Mort de Manitas de Plata, guitariste virtuose et gitan amoureux de la vie

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/11/2014 à 18H45, publié le 06/11/2014 à 10H12
Manoitas de Plata en 1983

Manoitas de Plata en 1983

© DOMINIQUE FAGET / AFP

Le guitariste gitan Manitas de Plata est décédé dans la nuit du 4 au 5 novembre à l'âge de 93 ans. Il a popularisé le flamenco en France, enflammant les soirées tropéziennes des années 60 avant de faire une carrière internationale. L'artiste aux 93 millions d'albums vendus dans le monde, avait été placé en maison de retraite en août dernier.

Manitas de Plata est décédé, à 93 ans, dans une maison de retraite à Montpellier.  "Mon père est mort de vieillesse entouré de sa famille", a dit à l'AFP sa fille Françoise qui était aussi sa tutrice.

Le flamenco dans la peau

De son vrai nom Ricardo Baliardo, il naît en août 1921 dans la roulotte familiale, à Sète (Hérault), d'un père marchand de chevaux. Dès neuf ans, il maîtrise la guitare sans savoir lire une note, encouragé par son oncle. Dix ans durant, la musique sera un revenu d'appoint, généralement l'été, de cafés en terrasses.

Reportage : R.Deschamps, T.Dorseul

https://videos.francetv.fr/video/NI_153185@Culture

Dali, Cocteau, Picasso et les autres

Devenu Manitas de Plata (littéralement "petites mains d'argent" en espagnol, mais plutôt "doigts de fée") le jeune gitan commence à fréquenter Cocteau, Brigitte Bardot, Picasso et Dali. 
Lucien Clergue, le photographe  d'Arles, proche de Picasso, le recommande à des producteurs américains qui le convaincront d'aller jouer à New York où il triomphe au Carnegie Hall. Le musicien illettré, qui signait avec des lettres bâtons y ajoutant les dernières années son espièglerie, un S transformé en dollar, s'est ainsi produit sur les scènes mondiales les plus prestigieuses. Outre le Carnegie Hall, en décembre 1965, son meilleur souvenir, il eut le Royal Albert Hall de Londres.
Interview de Manitas de Plata à la télévision française - 13 janvier 1968
Son dernier concert remontait à 2010, à l'ouverture de la Feria des vendanges à Nîmes. Il était alors accompagné d'une trentaine de guitaristes. Depuis, il ne pouvait plus. "Je suis malade", lançait-il d'emblée à tous ses  visiteurs.

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Familles

Manitas de Plata, que les belles femmes ne laisse pas insensible, par ailleurs amateur de grosses voitures et volontiers flambeur, consacre ses confortables revenus à l'entretien de sa "tribu". Jusqu'à 80 personnes vivaient de ses subsides, femmes, enfants, oncles, neveux... Il confiera avoir "plusieurs femmes illégitimes", sans savoir exactement combien d'enfants il a engendré : entre 24 et 28. Mais le guitariste génial en a reconnu au moins 13.
"J'ai brûlé la vie"

Manitas de Plata, considéré un temps comme l'artiste européen le plus connu au monde, laisse une oeuvre immense avec plus 80 disques enregistrés et 93 millions d'albums vendus à travers le monde. "J'ai brûlé la vie. J'ai vécu mes deux passions. La musique et les femmes", expliquait-il, reconnaissant n'avoir jamais économisé. Il a également eu des problèmes avec le fisc et à 90 ans il continuait à payer son redressement fiscal. Manitas de Plata a fini sa vie dans le capharnaüm d'un minuscule studio à La Grande Motte (Hérault) face à la mer, entouré d'une foultitude d'objets, dont sept  guitares ou un disque d'or cassé. En 2011, lors de son anniversaire, fêté en grande pompe à la Grande Motte, Manitas de Plata n'avait eu finalement qu'un seul regret : "Après moi, il n'y a personne en France. Je suis inquiet pour la musique gitane". La date des obsèques de Manitas de Plata devrait être connue dans la  journée, a précisé Françoise.

Quelques réactions au décès de Manitas de Plata

"C'est un gros chagrin pour moi et une grande perte pour tous mes petits frères gitans", a réagi Brigitte Bardot. Manitas emporte avec lui toute la joie de vivre et l'insouciance de ma jeunesse", a ajouté l'icône du cinéma français des années 50 et 60. ""J'ai une immense admiration et une grande tendresse pour cet homme qui, parti de rien, est devenu +un seigneur aux mains d'argent+ sans avoir jamais étudié la musique", a-t-elle souligné.

La réaction de l'agent de Manitas de Plata,  Bernard Biglione, sur France 3 Languedoc Roussillon :

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"C'était un homme de scène exceptionnel. Il avait l'instinct. Pour sa communauté, c'était le numéro un. Il avait beaucoup de caractère. Il pouvait être difficile. Il avait le goût de la liberté. C'était un homme très intéressant", a déclaré à l'AFP le photographe Lucien Clergue (80 ans) qui le découvrit en 1955 lors d'un concert aux Saintes-Marie-de-la-Mer, le grand rassemblement gitan de Camargue.

"Il a fait beaucoup pour le rayonnnement de la culture gitane dans le monde, au même titre que Camaron de la Isla et Django Reinhardt", a déclaré le cinéaste Tony Gatlif. Et de souligner sa "grande humilité" : "C'est une figure connue à Arles, à Nîmes, à Montpellier, aux Saintes-Maries-de-la-Mer et pourtant il était surpris qu'on le remarque dans la rue", 

"Il était redoutable, peu de gens étaient capables de jouer comme lui, c'était le son de la Camargue. Sa musique, je l'ai toujours écoutée, depuis tout petit, j'ai appris sur ces musiques-là, pour moi c'était le roi de la guitare chez les gitans", a déclaré à l'AFP Kendji Girac (18 ans), dernier vainqueur du  télé-crochet The Voice dont le premier album est paru en septembre. Et d'ajouter : "La référence est  partie, ça fait mal au coeur. Reprendre un jour ses chansons ? Pourquoi pas, oui."