MIDEM : le streaming, quel avenir pour la musique ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/02/2014 à 15H20, publié le 02/02/2014 à 11H18
Saisie écran du streaming de l'album de Daft Punk sur  iTunes.

Saisie écran du streaming de l'album de Daft Punk sur  iTunes.

© iTunes

L'écoute de musique en streaming progresse fortement dans le monde mais l'industrie musicale réunie au Midem s'interroge : ce nouveau mode de consommation va-t-il lui permettre de sortir la tête de l'eau ou au contraire prolonger la crise ? Ce mode de consommation permet d'écouter de la musique sans la posséder, en s'abonnant ou en passant par des sites gratuits et financés par la publicité.

Alors que l'industrie du disque a espéré que le téléchargement vienne un jour compenser la chute des ventes de CD, celui-ci a reculé en volume en 2013 aux Etats-Unis pour la 1re fois depuis la création d'iTunes en 2003. Dix ans après avoir plongé l'industrie musicale dans une crise, le marché numérique se restructure au profit du streaming.

Ce mode de consommation attire les investisseurs. Selon la presse, Samsung s'apprêterait à investir dans le français Deezer. Son concurrent haut de gamme Qobuz s'est implanté en 2013 dans 8 pays européens. Aux USA, les cofondateurs des casques Beats by Dre ont lancé un service axé sur les recommandations. En Suède, pays pionnier et patrie de Spotify, le streaming a tiré vers le haut le C.A. de l'industrie de la musique enregistrée, en hausse de 5% en 2013.

En France, 8% des personnes qui écoutent de la musique en ligne ont un abonnement
Mais en France, selon une étude publiée par la Sacem dans le cadre du Midem, seules 8% des personnes qui écoutent de la musique en ligne ont souscrit un abonnement à un service de streaming. "C'est un marché qui va se développer parce qu'il va se segmenter par la qualité du son, de la recommandation, par les goûts musicaux, la catégorie socio-professionnelle du public... Je pense que l'abonnement pourrait commencer très bas et monter beaucoup plus haut qu'aujourd'hui", dit à l'AFP le Pdg de Qobuz, Yves Riesel.
  
Une écoute rapporte moins qu'un téléchargement aux maisons de disques, qui négocient les droits que doivent leur reverser ces services à l'équilibre économique fragile. Mais pour la première fois, le streaming est devenu la source de revenus majoritaire sur internet, devant le téléchargement. L'écoute de musique en continu a représenté 51% des droits collectés sur internet en 2013, contre 46% pour le téléchargement et 3% pour la sonorisation de sites internet et de portails. 

Du côté des artistes, de Radiohead à Pink Floyd, de plus en plus de voix s'élèvent pour dire que les musiciens sont lésés, en particulier ceux dont la carrière démarre et qui ne peuvent pas compter sur un montant élevé de royalties. Cet automne, la fronde a conduit Spotify à lever le voile sur ce qu'il reversait aux artistes : en moyenne 0,005 euro par écoute.

De l'argent pour financer la création
"Si les sites de streaming se contentent d'être des juke-boxes que les gens utilisent pour écouter des chansons qu'ils connaissent déjà, il n'y aura pas d'argent pour financer la création. Nous avons la responsabilité commune de faire découvrir de nouveaux artistes à nos utilisateurs", a concédé le Pdg de Deezer, Axel Dauchez, lors d'un débat consacré au sujet au Midem. "Nous sommes en train de construire, le streaming n'en est qu'à 5% de son potentiel. Quand il aura atteint une taille significative en terme d'utilisateurs, les revenus seront plus significatifs. On doit penser sur le long terme. Et ne pas oublier qu'avant le streaming, il y avait le piratage", a plaidé Eddy Maroun, Pdg du service libanais Anghami. "L'avenir, c'est une combinaison du téléchargement et du streaming, estime de son côté Yves Riesel.

En accord avec Daft Punk, iTunes a proposé aux gens d'entendre le dernier album gratuitement avant sa sortie en poussant à le précommander. La recette de cet album a été sans commune mesure avec ce qu'elle aurait été si Daft Punk l'avait mis en écoute sur Spotify".