We Love Green 2018 : six nouvelles têtes à découvrir, de Jorja Smith à Moha La Squale, Superorganism, Sampha et Chaton

Mis à jour le 31/05/2018 à 17H48, publié le 31/05/2018 à 15H27
Six nouvelles têtes à We Love Green 2018 : en haut Moha La Squale, Jorja Smith et Sampha; en bas Superorganism, Chaton et Myth Syzer.

Six nouvelles têtes à We Love Green 2018 : en haut Moha La Squale, Jorja Smith et Sampha; en bas Superorganism, Chaton et Myth Syzer.

© DR sauf Cindy Barrymore/Sipa pour Jorja Smith

A côté des stars Björk, OrelSan, Migos, Beck ou Charlotte Gainsbourg, le festival We Love Green a prévu cette année une nouvelle brassée de découvertes ultra prometteuses. Ce week-end (samedi 2 et dimanche 3 juin) au bois de Vincennes, pensez à lâcher la semelle des grosses pointures pour aller applaudir ces six nouveaux noms sur les plus petites scènes.

1.
JORJA SMITH 

Attention, future star. Sur la foi d'un simple EP, "Project 11", et d'une poignée de featurings ultra prestigieux, la jeune Anglaise âgée de 20 ans s'impose déjà comme la voix la plus prometteuse du R&B international. L'ayant repérée sur YouTube avec "Where Did I Go ?", le Canadien Drake l'invitait l'an dernier sur deux titres de son album, dont le très house "Get it Together". Ce fut ensuite au tour de Kendrick Lamar de la recruter pour un titre de la BO de "Black Panther" qu'il a supervisée. Mais la belle (parce qu'en plus elle est sublime), qui a commencé à prendre des cours de chant et de piano à 11 ans, n'aurait pas eu besoin de ces pygmalions pour percer. Car sa voix hyper expressive, à la fois pure, fragile et profonde, ne manque pas de coffre et fait tout de suite la différence avec les starlettes autotunées du R&B. Comme son modèle revendiqué Amy Winehouse, Jorja Smith compose et écrit - des textes politiques comme "Blue lights" ci-dessous ou plus introspectifs -  et est à l'aise dans tous les registres - classiquement R&B mais aussi soul, house ou UK Garage. A quelques jours de la sortie de son premier album "Lost & Found" promis pour le 8 juin, profitez de la voir sur une scène à taille humaine. Nul doute que la prochaine fois ce sera dans une arène.

Quand ? Samedi 21h50 – 22h40 (La Canopée)

2.
MOHA LA SQUALE 

Le rappeur parisien du 20e est la grosse révélation rap de 2018. Il y a encore 18 mois, ce garçon volontaire et solaire aujourd'hui âgé de 23 ans ne rappait pas. Dealer de quartier (celui de La Banane) passé par la case prison (Fleury Mérogis), fou de cinéma, il s'était offert les leçons de comédie du Cours Florent après avoir été repéré dans des clips de rap et encouragé lors du tournage d'un court-métrage en Belgique. Avec sa verve, son intelligence et sa gueule exceptionnelles, il n'aurait pas pu rester dans l'ombre bien longtemps : il explose l'écran. Mais de comédien, il a viré rappeur. En tout cas pour l'instant. Ses paroles s'inspirent directement de sa vie. Or il en a vu beaucoup et a énormément à dire. Une vraie pipelette dont le flow impeccable n'a rien à envier à certains cadors du rap. Sa notoriété, il l'a gagnée pied à pied d'août à décembre 2017 en postant sur Facebook chaque dimanche un clip et un rap. Alors que ce surdoué hyperactif vient de sortir son premier album, "Bendero", We Love Green lui offre l'une de ses premières scènes.

Quand ? Dimanche - 21h30 – 22h30 (scène La Canopée)

3.
SAMPHA 

Sampha c'est d'abord une voix. Bouleversante. Un falsetto singulier, ultra sensible et légèrement voilé, qui laisse affleurer l'âme et ses blessures. De fait, ce Londonien né il y a 29 ans dans une famille venue de Sierra-Leone a longtemps été au service d'autres grandes voix, principalement américaines : on a pu l'entendre chez Beyoncé, Drake, Kanye West, Frank Ocean et plus récemment sur "Don't Touch My Hair" de Solange Knowles. Jusqu'à ce qu'il se lance en solo avec "Process", l'un des grands albums de 2017 récompensé d'un prestigieux Mercury Prize outre-Manche. Sur ce disque autobiographique, Sampha résume l'intimité douloureuse de ses deux dernières années, durant lesquelles il a assisté à l'agonie de sa mère d'un cancer. D'une extrême sensibilité, le résultat est poignant mais reste lumineux, mêlant avec une grande délicatesse toutes ses influences, qui vont de Salif Keita à Air et Stevie Wonder. Composé sur le piano familial chez sa mère mourante  - comme il le raconte sur "(No ones knows me) Like the piano" – c'est un monument de spiritualité.

