Bataclan : le rappeur Médine contre-attaque face aux protestations

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/06/2018 à 17H31, publié le 10/06/2018 à 15H33
Le rappeur Médine, ici en concert à Roubaix en 2015, accuse l'extrême-droite de vouloir "limiter notre liberté d'expression".

Le rappeur Médine, ici en concert à Roubaix en 2015, accuse l'extrême-droite de vouloir "limiter notre liberté d'expression".

© Hubert Van Maele/ La Voix du Nord / MaxPPP

Des élus de droite et d'extrême droite ont protesté dimanche contre les prochains concerts au Bataclan du rappeur Médine, qui avait suscité une polémique en 2015 avec le titre "Don't Laïk", paru une semaine avant l'attentat contre Charlie Hebdo. Le rappeur havrais a répliqué lundi en accusant l'extrême-droite d'instrumentaliser la douleur des victimes des attentats.

Une pétition contre la tenue des concerts en octobre 

"Au #Bataclan, la barbarie islamiste a coûté la vie à 90 de nos compatriotes. Moins de trois ans plus tard, s'y produira un individu ayant chanté +crucifions les laïcards+ et se présentant comme une +islamo-caillera +. Sacrilège pour les victimes, déshonneur pour la France", s'est offusqué sur Twitter le président des Républicains, Laurent Wauquiez. 

Le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, a demandé "au président Emmanuel Macron d'interdire ce concert", estimant que "si la liberté d'expression est un droit fondamental, il y a des symboles qui ne peuvent être profanés". Virginie Calmels a également souhaité que le préfet et le ministre de l'Intérieur prennent "des dispositions" pour interdire les concerts de Médine au Bataclan : la numéro deux des Républicains a invoqué "une atteinte à l'ordre public".

"Aucun Français ne peut accepter que ce type aille déverser ses saloperies sur le lieu même du carnage du #Bataclan. La complaisance ou pire, l'incitation au fondamentalisme islamiste, ça suffit !", a écrit la présidente du Rassemblement national (ex-FN), Marine Le Pen, sur son compte Twitter.


Une pétition contre la tenue des concerts les 19 et 20 octobre a été lancée sur change.org par Grégory Roose, ex-délégué départemental du FN dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Le gouvernement n'interviendra pas, explique Edouard Philippe

Mardi soir au Sénat, le Premier ministre Edouard Philippe a indiqué que le gouvernement n'interviendrait pas contre la programmation du rappeur Médine au Bataclan. "On peut se fixer comme règle simple (...) de vouloir en toute matière respecter la loi. Et la loi s'agissant d'un concert (...) est très simple: elle ne permet d'interdire que lorsque la programmation causerait un trouble manifeste à l'ordre public" en cas d'"incitation à la haine raciale", a-t-il détaillé.

"Voilà les deux seuls fondements qui pourraient justifier une mesure. Nous respecterons donc scrupuleusement et la liberté d'expression et la loi", a-t-il insisté en s'estimant "aussi attaché au respect de la loi qu'à la mémoire de ceux qui ont trouvé la mort ou qui étaient présents ce soir-là".

"Je me revendique de cet esprit outrancier, satirique au nom de la liberté d'expression"

Le rappeur havrais avait fait polémique en janvier 2015 avec son titre "Don't Laïk" et des paroles comme "crucifions les laïcards comme à Golgotha" et "j'mets des fatwas sur la tête des cons". Ce titre était paru une semaine avant l'attentat contre Charlie Hebdo, lors duquel deux hommes armés avaient exécuté 11 personnes dans les locaux parisiens de l'hebdomadaire satirique.

"Un musulman ne peut pas avoir une critique objective de la laïcité. J'en ai fait les frais. Je me revendique de cet esprit outrancier, satirique au nom de la liberté d'expression pour pouvoir blasphémer une valeur lorsqu'elle est dévoyée", s'était défendu Médine plus tard dans l'hebdomadaire Les Inrocks.

Médine accuse l'extrême-droite d'instrumentaliser la douleur des victimes

Lundi, le rappeur a posté un communiqué sur Twitter dans lequel il commence par renouveler ses "condamnations passées à l'égard des abjects attentats du 13 novembre 2015 et de toutes les attaques terroristes". Il accuse ensuite l'extrême droite de "chercher à instrumentaliser la douleur des victimes et de leur famille" en protestant contre sa venue au Bataclan.

Et le rappeur havrais de poser la question : "Allons-nous laisser l'extrême droite dicter la programmation de nos salles de concerts voire plus généralement limiter notre liberté d'expression?".*

Olivier Faure (PS) demande une "prise de distance"

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a estimé lundi que Médine devrait "lui-même se poser la question de savoir si sa présence" dans ce lieu "ne justifierait pas une prise de distance" par rapport à d'ancien titres polémiques.

"Je ne suis pas de ceux qui sont dans l'interdiction, mais il y a une question qui est effectivement posée", a réagi le premier secrétaire du PS sur franceinfo. "Et peut-être que lui-même devrait se poser la question de savoir si sa présence dans ce lieu qui est devenu hautement symbolique ne justifierait pas une prise de distance, (...) qu'il puisse dire ce qu'il avait à dire sur ce qu'il a écrit à ce moment-là parce que je crois comprendre qu'il regrette d'avoir été celui qui a pu prononcer ces mots", a poursuivi Olivier Faure.

Pour Olivier Faure, le texte de "Don't Laïk", "est plus que provoquant. C'est un texte qui est insupportable pour la République laïque". "Et d'ailleurs depuis il s'en est expliqué, il s'en est excusé. Qu'il le dise plus fort, parce qu'il faut que ces regrets couvrent les paroles qui ont pu être les siennes sur cette chanson", a-t-il dit. "Et donc que les plus jeunes qui sont forcément inspirés par sa musique, par ses paroles, puissent comprendre qu'on peut avoir été dans la provocation et se dire que parfois on va trop loin."
Médine Don't Laïk Official Clip


Que disent les associations de victimes ?

L'association de victimes des attentats du 13 novembre 2015 Life for Paris, a jugé lundi que le Bataclan était "complètement libre de sa programmation, sous contrôle de la Préfecture de police de Paris". Dans un communiqué, Life for Paris rappelle que cette salle a aussi été victime des attentats du 13 novembre 2015. 

Dans un courrier adressé au préfet de police, l'avocate Me Samia Maktouf, qui défend une vingtaine de victimes des attentats du 13 novembre a réclamé pour sa part "l'interdiction des concerts de Médine pour risque de trouble à l'ordre public, ainsi que pour atteinte à la mémoire des victimes, au respect dû aux survivants, et aux droits des familles des défunts".

Le Bataclan réputé pour sa programmation rock mais aussi rap

Jusqu'ici, Les concerts du 19 et du 20 octobre au Bataclan sont maintenus, celui du 20 affichant déjà complet. La salle du Bataclan est réputée pour sa programmation rock mais aussi rap, ce que rappelle Médine dans la chanson "Bataclan" de son dernier album qui vient de sortir. 
Médine - Bataclan (Official Video)

Lors d'une série d'attentats menés dans la soirée du 13 novembre 2015, un commando jihadiste a tué 130 personnes à Paris et dans sa banlieue, dont 90 au Bataclan.