Les violons de la Shoah : la musique contre l'oubli

Par J.M. Ogier, F. Genauzeau @Culturebox
Mis à jour le 17/12/2018 à 17H46, publié le 17/12/2018 à 11H32
Les violons restaurés par Amnon Weinstein ont résonné à Dresde

Les violons restaurés par Amnon Weinstein ont résonné à Dresde

© France 2 / culturebox

Des violons ayant appartenu à des déportés juifs dans les camps de la mort ont résonné à Dresde le temps d'un concert. Ils ont été patiemment restaurés par Amnon Weinstein, un luthier israélien. L'émotion était grande à l'issue de ce concert qui montre que la musique est un moyen puissant de transmettre l'Histoire.

Ce soir là sur la scène du Philharmonique de Dresde Amnon Weinstein reçoit une ovation debout du public. C'est lui, le luthier de Tel Aviv qui a redonné vie aux violons des déportés juifs d'Auschwitz que les musiciens du Philharmonique viennent de faire résonner.

Avant ce concert très émouvant Amnon Weinstein avait remis a chaque musicien un de ces violons :

"C'est un moment très particulier. Je pense à ceux qui ont tenu ce violon entre leurs mains et aux circonstances dans lesquelles ils ont dû jouer.

Wolfgang Hentrich, violoniste allemand

Chacun des 16 violons a résonné dans les camps de la mort. Les nazis imposaient aux musiciens juifs de jouer pour accompagner les condamnés vers les chambres à gaz. A Dresde, Amnon Weinstein a raconté à chacun des 16 musiciens l'histoire de l'instrument sur lequel il allait jouer.

Reportage : F.Genauzeau, M.Perez, G.Messina, C.Cosson
Amnon Weinstein a entamé son travail de restauration de ces instruments il y a 20 ans. Dans son atelier de Tel Aviv il a déjà redonné vie à plus de 60 violons. Parmi ceux-ci, un violon marqué d'une inscrption de haine à l'intérieur par le luthier allemand qui l'a fabriqué : "Il avait écrit Heil Hitler en 1936 et dessiné la svastika... Il faut que ça reste" affirme le luthier israélien.

Chaque violon a son histoire comme celui-ci qu'Amnon Weinstein a dû nettoyer d'une épaisse poussière noire... Celle des cendres des fours crématoires.

"Promettez moi de le garder"

Benny Boret, lui, a confié au luthier de Tel Aviv un violon rescapé de la guerre. Il a appartenu à un jeune juif lyonnais dont il ignore l'identité et qui, enfermé dans un train qui le conduisait à Drancy en 1942, a pu confier son instrument à un cheminot. Benny Boret raconte : "C'est un violon, je n'en ai plus besoin. je vais vous le faire passer par la petite ouverture au dessus de la porte mais promettez-moi de le garder". L'instrument est resté longtemps caché. Il porte aujourd'hui le nom du père de Benny Boret lui aussi rescapé de la Shoah.

Les violons parlent, les violons racontent

Dans son atelier de Tel Aviv, Amnon Weinstein continue de recevoir des instruments à restaurer 

Pour moi, c'est une mission de retrouver tous les violons qui ont quelque chose à raconter de la guerre parce qu'il ne faut pas oublier ça. Si on écoute bien la musique, on peut comprendre ce qu'ils veulent dire. Les violons parlent, les violons racontent.


Des dizaines de concerts avec ces violons rescapés sont prévus jusqu'en 2020.