Jeanne Added poursuit ses explorations avec son nouvel album "Radiate"

Publié le 23/10/2018 à 18H05
Clip Look at them

Après le succès fulgurant de son premier opus en 2015, Jeanne Added sort son deuxième album, "Radiate". Elle réussit le défi du renouvellement, en mettant la technologie au service de l’émotion, bien servie par la jolie production du duo Maestro. Rencontre au festival Jazz sur Seine avec une artiste en constante évolution.

Jeanne Added présente "Radiate", son deuxième album et par rapport au précédent opus sorti en 2015 le ton est différent, moins sombre, plus radieux, apaisé, comme si elle avait libéré sa voix :

Pour le premier album j’avais réduit ma tessiture, j’avais besoin de quelque chose de très recentré en termes d’énergie, ce qui se traduit par un intervalle plus réduit de notes que j’ai utilisées et je crois qu’au bout de deux ans de tournée, j’avais envie de chanter les autres… donc j’ai écrit la musique pour le faire.


Enregistré avec l’aide du duo électro Maestro, composé de Frédéric Soulard et du batteur écossais Mark Kerr, l’album montre d’elle une autre facette, plus sensible, et sa voix y est enrobée d’un univers sonore lumineux et chaleureux : "Ce sont des gens extrêmement talentueux, un sur le son, comment le créer, telle enveloppe, tel début, telle fin, telle matière de son, l’autre, Mark qui crée des rythmiques… ils étaient forts là où moi je le suis moins, on a été très complémentaires."

Reportage : A. Delcourt / M. Gualandi /  M. Guilloiseau-Joubair
Dans la réalisation de l’album la technologie se met au service de l’émotion, et le résultat est plus chaleureux que ses productions passées : "si on parle en opposition avec le premier album qui était plus numérique, celui-ci est plus analogique : On a fait passer l’électricité dans des machines, des vieux synthés, des vieilles boites à rythmes… "

Des instantanés sensoriels

Dans ces chansons comme "Mutate" elle parle de ses sensations, de son rapport au monde en constante évolution, de sa mutation : "J’ai la sensation de changer constamment au contact des gens, de ce qui m’entoure... la mutation c’est ça "Mutate" ça parle de ça, de la sensation que les cellules de mon corps se réorganisent à chaque évènement, à chaque rencontre, à chaque moment de ma vie. "
Pour elle les compositions sont des instantanés de la personne qu’elle est au moment où elle écrit :

Les chansons sont des photos de là où j’en suis, de ce qui me traverse, de ce à quoi je suis confrontée dans ma vie. 


L’autre titre phare et éponyme de l’album "Radiate" parle de sa rage, et surtout de sa façon de l’exprimer : "dans Radiate c’est la colère qui irradie, qui sort de mon corps, qui arrive comme une vibration jusqu’aux oreilles de l’auditeur "

Premier déclic

C’est en 1997 que Jeanne Added a eu une révélation : un concert de la chanteuse de jazz Abbey Lincoln qui lui a "explosé le cerveau". Fascinée par sa présence scénique, son magnétisme, elle a su, ce jour là, qu’elle consacrerait sa vie à la musique et à la chanson.

Née à Reims en 1980, une ville qu’elle a quittée "en courant", Jeanne a eu une solide formation musicale : violoncelle et chant lyrique au conservatoire de sa ville natale, puis conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, en section jazz, enfin la Royal Academy of Music de Londres, où elle perfectionne son anglais.

Rachid Taha, LA rencontre

Armée de ce solide bagage technique, elle a navigué dans le milieu du jazz pendant une dizaine d’années, enregistrant un premier album au sein du groupe "Yes is a pleasant country" avec Bruno Ruder et Vincent Lê Quang ; également avec Stéphane Kerecki, plusieurs chansons en français, de son album "Nouvelle vague". En 2013 elle enregistre en duo le titre "Now or Never" avec Rachid Taha, disparu cette année, "un grand rocker" qui l’a remuée : "avec lui il était difficile de se cacher et de ne pas savoir qui on est".  

2015 : Le tournant du succès

C’est aussi la somme de ces expériences qui l’ont aidé à franchir le pas, en solo. Peut-être aussi en réaction par rapport à la jolie voix qui faisait alors son succès dans ce milieu. Une volonté de traduire quelque chose en elle de plus brut, plus authentique.

Après un premier EP enregistré en solo, s’accompagnant de sa seule basse électrique, en anglais ou en allemand, elle sort en 2015 son premier album "Be sensationnal", réalisé avec l’aide de Dan Levy, de The Do. La musique est froide, électronique, sans concession. Le titre phare, "War is coming" exprime la tension d’une femme en guerre contre le monde ou contre elle-même peut-être... Une certaine colère assumée, et libérée sur scène, nourrie par la lecture libératrice d’une Virginie Despentes.
Le succès est immédiat et elle se retrouve rapidement une des artistes les plus programmées dans les festivals les deux années suivantes.

La musique comme thérapie

Jeanne Added vit la musique comme une thérapie, "un antidote à l’angoisse" qui permet de transformer le souci en son. "Les pratiques artistiques, leur matière c’est soi, avec les choses qu’on ne comprend pas, ça permet de dompter ou d’extérioriser des choses qui pourraient nous faire du mal si on les gardait ."

 
De son autre idôle de jeunesse, Prince, elle a gardé l’obsession du travail, car la musique est "sérieusement futile" et c’est aujourd’hui dans la découverte des machines électroniques qu’elle se trouve un nouvel horizon d’apprentissage, sans fin :

"Le champ des possibles il est monstrueux, il est nouveau en termes d’écriture de chansons, de musiques, de compositions, de textes, le son, l’harmonie, le rythme… donc tout va bien : j’ai de quoi m’occuper pour le restant de mes jours.


Jeanne Added est en tournée en France jusqu’à la fin de l’année, si vous avez l’occasion de la voir en concert près de chez vous, peut-être deviendrez-vous, vous aussi…Jeanne addict.