Peter Gabriel en colère contre le Brexit qui pénalise le festival Womad, qu'il a créé

Mis à jour le 07/08/2018 à 16H44, publié le 07/08/2018 à 15H26
Peter Gabriel lors d'une conférence organisée au Vatican le 27 avril 2018

Peter Gabriel lors d'une conférence organisée au Vatican le 27 avril 2018

© Claudio Peri / Epa / Newscom / MaxPPP

Le Brexit va-t-il compromettre l'avenir du festival Womad (World of Music, Art and Dance), pionnier des festivals des musiques du monde fondé par la rockstar anglaise Peter Gabriel ? C'est du moins ce que redoute le chanteur, dont le cri d'alarme a été relayé récemment par le Guardian et les réseaux sociaux.

Depuis qu'une majorité de Britanniques a voté en juin 2016 en faveur du Brexit, la sortie de la Grande Bretagne de l'Union européenne, un processus inéluctable s'est mis en place. Parmi les conséquences concrètes de cette rupture, certaines concernent directement l'entrée et la circulation des individus - et parmi eux, des artistes étrangers - au Royaume-Uni.

L'essence même du festival Womad, cofondé par Peter Gabriel en 1980 et dont la première édition s'est tenue en Angleterre en 1982, c'est d'inviter des artistes de tous les univers, de tous les continents. Quelque 128 pays devaient être représentés pour l'édition 2018. De premiers problèmes sont apparus en 2017.

"Le droit de voyager pour le travail, pour l'éducation et même pour le plaisir se trouve de plus en plus restreint, souvent en fonction de critères raciaux et religieux", s'inquiète Peter Gabriel, 68 ans, cité par The Guardian. "Il est alarmant que notre festival britannique soit maintenant confronté à de vraies difficultés pour faire venir des artistes dans ce pays. Plusieurs d'entre eux ne veulent plus venir au Royaume-Uni à cause des difficultés, des coûts et des délais d'obtention des visas, ajoutés à la peur de ne pas être les bienvenus."

Des artistes renoncent à venir, d'autres n'obtiennent pas leur visa

De fait, cette année, pour la première fois, des musiciens ont décliné l'invitation du festival après avoir étudié les conditions d'obtention des visas, considérant que la procédure était devenue "difficile et humiliante", a relaté Chris Smith, le directeur de Womad, dans le Guardian.

Et certains artistes qui étaient décidés à venir en Angleterre n'ont finalement pas pu se produire au festival qui s'est tenu fin juillet à Charlton Park, dans le Wiltshire (sud-ouest), a poursuivi Chris Smith. Sabri Mosbah (Tunisie), Wazimbo (Mozambique) et des membres du groupe nigérien Tal National n'ont pas pu faire le voyage à cause de problèmes de visa. Et le duo de sœurs indiennes Hashmat Sultana est arrivé 24 heures après la date prévue de son concert.

Womad a demandé à la diplomatie britannique de régler quelques cas individuels. "Ça marche parfois, mais pas de manière cohérente", a souligné Smith. Le festival compte entamer des discussions en urgence avec le ministère de l'Intérieur et le secteur culturel pour chercher des solutions et tenter d'obtenir une révision du nouveau système de visas, avant que la situation prenne une tournure catastrophique.

"Est-ce qu'on veut vraiment d'un pays +brexité+ sans relief, insipide ?"

Peter Gabriel ne cache pas sa colère : "Les musiciens voyagent pour gagner leur vie, et presque partout où j'ai voyagé, j'ai été accueilli avec gentillesse et générosité. Est-ce qu'on veut vraiment un pays +brexité+ sans relief, insipide ? Un pays qui perd sa volonté d'accueillir le monde ?" Ses propos ont été relayés par le compte Twitter de Womad.

Le 1er août dernier, Peter Gabriel postait sur sa page Facebook quelques mots et le lien du dernier article en date du Guardian sur cette triste affaire : "À travers le monde, nous observons de nombreux hommes politiques gagner en popularité en nous divisant - en alimentant la peur et la haine. Womad, notre festival des musiques du monde, fut fondé pour célébrer la richesse et la magie de nos différences culturelles et démontrer clairement la stupidité du racisme."
Les amateurs de rock et les fans de Peter Gabriel s'en souviennent, la première édition du festival Womad a été un gouffre financier dont le chanteur a mis un certain temps à se relever. Ses vieux amis de Genesis, Phil Collins, Tony Banks, Mike Rutherford (ainsi que le guitariste Steve Hackett en invité-surprise), sont venus le soutenir en participant à un concert marquant les retrouvailles du groupe avec son chanteur historique, sept ans après son départ (Steve Hackett était lui aussi parti entre-temps). Le spectacle, organisé le 2 octobre 1982 à Milton Keynes, en Angleterre, a permis à Peter Gabriel de rembourser ses dettes. Le festival Womad a déjà surmonté quelques crises. Le Brexit lui impose de nouveaux défis...