Le pianiste Alexandre Tharaud ressuscite le cabaret "Le Boeuf sur le Toit"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 27/09/2012 à 14H26
Alexandre Tharaud fait revivre l'esprit du Boeuf sur le Toit

Alexandre Tharaud fait revivre l'esprit du Boeuf sur le Toit

© Laurent Fievet / AFP

Entre la boucherie de 14-18 et le krach de 1929, Paris s'adonne aux "Années Folles" et découvre le jazz: le pianiste Alexandre Tharaud ressuscite l'ambiance du cabaret "Le Bœuf sur le Toit", emblématique de l'époque, avec un disque et une journée le 14 octobre à la Cité de la Musique.

Rien ne rappelle au 28 rue d'Anglas, dans le quartier de la Madeleine, l'aventure du Boeuf sur le Toit, pourtant un des foyers artistiques de la capitale de 1922 à 1927. Le musicien classique Jean Wiéner, ambassadeur du jazz en France, y jouait tous les soirs. Il avait recruté un noir américain, Vance Lowry, qui jouait du banjo et du saxophone, et Cocteau, homme de tous les talents, se mettait parfois à la  batterie.

Du Jazz et des Noirs dans un concert classique

"C'était la première fois à ma connaissance qu'à Paris, dans le cadre d'un concert classique, des Noirs jouaient du jazz", raconte Alexandre Tharaud. Le cabaret, bientôt flanqué d'un dancing, prend le nom de "Boeuf sur le  Toit" d'après une oeuvre de Darius Milhaud inspirée par la musique traditionnelle brésilienne. Quelque mois plus tard, le pianiste belge Clément  Doucet écrit un fox-trot intitulé "La Vache dans la cave", clin d'oeil au nom du cabaret.

Le Boeuf sur le Toit

Le Boeuf sur le Toit

© DR
Le tout Paris artistique afflue: le "Groupe des Six" ardents défenseurs de la modernité musicale (Milhaud, Poulenc ...), Satie, Ravel, Stravinsky, le  pianiste Arthur Rubinstein, Radiguet, Picasso, Satie, Diaghilev, Mistinguett et  Maurice Chevalier ... Rien n'est trop fou, dans ces années vingt où s'invente une nouvelle esthétique, en musique, peinture et littérature: "Prenez une jeune fille,  remplissez la de glace et de gin, secouez le tout pour un faire une androgyne et rendez la à sa famille", proclame le loufoque "Caramel Mou", chanson de Jean Cocteau sur une musique de Darius Milhaud.

Juliette, Bénabar et Nathalie Desay en trompette !

Alexandre Tharaud, qui avoue "une fascination pour les années vingt, durant  lesquelles tous les courants musicaux se sont mêlés, tous les artistes d'avant-garde se sont croisés et ont travaillé ensemble", restitue la légèreté de ces années folles dans un disque ("Le Boeuf sur le Toit, swinging Paris") chez Virgin Classics.

Le très éclectique pianiste y a invité ses amis: le pianiste Franck Braley, avec lequel il reconstitue le duo formé par Wiéner et Doucet, la chanteuse Juliette dont la gouaille fait merveille dans le mélo "J'ai pas su y faire",  Bénabar, qui chante avec un délicieux accent français "Gonna Get a Girl" du répertoire de Maurice Chevalier. La franco-américaine Madeleine Peyroux est venue de New York enregistrer "Let's do it" de Cole Porter, et Natalie Dessay prête sa voix à ... la trompette dans une mélodie sans parole de Jean Wiéner.

Une journée à la Cité de la Musique, une tournée, un coffret et un livre

Le 14 octobre, Tharaud "fait son boeuf" à la Cité de la Musique à Paris, avec 4 concerts lors d'une journée spéciale, qui comprend aussi un éclairage historique, un marathon de chansons françaises des années 20, un marathon de jazz avec les élèves du Conservatoire, et la projection du film "Les heures chaudes de Montparnasse".

Une tournée "Le Boeuf sur le toit" l'amènera en octobre de Quimper à St-Etienne, Grenoble, Besançon et Rouen. Parallèlement, les mythiques enregistrements de Wiéner et Doucet,  disponibles seulement chez quelques collectionneurs en 78 tours, vont paraître en novembre (coffret de 4 disques) chez EMI Classics et les mémoires de Jean Wiéner "Allegro appassionato" sont publiées chez Fayard le 10 octobre.