"Older", l'introspection musicale de Yael Naim

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 16/03/2015 à 18H50, publié le 16/03/2015 à 16H19
Yael Naim

Yael Naim

© Tôt ou Tard

Le troisième album de Yael Naim et David Donatien est sorti aujourd'hui, 7 ans après le triomphe de "New Soul" et cinq ans après "She was a boy". Le nouveau disque, intitulé "Older", porte la trace des cinq années passées. Il parle de naissance, de deuil, d'auto-analyse sans complaisance. Les onze titres naviguent entre pop, blues, soul, folk, gospel, chant sacré, sans oublier une tendre berceuse.

L'introspection sied à ravir à Yael Naim. Dans l'album "Older", la chanteuse franco-israélienne a glissé avec délicatesse des événements récents qui ont marqué sa vie. D'abord, une naissance annoncée dans un faire-part tout en pop sucrée pour "Make a child", à la légèreté trompeuse. Ensuite, un deuil, celui de sa grand-mère, en clôture du disque avec "Meme Iren song", chanté d'une voix grave aux sens propre et figuré.

Avec beaucoup de sincérité, Yael Naim se livre à un questionnement sur soi et sur le monde qui l'entoure. C'est particulièrement le cas dans "Dream in my head", premier single de l'album. Elle s'y confie en anglais, la langue dans laquelle elle chante habituellement : "J'ai ce sentiment fort que c'est moi qui décide/Je dois me connaître car je pourrais mourir/C'est la fin de mon attente voire de mes mensonges/Je pourrais faire mes preuves/Mais je n'ai plus besoin de me cacher." Une mise à nu entérinée dans un clip honirique aux images saccadées, dont l'élaboration s'est inspirée du fameux "Sledgehammer" de Peter Gabriel.
Yael Naim : "Dream in my head" (2015), extrait de "Older", sorti le 16 mars 2015 sur le label Tôt ou Tard
"Coward", le point d'orgue

Le moment le plus intense de l'album est sans nul doute "Coward", chanson dans laquelle Yael Naim évoque la façon dont elle a abordé certains virages de sa vie, s'interrogeant sans cesse : "Comment ai-je pu devenir lâche ?" C'est le moment le plus lyrique d'un disque tout au long duquel la voix de la chanteuse, pétrie d'émotion, s'épanouit en envolées débridées. La partie interprétée par les 3somesisters, choristes haut de gamme sur ce disque, évoque des chants sacrés classiques.
Yael Naim : "Coward", avec les 3somesisters, dans l'émission "Alcaline" (France 2 - 12 mars 2015)
Leyla McCalla en guest-star

Dans un registre plus léger, l'album de Yael Naim et son alter ego David Donatien est ponctué de titres très pop ("I walk until", "Walk walk", "Take me down"), d'une ballade flirtant avec la folk ("She said"), et d'une autre, très belle, lorgnant vers le gospel ("Trapped"). On se souviendra particulièrement d'une délicieuse berceuse, "Irma", interprétée en hébreu pour Yael Naim, au glockenspiel, et en créole pour l'Américaine Leyla McCalla, au violoncelle et au banjo.

L'album "Older", long de 38 minutes, s'écoute en un clin d'oeil et ravira non seulement les fans de Yael Naim, mais aussi tout amateur de chansons pop mélodieuses, de textes vibrants de sincérité et de belles voix. David Donatien, alter ego de Yael Naim à la ville et à la scène, y joue de multiples instruments. Un très bel instantané d'une tranche de vie au stade de laquelle on commence à s'interroger sur ce temps qui file et "qu'on ne peut rembobiner", comme le dit la chanson "Older", la ballade mélancolique qui donne son titre à l'album.

https://videos.francetv.fr/video/NI_152507@Culture

Yael Naim et David Donatien en concert à La Piscine de Roubaix (3 octobre 2014)

Yael Naim en concert
Au Poiré-sur-Vie (28 mars), à Rennes (10 avril), Ris-Orangis (11 avril)
Le 27 avril au Printemps de Bourges
Le 27 mai à Paris, au Cirque d'Hiver
Le 13 juillet à La Rochelle, aux Francofolies
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