Victoires du Jazz 2017 : de Thomas de Pourquery à Théo Ceccaldi, un palmarès haut en couleur

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 17/10/2017 à 22H04, publié le 17/10/2017 à 09H18
Les musiciens lauréats des Victoires du Jazz 2017

Les musiciens lauréats des Victoires du Jazz 2017

© Annie Yanbékian / Culturebox

Thomas de Pourquery artiste de l'année, Hugh Coltman voix de l'année, Émile Parisien sacré pour l'album "Sfumato", Théo Ceccaldi valeur montante, Pierre Bertrand primé pour l'album "Joy", Electro Deluxe groupe de l'année, tel est le palmarès musical des Victoires du Jazz 2017 dévoilé lundi soir à Paris dans une formule rénovée, lors de laquelle des professionnels ont également été distingués.

Contrairement à l'usage, la remise des trophées n'a pas donné lieu à l'habituelle cérémonie avec alternance de performances live et de remerciements des récipiendaires. Les Victoires 2017 ont été décernées lors d'un rassemblement des professionnels du jazz au Forum des Images, aux Halles, au cœur de Paris. Les lauréats connaissaient déjà leur sort et s'étaient confiés dans un excellent documentaire truffé d'humour, d'interviews et de moments musicaux. Projeté lundi soir, ce film réalisé par Yan Pröfrock sera diffusé samedi 18 novembre vers 0h35 - tard, hélas - sur France 3 et Culturebox.

À partir du 13 novembre, Culturebox diffusera chaque jour un portrait de lauréat. Voici le teaser du documentaire.
Réalisation : Yan Pröfrock

Des innovations dans les trophées musicaux

Ces dernières années, les Victoires du Jazz s'étaient limitées à trois trophées : Artiste, Album, Révélation de l'année. Concernant les musiciens, ce nombre a doublé afin de permettre d'ajouter au palmarès un(e) chanteur(se), un groupe et un projet "inclassable" (voir au bas de l'article les réactions et nouveaux projets des lauréats).

Le prix de l'Artiste de l'année revient au saxophoniste-chanteur Thomas de Pourquery, bête de scène et personnage incontournable dans le jazz français, qui a donné au printemps dernier une suite aux aventures cosmiques de son groupe Supersonic pour lesquelles il avait reçu une première Victoire, au titre de l'album de l'année en 2014.
Thomas de Pourquery

Thomas de Pourquery

© Annie Yanbékian / Culturebox

Élu Voix de l'année, le chanteur anglais Hugh Coltman, issu de la pop et du blues, récolte les lauriers d'un travail patient et pertinent dans le monde du jazz, invité sur les disques du pianiste Éric Legnini, puis de différents autres artistes, avant d'avoir marqué les esprits avec un hommage plein de finesse à Nat King Cole, qu'il a longuement défendu en tournée.
Hugh Coltman

Hugh Coltman

© Annie Yanbékian / Culturebox

Le saxophoniste Émile Parisien, quant à lui, a reçu sa troisième Victoire du jazz. Sacré Révélation en 2009, Artiste de l'année en 2014, il est distingué cette fois au titre de l'"Album Sensation" avec "Sfumato" (Act), enregistré avec un casting haut de gamme qui incluait le pianiste Joachim Kühn, le clarinettiste Michel Portal ou l'accordéoniste Vincent Peirani.
Émile Parisien

Émile Parisien

© Annie Yanbékian / Culturebox

Un autre album a été primé lundi soir, dans une nouvelle catégorie baptisée "Inclassable" : il s'agit de l'audacieux "Joy" du saxophoniste et arrangeur Pierre Bertrand, un mariage enflammé entre jazz et flamenco, et, sur scène, entre instruments, voix et danse.

La catégorie Artiste Révélation a changé de nomination et s'appelle désormais "Artiste qui monte". Le trophée est revenu à un jeune musicien fougueux, créatif et décapant, le violoniste Théo Ceccaldi, 31 ans, issu du classique, qui s'est lancé avec gourmandise dans les musiques actuelles, multipliant les projets, collaborations et groupes, du Tri Collectif à Freaks.
Théo Ceccaldi

Théo Ceccaldi

© Annie Yanbékian / Culturebox

Enfin, les Victoires ont élu un Groupe de l'année, Electro Deluxe, mélange de funk, d'électro et de jazz, et qui se compose d'instrumentistes et d'un chanteur. Pour qui n'est pas membre de l'académie des votants, ce trophée en a surpris quelques uns à commencer par les musiciens eux-mêmes. Dans le documentaire des Victoires 2017, ils se disent "amusés" mais ne boudent pas leur plaisir.
Electro Deluxe

Electro Deluxe

© Annie Yanbékian / Culturebox

Des Victoires pour la profession

À ces prix dédiés aux artistes, les Victoires ont ajouté des récompenses à l'attention des professionnels du jazz : programmateurs, labels, producteurs, ingénieurs du son, représentants de la presse.

