In Theatrum Denonium : le festival metal de Denain niché dans un théâtre à l'italienne tient sa 3e édition samedi

Mis à jour le 10/01/2018 à 13H03, publié le 10/01/2018 à 12H23
Le groupe metal Regarde les hommes tomber au festival In Theatrum Denonium en 2016.

Le groupe metal Regarde les hommes tomber au festival In Theatrum Denonium en 2016.

© François Lampin

En latin, In Theatrum Denonium signifie "Dans le Théâtre de Denain" mais tout le monde y lit "Dans le Théâtre du Démon". Les organisateurs de ce petit festival de metal atypique qui tient sa 3e édition samedi 13 janvier à Denain s'en amusent. Dans cet ancien bastion de la métallurgie qui ne s'est jamais remis de la fermeture d'Usinor en 1978, on forge encore... des rêves de metal et de culture.

Un concept inédit

Né sur les cendres des "Métallurgicales", le festival lancé par feu le député-maire (PS) Patrick Roy, ardent défenseur de la musique metal jusque sur les bancs de l'Assemblée nationale, In Theatrum Denonium est un petit festival de metal très original qui pulvérise quelques clichés.

Les groupes n'y évoluent pas sur une scène en plein-air mais dans l'espace cosy d'un ravissant théâtre à l'italienne, celui de Denain (Hauts-de-France). Là, les supposées hordes sauvages de métalleux font la preuve une fois encore qu'elles savent se comporter en public bien élevé respectueux des ors du décor, du lustre en cristal de 800 kg et du velours rouge des sièges. Car on y assiste plus ou moins sagement assis, exceptés aux tout premiers rangs.

S'ils y trouvent leur plaisir, les organisateurs réunis en association à but non lucratif (elle s'appelle Nord Forge) y voient surtout l'occasion de parler positivement à la fois de la musique metal, ce genre incompris et sous-médiatisé, et de Denain, ancien bastion de la métallurgie durablement sinistré. Tout en favorisant l'accès à la culture avec un ticket d'entrée à prix serré. A quelques jours de la troisième édition qui affiche complet et à laquelle 600 festivaliers sont attendus, nous avons discuté avec l'un de ses organisateurs, Frédéric Cotton.

Un aperçu de la seconde édition de In Theatrum Denonium le 12 mars 2017

Quatre questions à l'un des organisateurs

Le festival Theatrum In Denonium est né en 2016 sur les cendres d'un autre festival, Les Métallurgicales, lancé par Patrick Roy. Rappelez-nous sa genèse ?
Frédéric Cotton : Au départ, notre association organisait de petits concerts à Denain et puis nous avons rencontré le député maire de Denain Patrick Roy qui a créé les Métallurgicales (en vigueur de 2009 à 2014). Nous étions bénévoles pour ce festival qui programmait Anthrax, Soulfly, Trust, Therion, Mass Hystéria. Après la mort de Patrick Roy d'un cancer en 2011, le festival s'est poursuivi durant trois éditions avec l'association mais c'était difficile. Sans lui, nous étions démunis, nous n'avions plus d'accès privilégié aux médias, nous avions perdu notre leader et nous avons préféré arrêter en 2014 pour relancer un autre projet à Denain. Nous avons mis 15 à 18 mois pour développer notre concept, qui est très axé autour du théâtre, y compris le champ lexical – nous parlons d'Acte III pour la troisième édition de In Theatrum Denonium par exemple. 

Comment le théâtre de Denain s'est-il retrouvé au coeur du festival ?
Il se trouve que dans l'association nous étions amoureux de ce théâtre, véritable ovni dans cette ville post industrielle. C'est un théâtre à l'italienne, façon 18e, bien qu'il ait été construit au 20e, en 1912. En forme de U avec un balcon prononcé, ce magnifique édifice voulait rivaliser avec ceux de Valenciennes, Lille ou Cambrai. Quand ils ont fait les plans, ils ont répliqué l'Opéra Garnier au 1/5e avec le nombre d'or. Il faut savoir que ce théâtre dispose en outre de la troisième meilleure acoustique de France après le théâtre de l'Opéra Garnier et l'Olympia. Pour le metal, cette acoustique est un avantage car il n'y a pas besoin de sur-amplifier le son. La mairie, auprès de laquelle nous avions déjà fait nos preuves avec les Metallurgicales, nous l'a prêté facilement avec ses infrastructures.

