Cinq enseignements après les Grammy Awards

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 28/01/2014 à 11H24, publié le 27/01/2014 à 18H03
Daft Punk, Pharrell Williams et Nile Rodgers aux Grammy Awards 2014

Daft Punk, Pharrell Williams et Nile Rodgers aux Grammy Awards 2014

© Kevork Djansezian / Getty Images North America / AFP
1. La pythie Spotify avait tout faux
Faire des prédictions est un exercice difficile, certes. Pourtant, fort des informations dont il dispose concernant les morceaux les plus demandés sur sa plateforme de streaming, Spotify a joué ce week-end les oracles avec aplomb concernant les catégories reines des Grammy. Il avait vu juste concernant Lorde (Meilleure Interprétation vocale pop de l'année) et Macklemore & Ryan Lewis (Révélation de l'année).

Mais concernant Daft Punk, il s'est magistralement planté. Il ne les voyait emporter qu'un seul trophée, celui de Meilleur duo Pop pour "Get Lucky" avec Pharrell Williams. Qu'ils ont obtenu. Pour l'Album de l'année, Spotify avait prédit "Heist" de Macklemore et ça a été "Random Access Memories" de Daft. La boule de cristal était encore moins juste pour le Meilleur Enregistrement de l'année : Daft Punk n'avait aucune chance de l'emporter selon Spotify, qui avait placé le duo casqué en 5e place et Imagine Dragons sur le podium. Daft Punk l'a détrompé avec éclat. Le streaming n'est pas une science exacte.
Daft Punk, Pharrell Williams, Stevie Wonder et Nile Rodgers interprètent "Get Lucky", avec quelques clins d'oeil au passage...
2. La France est fière de Daft Punk ? Oui mais un peu tard...
Ce lundi, la France et les Français bombent le torse. Il y a de quoi. Jamais des Français n'avaient raflé autant de prix prestigieux aux Oscars de la musique que sont les Grammys.

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a tenu à féliciter chaleureusement Daft Punk. "En créant ensemble "Random Access Memories", l'opus qui électrise la planète depuis mai dernier, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo sont les fers de lance de la French touch appréciée du monde entier", a-t-elle écrit. Pharrell Williams lui même, contraint durant la cérémonie de traduire la pensée de Thomas et Guy-Man, muets sous leurs casques, a lancé : "En France, on doit être fier de ces gars-là".

Pourtant, la France a peu célébré ces avant-gardistes. Oui, Thomas et Guy-Man ont été faits Chevaliers des Arts et des Lettres, sans tambour ni trompette, au coeur de l'été 2010. Mais depuis leur révolutionnaire album "Homework" en 1997, ils n'ont par exemple jamais remporté de Victoire de la Musique, échouant même face à Olivia Ruiz et Michel Polnareff pour le "Meilleur Spectacle musical" en 2007 et 2008. On ne s'étonne donc pas, après le carton magistral de 2013, qu'ils aient refusé cette année d'y être eligibles, comme l'ont confirmé les organisateurs la semaine passée. D'ailleurs, s'il a un tant soit peu d'humour, le gagnant cette année de la Victoire en musique électronique serait bien avisé de venir casqué, en hommage...

Quoi qu'il en soit, Daft Punk ne joue plus depuis longtemps dans la cour des groupes français. Il s'agit d'un duo d'envergure internationale, dont le mutisme et l'anonymat a encore renforcé le côté universel et apatride. Au point que de jeunes Français découvrent régulièrement par accident que le coeur de deux Parisiens bat sous les casques. "Nan, tu déconnes, y sont Français les Daft ?"
Pharrell Williams prend la parole pour les Daft Punk aux Grammies
3. C'est touchant aussi, un robot
Humans after all, c'est sûr.  Les robots ont beau être muets et entièrement dénués d'expression sous leurs casques, le langage du corps parvient à parler pour eux. En recevant leurs trophées, les Daft Punk ont réussi dimanche à être touchants. En se prenant dans les bras, en se donnant l'accolade longuement, et parfois même en ne faisant qu'hocher doucement la tête,Thomas et Guy-Man ont exprimé plus d'émotion que bien d'autres lauréats. La vitre fumée de leurs casques ferait-elle office de miroirs pour tout un chacun ?
Thomas et Guy-Man se prennent dans les bras à l'annonce de leur Grammy pour Album de l'année.

Thomas et Guy-Man se prennent dans les bras à l'annonce de leur Grammy pour Album de l'année.

© saisie écran
4. Macklemore s'en veut d'avoir gagné face à Kendrick
Un autre duo a largement triomphé dimanche à ces 56e Grammys : Macklemore & Ryan Lewis se sont arrogés quatre trophées, trois de rap (Interprétation, Chanson et Album de l'année pour "The Heist") et celui de la Révélation de l'année. Leur victoire dans la catégorie Album rap de l'année, dans laquelle ils étaient opposés notamment à Kendrick Lamar, a été abondamment contestée et commentée sur les réseaux sociaux.   Dans un geste assez rare, Macklemore a adressé un message sur Instagram à Kendrick, dans laquelle il expliquait être désolé d'avoir "volé" son prix au rappeur de Compton. "Je voulais que tu gagnes. Tu aurais dû." 

"Good Kid m.a.a.d City" méritait en effet le trophée. Faute de prix, Kendrick Lamar peut se targuer d'avoir électrisé la soirée avec sa performance casse-gueule en compagnie d'Imagine Dragons. Pour beaucoup, c'était la plus magnétique de la soirée avec celle des Daft Punk.
5. Trent Reznor n'aime pas les petites coupures !
Un Super groupe de rock devait, et a, clôturé cette cérémonie avec panache. Dave Grohl (Foo Fighters), Trent Reznor (Nine Inch Nails), Josh Homme (Queens of the Stone Age) et Lindsay Buckingham (Fleetwood Mac) ont uni leur forces pour mettre le feu à la scène. Josh Homme et Buckingham aux guitares, Grohl à la batterie et Reznor au micro ont joué "Copy of A" (NIN) avant d'entamer 'My God is the Sun" (QoTSA).
Ils n'ont hélas pas eu le temps de finir, le morceau étant coupé par le générique de fin et une publicité. Une grosse goujaterie de la part des Grammy que n'a pas laissé passer Trent Reznor. Son tweet vengeur, quelques minutes plus tard, a été explicite. "Un grand Fuck You du fond du coeur, les mecs".