Héritage Hallyday : la justice rendra sa décision le 13 avril

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/03/2018 à 21H33, publié le 30/03/2018 à 09H14
Les aînés de Johnny Hallyday, Laura et David, décembre 2017

Les aînés de Johnny Hallyday, Laura et David, décembre 2017

© BERTRAND GUAY / AFP

Le Tribunal de grande instance de Nanterre rendra le 13 avril sa décision dans l'affaire jugée en référé opposant les aînés de Johnny Hallyday, décédé en décembre, à sa veuve Laeticia pour des motifs de succession.

Les avocats des aînés de Johnny Hallyday, Laura Smet et David Hallyday, ont tenté vendredi de convaincre la justice de l'"urgence" à geler les avoirs du rocker, décédé en décembre, et demandé un droit de regard sur l'ultime album de l'artiste, ce que leur dénie son producteur, Warner, et sa veuve, Laeticia, en attendant que la bataille autour de l'héritage de Johnny soit tranchée sur le fond.

Quel a été rôle de Laeticia ?

Le rôle exact joué par Laeticia dans la succession de son mari a été l'un des points centraux des débats: les avocats de David et Laura s'interrogent sur sa qualité d'"exécuteur testamentaire", alors qu'elle est aussi l'unique bénéficiaire du ou des trusts, structures juridiques complexes de droit américain réunissant les actifs du chanteur. "On finit par s'y perdre" et ne plus "savoir exactement comment les choses s'articulent", a regretté Me Emmanuel Ravanas, avocat de Laura Smet. "On nous dit : il fallait agir" en justice "contre le trustee", le gestionnaire des actifs, et non "contre Laeticia qui n'est rien, simplement la bénéficiaire de tout ça", note Me Carine Piccio, l'une des avocates du fils du chanteur.

Mais "ce qu'on a appris depuis" la première audience le 15 mars devant le TGI de Nanterre, qui avait été repoussée à vendredi, "c'est qu'il n'y a pas de trustee", s'étrangle son confrère Me Ravanas. "On nous a précipités au bord d'un précipice qui s'appelle déni de justice", estime l'avocat.

"Urgence à agir"

Or, pour Me Pierre-Jean Douvier, l'autre avocat de David Hallyday, "il y a urgence à agir avant la mise en trust des biens" car "une fois les actifs mis en trust, on se retrouve devant un coffre-fort". Carine Piccio a pour sa part pointé en Laeticia "une communicante hors pair" qui "manipule l'opinion publique et les débats". "En 15 jours, on a assisté à un déballage médiatique sans précédent. Mais venir ternir l'image (du chanteur) pour redorer le blason de Mme Boudou", le nom de jeune fille de Laeticia Hallyday, c'est "scandaleux", a estimé l'avocate.

Revenant sur "la ligne directrice" des six testaments consécutifs du rockeur, décédé le 5 décembre, l'avocate note "une réduction testament après testament de la part réservataire des enfants de Jean-Philippe Smet", jusqu'à ses ultimes volontés exprimées en juillet 2014 en Californie.

"Beaucoup de fantasmes"

"On essaie de bâtir une histoire, l'histoire d'un homme fragilisé, faible, accaparé par sa belle-famille aux seules fins d'une main-mise sur sa fortune", a rétorqué Me Ardavan Amir-Aslani, conseil de Laeticia Hallyday, mais il y a "beaucoup de fantasmes autour de la vie de l'artiste".
Certes, les dispositions testamentaires successives "vont effectivement dans une seule direction, vers sa femme", mais "est-ce que c'est interdit, immoral?", a-t-il interrogé. Le trust JPS (pour Jean-Philippe Smet), mis en place en juillet 2014, était géré par le chanteur jusqu'à sa mort et devait, selon ses dernières volontés, bénéficier à son décès à sa veuve, puis à ses filles Jade et Joy à la disparition de leur mère. Ce montage financier complexe, très courant dans les pays anglo-saxons, a été pensé pour permettre à Laeticia de conserver un standing "conforme au niveau de vie auquel (son mari et elle) ont été habitués durant leur vie commune", selon ses statuts, dont Libération a reproduit des extraits jeudi.

"Un droit d'écouter l'album, sans remise du support"

Outre son patrimoine, l'album que le "Taulier" avait presque achevé à sa mort a également été évoqué dans les débats. "Johnny Hallyday a validé l'ensemble des compositions musicales qui figurent sur l'album, il a choisi les compositeurs", a plaidé l'avocat de Warner Music France Eric Lauvaux. "Warner Music est le propriétaire des enregistrements et nous enjoindre de remettre ces enregistrements n'a aucun fondement", a-t-il ajouté, estimant "avoir l'impression d'être l'otage d'un contentieux qui dépasse" Warner. Me Pierre-Olivier Sur a demandé pour sa cliente Laura Smet au moins "un droit d'écouter l'album, sans remise du support".

L'artiste avait travaillé une grande partie de l'année 2017 sur ce 51e album studio, qui doit sortir courant 2018. Une dizaine de chansons ont été enregistrées mais les aînés de l'ex-"idole des jeunes" demandent au préalable un droit de regard sur cet album. Le tribunal rendra sa décision le 13 avril. David et Laura ont engagé une autre action devant le tribunal de Nanterre, qui elle pourrait prendre des années, pour dénoncer le caractère illégal des dernières volontés de leur père, qui selon eux les "déshéritent".