En quoi vous démarquez-vous des autres festivals de metal ?
Nous sommes les premiers à avoir proposé du metal dans un tel lieu patrimonial. Un admirateur a depuis repris l'idée pour programmer du metal à l'opéra de Strasbourg. C'est une des rares fois dans l'année ou des métalleux vont au théâtre. Et nous voulions apporter du metal au théâtre mais pas n'importe lequel. Nous choisissons des groupes qui ont quelque chose de théâtral ou bien qui sont plus calmes, visibles en configuration assise dans un tel lieu historique. Nous cherchons à offrir quelque chose d'aussi beau visuellement que musicalement, quelque chose de scénarisé. Et puis nous essayons de proposer des découvertes et une ouverture musicale, avec des groupes assez rares, exclusifs ou peu vus encore.

Vous pratiquez des prix extrêmement bas. Pourquoi et comment ?
Frédéric Cotton : Notre objectif est d'utiliser la culture comme lien social et nous refusons donc que le prix freine l'accès à la culture. Le tarif plein pour le festival est de 15 euros et le tarif réduit de 10 euros. Cela n'est possible que parce que nous sommes une association à but non lucratif et que nous faisons tout nous-mêmes. Nous sommes tous bénévoles. Six personnes pendant l'année y travaillent, de la comptabilité à l'infographie, et une quarantaine d'autres sont mobilisées le jour J. C'est la débrouille : comme l'association comprend beaucoup de musiciens, nous prêtons aussi notre matériel (amplis etc) aux groupes. Nous avons également développé une buvette et des produits dérivés, du mug aux T-shirts. Avec 10.000 euros de budget (dont la mairie subventionne la moitié) nous sommes à l'équilibre. Nous avons pris des risques mais pour du metal pointu, on peut se féliciter : cette troisième édition affichait complet un mois avant l'évènement. Pour autant, restons modestes : aucun grand brasseur ne nous a encore contactés pour sponsoriser l'évènement (rires).

Nathalie Hazard et Frédéric Cotton, membres de l'association Nord Forge organisatrice du festival, étaient invités du 19/20 de France 3 Hauts-de-France le 4 janvier

https://videos.francetv.fr/video/NI_1159199@Culture


FredERIC COTTON nous détaille la programmation de l'Acte III du festival

Les Grecs de SEPTICFLESH pratiquent un death metal virtuose symphonique, agrémenté de musique classique, en adéquation avec le théâtre. Ils portent en outre des costumes un peu médiévaux et ils ont beaucoup d'éléments de lumières et d'équipements scéniques.


Les Polonais de FURIA font un metal aux sonorités industrielles, plus post-metal, il s'agit d'une musique plus lente, voire mélancolique. Ils viennent de Katowice, une ancien bastion de la métallurgie, et mélangent cette froideur avec des éclats de folklore polonais.

Les Egyptiens ODIOUS font de l'oriental Black Death symphonique. Ils intègrent à la fois des éléments de musique classique, tout en utilisant la gamme orientale et ils mélangent black metal et death metal (c'est-à-dire chant crié et chant guttural, tempo rapide et plus lent). Ce groupe nous rappelle la chance qu'on a en France. Faire de la musique metal, dans leur pays, c'est se mettre sérieusement en danger.


Les Américano-colombiens INQUISITION font du black metal cosmique. C'est un duo fondé à Cali, l'épicentre des cartels de la drogue, qu'ils ont fui au milieu des années 90 pour les Etats-Unis.

En supplément, le groupe rouennais NKRT assurera un show surprise unique pour l'Acte III du festival. Il s'agit d'un musicien qui ne s'exprime qu'en latin et utilise des instruments en os, en bois, en argile ou en pierre ainsi que des instruments traditionnels tibétains. Il est accompagné de deux danseuses baroques venues du Cabaret du cœur fendu.

Festival "In Theatrum Denonium" samedi 13 janvier 2018 à Denain 
L'affiche du festival metal In Theatrum Denonium, Acte III le 13 janvier 2018.

L'affiche du festival metal In Theatrum Denonium, Acte III le 13 janvier 2018.