Chronique cubaine : les rois de la débrouille déjouent les studios d'Etat

Mis à jour le 01/03/2018 à 19H21, publié le 01/03/2018 à 17H11
Un studio d'enregistrement improvisé dans une casa particolar © Anne Elisabeth Philibert

A Cuba, les groupes les plus connus enregistrent la plupart du temps leur album dans les grands studios d'Etat, à La Havane. Les musiciens locaux comme "Caribe son" vendent leur CD en fin de concert. Pour les autres artistes, sans aucuns moyens financiers, c'est le système D !

Tous les moyens sont bons pour diffuser la musique 

Rémunéré par le groupe Artex, une entreprise d'artisanat d'Etat, le groupe "Caribe son" est souvent passé à la radio locale de Trinidad. Dans cette île, repliée sur elle-même depuis des décennies, comment diffuser la musique à l'étranger ? Après chaque soirée à La casa de la Trova, le groupe "Caribe Son" vend son CD 12 titres "La cosquillita Cubana", enregistré il y a quatre ans dans un studio d'Etat à Cienfuego. En diffusant des vidéos sur YouTube, les touristes contribuent à leur façon à la diffusion de la musique cubaine à l'extérieur. Une partie du groupe a eu également la chance d'être invitée au Mexique et en Colombie mais aussi au Canada. 

La Cosquillita Cubana, le CD du groupe 

La Cosquillita Cubana, le CD du groupe 

© Anne Elizabeth Philibert

Les studios d'enregistrements 

Pour les musiciens connus, La Havane reste le passage obligé. C'est en effet dans la capitale que l'on trouve les plus grands studios d'enregistrement. Ceux qui appartiennent à l'Etat. Le gouvernement invite les musiciens de son catalogue à enregistrer leur musique. Les CD sont diffusés à l'étranger comme ceux de Los Van Van , les Rolling Stones de la salsa, à la notoriété internationale. Il y aurait une quarantaine de studios d'enregistrement d'Etat à la Havane.  
Un concert de los Van Van en 2014

Egrem, un coffre aux trésors 

C'est le prestigieux label d'Etat cubain Egrem qui a signé les plus grands noms de la musique cubaine comme Ibrahim Ferrer ou Compay Segundo. Il disposerait d'au moins 20 000 titres recensés dont les premiers enregistrements datent des années 60. En 2015, Sony Music a obtenu la distribution exclusive à l'étranger de l'ensemble de ce catalogue aux richesses insoupçonnées. Limité par l'embargo, cet héritage musical pourrait être réédité dans les années à venir. Vingt ans après le succès de Buena VIsta Social Club, de nouveaux talents cubains pourraient émerger dans le monde et des morceaux introuvables connaître une seconde vie en format CD. L'avenir dira si le cha-cha-cha et le bolero ont encore leur place dans un marché du disque concurrencé par  la jeune scène hip hop cubaine.

"Inventar", c'est le système D

Pour les groupes de musique traditionnelle cubaine qui n'ont pas la chance de pouvoir s'offrir un enregistrement dans un studio d'Etat ou privé, il faut créer, trouver une solution. Les Cubains sont connus pour être les rois du système D. Lorsque qu'ils n'ont pas les outils techniques pour réaliser quelque chose, ils se débrouillent toujours avec les moyens du bord pour obtenir le résultat recherché. Ils appellent ça "inventar". Certainement un de leur rare espace de liberté.  

https://videos.francetv.fr/video/NI_1192469@Culture

Un studio de bric et de broc dans une "casa particular" 

Et la débrouille, les musiciens de Trinidad la connaissent bien ! Le groupe les "Conclave", l'union en cubain, réunit depuis 15 ans sept musiciens professionnels. La musique, c'est toute leur vie !  Ils l'ont dans la peau. C'est dans la casa particular de leur producteur Julio Cesar qu'ils enregistrent un disque de musique traditionnelle cubaine. Ce pianiste a obtenu une bourse pour étudier l'orchestration pendant deux ans au Canada. C'est lui qui a acheté le matériel. Un Mac, un micro, quelques casques...et c'est parti pour un enregistrement dans des conditions assez difficiles. Mais ces professionnels restent très exigeants avec eux-mêmes.

C'est David qui enregistre sa voix le premier. Chaque musicien prendra place dans la maison pour jouer sa partie. Chaque instrument - contrebasse, guitare, tres, bongo, maracas et clave, séparé par une cloison de fortune, doit être plus ou moins éloigné du micro. 

https://videos.francetv.fr/video/NI_1192467@Culture

Il faudra trois jours pour enregistrer les six titres du CD. Parmieux, "La Guajira", une ode à la femme cubaine, l'une des chansons traditionelles interprétée par les "Conclave".

Et pendant ce temps, tout au fond du couloir, on répare le matériel sur la table de la cuisine... avec les moyens du bord. 

https://videos.francetv.fr/video/NI_1192465@Culture


  • L'enregistrement avec l'équipe autour de Julio Casar chargé de la coordination
  • David le chanteur des "Conclave" pose sa voix
  • La flute traversière est aussi de la partie
  • Le joueur de Maracas
  • Le contrebassiste à l'enregistrement
  • Le jour de Tres semble satisfait
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  • L'enregistrement avec l'équipe autour de Julio Casar chargé de la coordination

    © Anne Elizabeth Philibert L'enregistrement avec l'équipe autour de Julio Casar chargé de la coordination

    L'enregistrement avec l'équipe autour de Julio Casar chargé de la coordination 

  • David le chanteur des "Conclave" pose sa voix

    © Anne Elisabeth Philibert David le chanteur des "Conclave" pose sa voix

    David le chanteur des "Conclave" pose sa voix 

  • La flute traversière est aussi de la partie

    © Anne Elizabeth Philibert La flute traversière est aussi de la partie

    La flute traversière est aussi de la partie 

  • Le joueur de Maracas

    © Anne Elizabeth Philibert Le joueur de Maracas

    Le joueur de Maracas

  • Le contrebassiste à l'enregistrement

    © Anne Elizabeth Philibert Le contrebassiste à l'enregistrement

    Le contrebassiste à l'enregistrement 

  • Le jour de Tres semble satisfait

    © Anne Elizabeth Philibert Le jour de Tres semble satisfait

    Le jour de Tres, cette petite guitare fabriquée à Cuba, semble satisfait