Puissante et charnelle, Christine & The Queens se réinvente au second album

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/09/2018 à 09H13, publié le 19/09/2018 à 18H44
Chris de Christine & the Queens dans le clip de "La Marcheuse".

Chris de Christine & the Queens dans le clip de "La Marcheuse".

© Because Music

"Cet album parle d'émotions beaucoup plus assumées, du désir comme force de désordre", analyse Christine and the Queens, devenue Chris d'une rature, au sujet de son deuxième album attendu vendredi 21 septembre. Au plan musical, elle tend avec ce disque vers un son plus "flamboyant", reflet de sa mue vers un personnage puissant.

Quatre ans après "Chaleur humaine", écoulé à 1,3 million d'exemplaires dans le monde dont 850.000 en France, la Nantaise Chris, de son vrai nom Héloïse Letissier, aligne 12 titres dans la version française de "Chris". Car cet album très attendu en Grande-Bretagne et en Amérique du nord est également décliné en anglais.
 

Un album plus rythmé et plus flamboyant

"C'est un album traversé de sentiments contradictoires et exacerbés, très épidermique, le son devait être à la hauteur", poursuit ce phénomène de la pop française, salué par Madonna ou Elton John. Musicalement, la production vintage et synthétique ramène aux années 80 et au début des années 90, celles du groupe américain funk Cameo comme du Michael Jackson de la période "Dangerous". 

"J'aime toujours travailler une production minimaliste en musique. Mais je voulais quelque chose d'un peu plus charnel, rythmé, flamboyant." Elle a écrit seule ses chansons, sur son ordinateur, avant de se rendre à Los Angeles pour enregistrer avec des musiciens de studio ayant notamment travaillé avec la chanteuse d'Eurythmics Annie Lennox et Shuggie Otis, auteur d'une pépite soul méconnue "Inspiration Information".

Dans les paroles, la sexualité est beaucoup plus présente, du texte de "Damn, dis-moi" ("T'appuies au hasard pour la faire jouir") à celui de "5 dollars" où elle apparaît en gigolo dans le clip. "L'album est toujours une photographie assez fidèle d'où j'en suis", raconte Chris, qui précise être "dans une relation moins conflictuelle avec (ses) désirs et (son) corps".

Une métamorphose physique, reflet de son évolution

La métamorphose de Christine en Chris est aussi physique. Exit les cheveux longs et le tailleur pantalon, place à une chemise ouverte sur un débardeur, un anneau à l'oreille, une coupe courte qui souligne la mâchoire. 

"J'ai bien observé : les lions et les cadors ondulent de la hanche quand ils avancent. Ils ont la chemise ouverte jusqu'en bas (...) Leur puissance est aussi la mienne. Leur violence, je vais l'apprendre pour la déconstruire", promettait-elle à la sortie de son premier single en mai dernier.

Elle entend ainsi manifester les changements intimes qui ont opéré en elle entre les deux albums, "raconter un nouveau chapitre", comme elle l'expliquait au printemps à Anne-Sophie Lapix au Journal de 20h de France 2.

"J'aime travailler ma féminité dans l'ambivalence", explique aujourd'hui Chris, qui se revendique "queer", rebelle à la division binaire des genres. Une position qui dérange plus dans son pays natal? "Je trouve que oui", répond la jeune femme. "En France j'ai la sensation que je dois beaucoup expliquer (...). En Angleterre, c'est plus fluide."

Sa prochaine tournée, qui débute en octobre, passera par ce pays ainsi que par les Etats-Unis et plusieurs pays d'Europe.

La danse au coeur des concerts qu'elle prépare

Pour mettre au point ses concerts, celle qui voulait être metteuse en scène puise son inspiration dans le théâtre ou l'opéra. "Ça m'intéresse de travailler une autre forme de spectaculaire, pas forcément avec des grands écrans, des stroboscopes et des paillettes", argue-t-elle.

Autre élément fondateur, la danse, qui "est au centre de la performance". "Il ne s'agit pas de danse décorative de pop mais de dire "cette chanson parle de ça, comment on va le raconter?" Pour élaborer ses chorégraphies, elle a travaillé avec le collectif La Horde.

Ses fans ont eu un aperçu du résultat lors d'un mini-concert récent à la salle Pleyel: entourée de six danseurs, elle a donné un show puissant et parfaitement millimétré aux allures de comédie musicale dans un décor de studio de danse avec miroirs, parquets, néons et barres de danse.

Avec le succès phénoménal de son premier album, la chanteuse se défend de s'être laissée griser par la célébrité et l'argent. "Il peut y avoir un effet euphorisant mais je ne l'ai pas eu, j'étais dans l'oeil du cyclone et le travail", en pleine tournée, se souvient-elle. "Je me méfie des fulgurances", poursuit la petite-fille d'ouvrier, qui reconnaît s'être "beaucoup questionnée sur (son) milieu d'origine, (ses) colères qui sont parfois des colères de classe sociale".

L'album Chris(tine and The Queens) sort vendredi 21 septembre chez Because Music. Il est à l'écoute ci-dessous.

Chris est en tournée en France en décembre, le 4 décembre à Nantes, le 5 à Bordeaux, le 6 à Montpellier, le 12 à Strasbourg, le 14 à Lyon, le 15 à Toulouse et deux soirs à Paris Bercy (AccorHotels Arena) le 18 et le 19.