Quand ? Samedi 20h50-21h50 (La Clairière)

4.
SUPERORGANISM 

Ils sont sept musiciens et une jeune chanteuse venus du monde entier : du Japon, d'Australie, de Corée du Sud, de Nouvelle Zélande et d'Angleterre. Regroupés dans une maison de l'Est londonien où ils ont élaboré leur premier album sorti en mars, cette joyeuse troupe compose une pop chamarrée fourmillant d'influences. Leurs chansons psychédéliques pour le nouveau millénaire mixent tout et ne s'interdisent rien. Les vocaux juvéniles, frais et acidulés voguent sur des tubes électroniques résolument optimistes, ponctués de chants d'oiseaux, clochettes de fées, bruits de tiroir caisse et rires de bambins. Souvent alambiqué mais pourtant mélodique, le tout déraille régulièrement à dessein sans jamais lasser ni trop irriter. Original et jubilatoire, à l'instar de "Something For Your M.I.N.D.", le hit qui les a fait connaître. On a hâte de voir ce que ce collectif a dans le ventre sur scène.

Quand ? Dimanche 19h40 – 20h30 (La Canopée)

5.
MYTH SYZER 

Quand un producteur de rap français en vue se met au chant et décide d'ouvrir son coeur et de parler d'amour sur tout un album, cela donne "Bisous". Originaire de La Roche-sur-Yon, Myth Syzer était connu jusqu'ici pour son travail avec Damso, Jok'Air ou Hamza et pour son collectif Bon Gamin (avec les rappeurs Loveni et Ichon). Mais son essai l'été dernier avec le tube "Le code" lui a donné les ailes pour oser s'imposer en solo. Il a sorti fin avril un 13 titres bourré d'invités et de hits potentiels "un pied dans le love, l'autre pied dans le hall". Chantés autant que rappés par Myth Syzer épaulé d'une impressionnante armada de rappeurs et de chanteuses (Bonnie Banane, Roméo Elvis, Hamza etc), les textes tournent tous autour de l'amour, du désir et de l'absence. Musicalement, avec l'album "Première consultation" de Doc Gynéco (1996) en ligne de mire et l'ambition de réunir le public du rap et celui de la variété, Myth Syzer signe un album varié, pop et R&B, doux et sensuel, qui n'a rien à envier à la première division américaine.

Quand ? Samedi 18h10 – 19h00 (La Canopée)

6.
CHATON 

Dans une autre vie, Simon alias Chaton, 34 ans, écrivait et produisait pour des figures de la variété (Yannick Noah, Amel Bent, Jenifer). Dans une autre vie encore il évoluait sous le nom de Siméo (trois albums sans succès au compteur). Puis il a soudain plongé dans une sorte de dépression qui l'a mené à composer chez lui à Barbès des chansons autobiographiques. Sorti en mars, le résultat est un album improbable et désenchanté baptisé "Possible" emmené par le single "Poésies". Un ovni dans lequel un trentenaire parisien raconte sans filtre et sans fausse pudeur ses doutes, ses déceptions et ses aspirations de sa voix entièrement passée à l'auto-tune (comme PNL qu'il admire) et, grosse originalité, sur du dub minimaliste (Chaton est fou de reggae). L'ensemble est fragile, cotonneux et étonnamment accrocheur. Ajoutons que ce chaton a une tignasse de lion et qu'il a eu le cran de reprendre Céline Dion ("Pour que tu m'aimes encore"). Alors, prêts pour miauler en chœur au premier rang ?

Quand ? Samedi 21h50-22h40 (Espace Think Tank)


Le Festival We Love Green se déroule samedi 2 et dimanche 3 juin 2018 au Bois de Vincennes.
Notez que le samedi on viendra aussi applaudir entre autres OrelSan, Jamie xx, Lomepal, Migos, Angèle, Juliette Armanet, Ibeyi, Dixon et The Black Madonna. Et le Dimanche Björk pour sa seule date française, Tyler The Creator, Charlotte Gainsbourg, King Krule, The Internet, Nina Kraviz, Father John Misty, Mount Kimbie,  Daphni, Oumou Sangaré, Agoria (live), Moritz Von Oswald etc