte protection policière, entièrement pleine. Pour la sérénité des débats, la présidente a interdit aux journalistes de rendre compte du procès en direct sur les réseaux sociaux. Les premières heures d'audience ont été marqués par un faux-départ, faute d'interprète pour l'un des prévenus.

À l'extérieur des dizaines de fans sont réunis, espérant apercevoir les rappeurs. Leila Salomon, 28 ans, est venue aux aurores de Seine-et-Marne pour soutenir Booba, qu'elle écoute "depuis 20 ans". "Je ne pouvais pas manquer ça." Menel, 31 ans et fan de rap, "aime bien les deux" mais avoue "une préférence pour Kaaris". "On essaie de le faire passer pour le méchant, quand Booba serait un ange."

"N'y avait-il pas moyen que cela se termine autrement ?"

"Moi, je cherchais à aller prendre mon avion c'est tout", a expliqué Elie Yaffa, de son vrai nom Booba, 41 ans, à la barre. Le tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne) a longuement décortiqué plusieurs extraits de vidéosurveillance de l'aéroport et certaines vidéos diffusées par des témoins de la rixe sur les réseaux sociaux. Sur l'une d'elles, on y voit Booba poser son sac en salle d'embarquement et avancer en direction du côté du hall où est Kaaris.

Son rival se lève et s'approche de Booba, avec deux amis et un cousin. Booba fait un léger écart, continue d'avancer. Kaaris recule puis Booba lui assène un coup de pied et la bagarre démarre. "J'ai essayé d'éviter le groupe", a assuré Booba. "Je pouvais dire que j'étais encerclé et c'est pour ça aussi que j'ai posé mon sac, pour pouvoir éventuellement me défendre". Le rappeur a assuré avoir frappé car il se sentait "menacé". "Je le touche pas avec mon premier coup, c'est un coup d'intimidation pour empêcher qu'il m'attaque", a-t-il plaidé. 

Le "duc de Boulogne" a également été questionné sur une vidéo tournée par une fan, où on le voit déclarer : "c'est la garde à vue qui m'attend", quelques moments avant la rixe. "Ce n'est pas sur un ton sérieux", a rétorqué Booba. "C'est un mauvais pressentiment. (...) Je l'ai vu qui me fixait avant même d'avoir passé le portique, ça sentait pas bon". "N'y avait-il pas moyen que cela se termine autrement?", a interrogé la juge.

"J'aurais bien aimé", a répliqué Booba. "C'est vraiment pas ma faute, j'avais pas le choix madame", a répondu Kaaris. "J'ai agi par légitime défense du début jusqu'à la fin", a juré le rappeur de Sevran. Selon Kaaris, Booba lui aurait lancé: "lève-toi, salope !" "Je me lève, c'est une erreur. Mais je me lève parce que prendre des coups assis, c'est plus grave que prendre des coups debout", a-t-il expliqué. "L'entrée dans l'avion n'est pas dans ma direction", a assuré Kaaris. "S'il voulait vraiment prendre son avion, c'était de l'autre côté".

"Légitime défense"

Depuis leur libération, Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, et Kaaris, ont versé chacun une caution de 30.000 euros, ont interdiction de quitter la France et se sont tenus à carreau. 

Star du rap hexagonal, Booba a promis un comportement "irréprochable". Installé à Miami, l'autoproclamé "duc de Boulogne", 41 ans, n'a pas revu ses deux enfants depuis début août. Et connaît le prix de la prison : il y a passé 18 mois à la fin des années 90, pour avoir braqué un chauffeur de taxi.

De son côté, Kaaris a vécu sa détention provisoire comme "une injustice", a expliqué à l'AFP son avocat David-Olivier Kaminski. À 38 ans, le rappeur de Sevran (Seine-Saint-Denis) soigne désormais son image de père de famille en s'affichant avec sa fille sur Instagram. 

Retour sur l'affaire

Face aux enquêteurs, les deux anciens complices avaient joué la carte de la "légitime défense" pour justifier leur coup de sang du 1er août. Ce jour-là, ils doivent embarquer sur le même avion pour Barcelone où ils doivent jouer dans deux clubs, séparés de seulement quelques mètres. Une pure coïncidence, selon les deux camps. Mais dans la salle d'embarquement, la haine recuite entre les deux rappeurs explose.

Depuis plusieurs années, "B2O" et son ancien poulain "K2A" s'invectivent sur les réseaux sociaux et par vidéos interposées. A sept contre quatre, le clan Booba affronte celui de Kaaris, au milieu de passagers éberlués. La boutique de duty free à proximité sert de réserve de projectiles. Bilan : quelques blessés légers, plusieurs vols retardés et plus de 50.000 euros de préjudice. Aéroports de Paris, Air France et le propriétaire de la boutique ont porté plainte.

Selon la police, la vidéosurveillance de l'aéroport montre que Booba a porté le premier coup. Mais en garde à vue, le rappeur a assuré avoir reçu un projectile alors qu'il tentait de "contourner" Kaaris. "Ensuite, c'est parti", a-t-il expliqué aux enquêteurs. Kaaris a, lui, rapporté des insultes qui le visaient lui, sa femme et sa fille et auraient précédé les coups.

Verdict le 9 octobre.