"Daho l'aime pop!" : 50 ans de musique dans une élégante expo à la Philharmonie de Paris

Mis à jour le 18/12/2017 à 18H15, publié le 13/12/2017 à 19H58
Face à face Daho/ Hardy 

Face à face Daho/ Hardy 

© C. Airaud

Pour la deuxième fois de l'année, la Philharmonie de Paris accueille la chanson. Au coté de Barbara, exposée jusqu'au 20 janvier, voici Etienne Daho. Mais cette fois, le chanteur n'est pas le sujet de l'expo, il en est le maître d'oeuvre. Daho l'aime pop! est le portrait d'une époque et d'un style. Comme un boomerang, nous revient en souvenir 60 ans de chanson française.

La musique et la photographie forment un couple tendre et soudé. Pochettes d'album du temps béni du vinyle, affiches de concert aperçues au coin d'une rue ou images de fanzine : le musicien, poseur à l'air revêche, glamour ou intimidé, devient la figure de sa musique. Et la musique elle, sans les photographes, ne serait pas la même, les souvenirs du fan seraient brumeux. C'est la démonstration de "Daho l'aime pop !", l'exposition qui se tient actuellement à la Philarmonie de Paris. 

Daho met les habits du commissaire d'exposition 

Il faut d'abord éclaircir, comme sur une photographie, le rôle d' Etienne Daho dans cette histoire. Daho, le parrain de la pop (surnom qu'il supporte de plus en plus mal) a donc décidé d'enfiler le costume du commissaire d'exposition.

Celui qui chante dans "Tombé pour la France" "j'ai gardé cette photo sur moi, ce photomaton que t'aimais pas .Si tu reviens, n'attends pas que je sois tombé pour la France", rêvait ado de devenir photographe. A 11 ans, il reçoit en cadeau un appareil photo, nous apprend Christophe Conte dans le catalogue de l'expo. C'est donc logiquement que l'un des chanteurs français le plus mis en image nous raconte la Pop française, vue par l'objectif.

Stinky Toys, 1979

Stinky Toys, 1979

© Pascal Carqueville

Les musiciens pop ont toujours été attirés par l'image

Etienne Daho nous guide dans l'exposition. "La pop française est cinématographique", nous dit-il. "Elle est visuelle. Les musiciens pop ont toujours été attirés par l'image, il y a une précision dans le look, dans l'attitude qui crée une imagerie". Et ceci se voit dans les clichés présents, reflets de la vision de Daho : "Ces 180 portraits accrochés aux cimaises sont véritablement le choix de Daho", lance Tristan Bera, qui a travaillé avec le chanteur pour l'exposition. Et il ne se prive pas de raconter les longs après-midi à refaire le monde, de la musique de l'aprés-guerre à aujourd'hui. Car avec Daho tout vient de là, tout vient de la musique.

En 180 portraits, c'est un défilé en images de chanteurs, chanteuses et musiciens qui ont fabriqué la pop française. Et pour le fan apparaissent les souvenirs de jeunesse. Elie et Jacno succèdent à Bashung et Sylvie Vartan devance les Dogs. Le fou chantant Charles Trenet ouvre la marche, l’étrange électro dansant Jacques ferme l’ouvrage. Gainsbourg et Vian trônent à l'entrée, car Daho depuis toujours à rendu hommage aux "jeunes hommes modernes". Piaf est là aussi. Mais pourquoi Piaf en icône pop me diriez-vous.? D'abord, à cause de la reprise, par Daho, d'un certain "Mon manège à moi"... Et puis tout simplement, ajoute Daho, parce que "tout est pop et on se moque des definitions".
Charlotte Gainsbourg et Étienne Daho, 2003

Charlotte Gainsbourg et Étienne Daho, 2003

© Gregoire Alexandre

La pop de Daho est populaire et underground

Si dans "Week-end à Rome", Daho chante : "tous les deux sans personne, Florence, Milan week-end rital en bagnole de fortune", dans cette exposition le voyage est celui de la France des années 80. Le visiteur file à Rennes avec Arnold Turboust, regagne Bordeaux rejoindre Gamine et le classique "Voilà les anges", pour atterrir à Lyon avec "Marie et les garçons" qui se rêvaient en Velvet Underground.

Underground ? Oui, car la pop que désire Daho est populaire et underground, c’est sa qualité première. Comme l'écrit Barbara Lebrun dans le catalogue de l'exposition, "pop c'est l'équivalent de variété, terme qui souffrait d'associations négatives". Devant chaque image, dans le casque murmure la voix de Daho. Il est le récitant de ces années-là, le guide et le narrateur des années d"avant-hier, d'hier et d'aujourdhui. Il raconte des rencontres, des anecdotes, des souvenirs. C'est ainsi que l'exposition devient une encyclopédie sentimentale. 
Étienne Daho, 2016

Étienne Daho, 2016

© Thomas Robin

Les photographes

Ils s'appellent Jeanloup Sieff, Jean-Marie Perrier, Mondino, Pierre et Gilles ou Guy
Bourdin, les photographes sans qui l'imagerie de tous ces groupes, de ces chanteuses et chanteurs, n'aurait pas été crée. Ils ont chacun leur style, leur regard mais à parcourir l'exposition, on songe aux paroles de l'improbable duo Daho/ Dutronc qui dit : "Le plaisir n'a pas de figure, toutes les formes sont dans ma nature, tous les goûts sont dans la nature." Mais malgré tout, ce qui existe dans nombreux de ces clichés, c'est ce brin de nostalgie, de mélancolie qui flotte dans les airs. Ces images arrangées comme on dit en musique, révélées comme on dit en photo, auraient toute ce point commun : cette attitude pop.
Philippe Pascal, 2014 

Philippe Pascal, 2014 

© Étienne Daho

" Si j'avais pas été chanteur, c'était ma première envie, la photographie"

Dans "L'homme qui marche" les paroles d'Etienne Daho et Jean-Louis Pierot disent: "Des photos d'un ado accrochées au mur devant lui est-ce moi ? Est-ce lui ?". Ces mots nous conduisent au dernier corner de l'exposition : celui des photos prises par Etienne Daho lui même.
Il nous confie : "Si je n'avais pas été chanteur, c'était ma première envie, la photographie. Je sais que le musicien n'aime pas son image, le musicien est un solitaire." Il ajoute : "Je travaille au Canon D5, un studio, un fond clair et une pose concentrée, pure." Résultat : des portraits d'Elie Medeiros, de Dominique A, de Lou Doillon ou de Philippe Pascal. 31 portraits épurés, vague à l'âme et regards perdus, du Daho en noir et blanc sur papier glacé. Chic et élégant .
Chagrin d'amour © Richard Avedon

Avant, vous aurez fait un détour par le coin Juke box, un musée de pop music en 200 titres : 200 pochettes et 200 chansons. Les 45 tours, ces petites rondelles oubliées. Numéro 1 : Charles Trenet. Numéro 8 : Johnny Hallyday. Numéro 35 : Gerard Manset. Il y a aussi Jacno, Cerrone, Marquis de Sade et le numéro 90, c'est  le duo "Chagrin d'amour". Leur pochette de "Chacun fait c'qui lui plait" est une photo de Richard Avedon, portraitiste des stars. Dernière preuve que photographie et pop music sont deux mots qui vont très bien ensemble.