Printemps de Bourges : le public envoûté par les voix de Jeanne Added et de Tamino

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/04/2018 à 10H56, publié le 26/04/2018 à 10H55
Jeanne Added au Printemps de Bourges (25 avril 2018)

Jeanne Added au Printemps de Bourges (25 avril 2018)

© Guillaume Souvant / AFP

Mercredi à Bourges, il fallait suivre la voix pour que les poils se hérissent : celle, explosive et poignante, de Jeanne Added et celle, envoûtante et à la tessiture infinie, du jeune prodige belge Tamino.

"Le gamin, là, c'est un pur-sang, on en voit un tous les dix ans des comme lui", entendait-on dans les travées du théâtre Jacques Coeur, à quelques minutes du concert de Tamino, Amir Moharam Fouad de son vrai nom, né à Anvers et dont les origines paternelles sont égyptiennes.
 
Accompagné d'un batteur et d'un claviériste, on n'a vu que lui à son entrée en scène, où le magnétisme était soudain à son comble. Il n'avait pourtant pas encore chanté, ce jeune homme aux faux airs de Louis Garrel.
Le chanteur belge Tamino au Printemps de Bourges (25 avril 2018)

Le chanteur belge Tamino au Printemps de Bourges (25 avril 2018)

© Guillaume Souvant / AFP

Au théâtre Jacques Cœur, la clarté et la maîtrise de Tamino

Quand sa voix s'est fait entendre, les spectateurs sont entrés dans une autre dimension auditive. Grave ou aigüe, elle n'a souffert d'aucune fausse note. Tamino est d'une clarté et d'une maîtrise sidérantes, sans que cela nuise à l'émotion qu'il procure.
 
Et non content de faire vibrer comme peu savent le faire ses cordes vocales, il s'est escrimé avec autant de subtilité sur celles de sa guitare électrique. Ou l'art de jouer avec deux instruments à la fois. On pense immédiatement à Jeff Buckley, et lui, ça fait vingt ans qu'il n'est plus là.
 
Ce prodige, avare de mots et de regards envers le public entre les chansons, est aussi un songwriter, dont le premier mini album "Tamino EP" qui contient l'envoutant titre "Habibi" doit sortir le 5 mai. Il passera par La Maroquinerie à Paris le 4 juin.

Jeanne Added au Duc Jean : l'élasticité vocale totale

A quelques encablures du théâtre Jacques Coeur, une poignée d'heures plus tôt, se produisait Jeanne Added dans la salle du Duc Jean, un endroit qu'avait un peu délaissé le Printemps de Bourges ces dernières années.
 
La chanteuse s'est imposé une scénographie aussi minimaliste qu'immersive : seule au milieu de cette salle où percent à peine les rayons de soleil entre les épais rideaux, elle est cernée par le public, qu'elle frôle parfois dans ses moments de transe.
 
Armée d'un ordinateur grâce auquel elle lance ses chansons, sa performance ressemble parfois à une messe noire. Et de sa voix puissante jaillit à chaque fois la lumière.
 
Chez cette interprète qui a débuté par le jazz, avant de se révéler par le rock, notamment avec son album "Be Sensational" (2015), l'élasticité vocale est totale et ouvre le champ des possibles.

Une lionne en cage qui chante avec ses tripes

Au point qu'elle réarrange ses anciens titres, avec des choeurs pour les rendre plus organiques, donc vibrants. Quant aux nouveaux morceaux, trois délivrés à Bourges en avant-goût d'un deuxième album à venir en fin d'année, ils laissent entrevoir un univers proche de celui de Björk, période "Homogenic".
 
Lionne en cage, sans filet et encore moins de fioritures, ne se cachant pas pour souffler après l'effort consenti à chaque chanson, Jeanne Added a chanté avec ses tripes, elle qui chantait surtout avec son coeur.
 
Pour son ultime morceau, un inédit dont elle n'a pas révélé le titre, la lumière fut ! Le soleil a laissé éclater ses rayons derrière les rideaux, offrant un instant suspendu, à l'unisson de cette voix qui résonne encore dans les oreilles bien des heures après.