Les lauréats sont l'infatigable Denis Le Bas de Jazz sous les pommiers, à Coutances, deux labels (ex-aequo), le participatif Jazz & People lancé par Vincent Bessières et Bonsai Music de Pierre Darmon, deux ingénieurs du son très renommés (ex-aequo également), Gérard de Haro pour les studios La Buissonne dans le Vaucluse, Vincent Mahey pour Sextan à Malakoff, un producteur, Reno Di Matteo d'Anteprima, et une "Plume", Alex Dutilh qui produit et anime l'excellente émission Open Jazz, du lundi au vendredi à 18h sur France Musique.
Vincent Bessières, Denis Le Bas, Alex Dutilh, Guy Le Querrec, Vincent Mahey, Pierre Darmon, Reno Di Matteo

Vincent Bessières, Denis Le Bas, Alex Dutilh, Guy Le Querrec, Vincent Mahey, Pierre Darmon, Reno Di Matteo

© Annie Yanbékian / Culturebox

Les larmes d'Henri Texier

Outre la projection du documentaire, le temps fort de la cérémonie demeurera cet instant où le contrebassiste Henri Texier a remis une Victoire d'honneur au photographe de l'agence Magnum Guy Le Querrec, connu pour de légendaires clichés d'artistes de jazz. Dès les premières phrases du discours de présentation qu'il avait préparé pour son vieil ami, breton comme lui et avec lequel il partage ostensiblement de très grands souvenirs, Henri Texier a été submergé par une émotion contagieuse, la voix brisée par quelques larmes.
Guy Le Querrec et Henri Texier

Guy Le Querrec et Henri Texier

© Annie Yanbékian / Culturebox

Ce palmarès de six musiciens ou groupes et sept professionnels élus (en comptant les ex-aequo), plus une Victoire d'honneur, laissera tout de même une pointe d'interrogation. Quatorze lauréats venus de tous les horizons du jazz, et pas une seule femme.

Palmarès musical 2017

Artiste de l’année : Thomas de Pourquery (saxophone, chant)
Voix de l'année : Hugh Coltman
Artiste qui monte : Théo Ceccaldi (violon)
Album sensation de l’année : “Sfumato ” d'Émile Parisien (saxophone)
Album inclassable de l’année : “Joy” de Pierre Bertrand & Caja Negra
Groupe de l’année : Electro Deluxe

Palmarès des trophées professionnels

Meilleur programmateur : Denis Le Bas, pour Jazz sous les pommiers à Coutances
Meilleur label : ex-aequo, Bonsaï et Jazz & People
Meilleur Ingénieur du son : ex-aequo, Gérard de Haro des studios La Buissonne et Vincent Mahey du studio Sextant
Meilleur producteur : Reno Di Matteo pour Anteprima
Meilleure plume (presse) : Alex Dutilh, de France Musique
Victoire d'honneur : Guy Le Querrec, l'un des photographes historiques du jazz

3 questions aux musiciens lauréats

Thomas de Pourquery
- Votre réaction en quelques mots à cette Victoire ?
- C’est énorme. Je suis sans voix, très heureux. Je pense à mon papa qui serait très fier, à mon petit frère que j’aime tant, à tous les musiciens de Supersonic, à notre ingénieur du son Arnaud, à notre tourneur, au label… Je dédie ce prix à tous ces gens que j’aime et avec qui je travaille tout le temps. On va fêter ça dignement pendant des mois ! Je ne m’y attendais pas du tout. Dans les moments de doute, être reconnu par ses pairs, c’est quelque chose qui fait du bien.
- Où comptez-vous poser votre trophée ?
- Je vais le poser à côté du premier, la Victoire du meilleur album en 2014 ! Je pense qu’on va l’emmener sur scène pour le montrer à notre public !
- Un nom de code pour le prochain projet en chantier ?
- Pour l’an prochain : grosse tournée avec Supersonic. On va fêter cette Victoire le 16 février 2018 à la Gaîté-Lyrique, à Paris, où on avait donné notre concert de sortie de disque.

