Vieilles Charrues

du 19 au 22 juillet 2018

IAM aux Vieilles Charrues : les "darons" du rap plus frais que jamais

Mis à jour le 22/07/2018 à 14H10, publié le 22/07/2018 à 13H18
Akhenaton, Shurik'n et les autres pharaons n'ont eu aucun mal à retrouver leur vingt ans

Akhenaton, Shurik'n et les autres pharaons n'ont eu aucun mal à retrouver leur vingt ans

© Fred TANNEAU / AFP

Ils ont marqué le rap français de manière indélébile mais ont peiné par la suite à réinventer un rap engagé, technique et nuancé. Pour les vingt ans de leur troisième album, Akhenaton, Shurik'n et les autres ressortent les tubes de "L'école du micro d'argent", et offrent l'une des meilleures prestations du festival des Vieilles Charrues.

"On va essayer de ne pas attendre quatorze ans avant de revenir" Le concert s'achève sous les ovations. Quatorze ans déjà. Quatorze ans que les Marseillais d'IAM ne s'étaient pas donnés en concert aux Vieilles Charrues, et les retrouvailles valaient le détour. Pendant une heure et demie, les rappeurs phocéens ont revisité les tubes devenus culte de leur troisième album, "L'Ecole du micro d'argent", sorti plus de vingt ans plus tôt, en 1997. De quoi faire vibrer un public qui, pour une fois, a vu toutes les générations se mettre d'accord.
 
Il faut dire que les artistes qui se sont succédé tout au long du festival se divisent en deux catégories. Ceux que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme Mogwai ou Liam Gallagher d'un côté, et les chanteurs et chanteuses plus récents, comme Thérapie Taxi ou Lomepal, dont les concerts sont envahis d'une foule d'ados surexcités. Faute d'une tête d'affiche véritablement emblématique, seuls le crew d'Akhenaton et peut-être Gorillaz ont su réunir les post-2000 et les pré-1990.

Depuis les étoiles jusqu'au côté obscur

Et il y avait de quoi. Les nostalgiques du micro d'argent, tout comme la génération de leurs enfants, ont communié autour des morceaux qui ont forgé la légende du groupe. Ces chansons cultes, si elles n'ont pas pris une ride, n'ont rien perdu non plus de leur force contestataire.

Etrange sensation que d'entendre "Nés sous la même étoile" alors qu'à quelques centaines de kilomètres de là, le poète de l'Elysée se mure dans le silence. "Demain c'est loin" résonne aussi, toujours actuelle : "Sidère, sidérés, les dieux regardent l'humain se diriger / Vers le mauvais côté de l'éternité d'un pas ferme et décidé / Préférant rôder en bas en haut, on va s'emmerder / Y a qu'ici que les anges vendent à fumer".

Du désoeuvrement de la jeunesse aux différents périls qui guettent le monde, le regard d'IAM gagne en profondeur ce qu'il a perdu, peut-être, en actualité.

Faire du vieux avec du vieux

L'ambiance se réchauffe lorsqu'il s'agit de "Danser le mia", et s'enflamme pour "Chez le mac". Chacun trouve son compte chez IAM : les connaisseurs replongent, face à l'énergie intacte dégagée par le groupe, et les petits nouveaux découvrent un rap qui a inspiré leurs propres stars.

L'Empire du côté obscur vient finalement clôturer la soirée. Sabres laser au poing, la lutte sociale et le divertissement hollywoodien se rencontrent une fois de plus. C'est à ce moment qu'émerge la tentation douloureuse d'établir un parallèle entre le groupe de rap et la saga Star Wars. L'ère du micro d'argent, véritable âge d'or d'IAM, n'a pas vraiment été suivie d'albums aussi significatifs que celui-ci. Comme le plus célèbre space-opéra de tous les temps, faute de réussir à se réinventer, les Marseillais ne tentent même plus de faire du neuf avec du vieux. Pourtant, la maîtrise technique et le respect des racines du rap sont bien là, et le résultat aussi.