Hugh Coltman
- Votre réaction en quelques mots à cette Victoire ?
- J’attends que quelqu’un vienne me dire : "Excuse-moi, c’était une erreur..." Depuis le début, quand j’ai commencé à travailler avec Éric Legnini, et donc à mettre les pieds dans la communauté de cette musique, l’accueil est plus que bienveillant ! Être récompensé, si on veut utiliser ce mot, ou du moins, être reçu par ce monde, ça fait quand même quelque chose.
- Où comptez-vous poser votre trophée ?
- Pas dans la chambre des enfants ! Je crois que je vais le mettre dans mon studio.
- Un nom de code pour le prochain projet en chantier ?
- Pour l’instant, ça s’appelle Who’s happy, j'aime bien ça, mais c’est un work in progress.

Émile Parisien
- Votre réaction en quelques mots à cette Victoire ?
- Je suis très heureux, au nom de tous les musiciens qui ont participé à "Sfumato". C’est un honneur, un privilège, d’avoir pu réaliser ce disque, cette envie, avec une famille, mes amis. J’ai beaucoup de chance. Mais si je suis heureux de cette reconnaissance, dans le même temps, il y a toujours cette distance avec le fait de recevoir un prix. Il y a des centaines de super disques qui se font, des centaines de super musiciens… Donc merci beaucoup, mais longue vie à tous les projets qui existent à côté !
- Où comptez-vous poser ce nouveau trophée ?
- Sur la même cheminée !
- Un nom de code pour le prochain projet en chantier ?
- Double Screening. Avec les musiciens de mon quartet, Julien Loutelier, Julien Thouéry, Ivan Gélugne.

Pierre Bertrand
- Votre réaction en quelques mots à cette Victoire ?
- Je suis très touché d'avoir reçu le prix de l'album inclassable. J'aimais déjà l'idée qu'il existe une "catégorie" pour des projets qui sont considérés comme "hors-catégorie", mais y être associé officiellement est un très beau compliment pour moi, peut-être que cela veut dire que j'ai fait un album qui surprend...
- Où comptez-vous poser votre trophée ?
- Dans mon studio de travail.
- Un nom de code pour le prochain projet en chantier ?
- Caja Negra, notre groupe placé sous le signe du voyage, continue avec un 3e album autour de la musique de Duke Ellington, projet qui a mûri très longtemps et que je n'ose faire qu'aujourd'hui. Nous serons en studio en février et il sortira en octobre 2018 chez Cristal Records/Sony. En parallèle, un quintet est en projet également en collaboration étroite avec le travail du peintre Jean-Antoine Hierro. Caja Negra sera en argentine en novembre et il y aura une série de concerts en 2018.

Théo Ceccaldi
- Votre réaction en quelques mots à cette Victoire ?
- Je suis hyper heureux, hyper content. Depuis pas mal d’années, on travaille avec un collectif qui s’appelle le Tri Collectif. On n’arrête pas de bosser. Ça encourage à continuer, à aller de l’avant !
- Où comptez-vous poser votre trophée ?
- Sûrement pas sur ma cheminée parce que j’ai un chat qui risquerait de le faire tomber, or cette récompense est en verre… Donc je vais peut-être mettre cette Victoire dans le frigo. De cette façon, elle sera à l’abri et chaque matin, au moment de prendre mon petit déjeuner, je la verrai !
- Un nom de code pour le prochain projet en chantier ?
- Freaks. Des bêtes sauvages, hybrides, entre, le jazz, les musiques improvisées, le rock, avec un côté très brut, très zapping. Le disque va sortir le 2 février 2018 puis on sera en concert le 7 mars à la Maroquinerie, à Paris.

Electro Deluxe : le bassiste Jérémie Coke nous répond
- Votre réaction en quelques mots à cette Victoire ?
- On est tous très heureux et fiers. Mais très surpris aussi, vu qu'on est vraiment à la frontière du jazz et d'autres musiques. Mais on prend cette récompense avec grand plaisir et ça nous encourage à continuer le boulot de groupe que l'on fait depuis 16 ans maintenant.
- Où comptez-vous poser votre trophée ?
- Bonne question... Peut-être dans le studio où l’on travaille habituellement… ou alors en garde partagée ? Pour l'instant, je suis le seul du groupe à avoir ramené un sac pour rapporter le trophée, alors c'est moi qui prends le premier tour !
- Un nom de code pour le prochain projet en chantier ?
- Un album live va sortir courant 2018, il est en préparation. Et nous allons terminer la tournée dans un an l'Olympia, à Paris, le 18 octobre 2018.

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