La mort de Yusef Lateef, un grand du jazz

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 24/12/2013 à 14H09, publié le 24/12/2013 à 13H39
Yusef Lateef au festival Jazz in Marciac, le 8 août 2011

Yusef Lateef au festival Jazz in Marciac, le 8 août 2011

© Michel Amat / MaxPPP

Yusef Lateef, flûtiste et saxophniste de jazz, s'est éteint lundi matin à Shutesbury, dans le Massachusetts, à l'âge de 93 ans. Le musicien américain, qui avait joué avec les plus grands de son temps comme Dizzie Gillespie ou Ahmad Jamal, avait introduit dans le jazz des sonorités orientales qui firent sa griffe et sa renommée.

Né le 9 octobre 1920 à Chattanooga, dans le Tennessee, de son nom de baptême William Huddleston, Yusef Lateef a déménagé avec sa famille à Detroit, dans le Michigan, à l'âge de 5 ans. C'est dans cette ville qu'il fera ses débuts de musicien, sous le nom de William Evans. Il fréquente des artistes comme le bassiste Paul Chambers ou le batteur Elvin Jones avant d'être invité à rejoindre l'orchestre du trompettiste Dizzie Gillespie en tournée.

Dès son retour à Detroit, en 1950, le jeune trentenaire entame des études de composition et de flûte, se convertit à l'islam et prend le nom de Yusef Lateef. En 1957, il commence à enregistrer en tant que leader pour Savoy Records. Dans le même temps, il continue d'accompagner de grands musiciens de jazz comme le saxophoniste Julian "Cannonball" Adderley.

Des sonorités orientales qui influenceront Coltrane
En 1961, Yusef Lateef sort coup sur coup deux albums, "Into Something" (en décembre), et surtout, peu auparavant, "Eastern Sounds" (en septembre). Dans ces albums, ses inspirations orientales transparaissent clairement. Ce son si spécifique influencera notamment John Coltrane. Yuseef sera brièvement en contrat - entre 1963 et 1966 - sur le label de l'illustre saxophoniste, Impulse. Devenu multi-instrumentiste (flûte, saxophone, hautbois, basson), Lateef enrichit sa palette différents instruments utilisés en Chine, en Inde, au Japon ou au Pakistan.
Yusef Lateef : "Love Theme from Spartacus", extrait de l'album "Eastern Sounds" (1961), illustré par des images du film de Kubrick - avec Barry Harris (piano), Ernie Farrow (contrebasse, rubab), Lex Humphries (batterie)
Par la suite, Lateef devient professeur de musique, tandis que ses compositions s'orientent vers la soul, le blues, puis le funk dans les années 70, et enfin le New Age dans les années 80. Il remporte le Grammy Award du "Meilleur album New Age" avec son album "Yusef Lateef's Little Symphony" (1987).

Dans les années 90, il compose une oeuvre pour orchestre et quartet, "African American Epic Suite", sur le thème de l'esclavage aux Etats-Unis. Propriétaire d'un studio et d'un label, Yusef Lateef écrit également des livres et des nouvelles.

Dans les années 2000, le musicien est invité à enregistrer un album avec les frères Belmondo (Lionel, saxophoniste, et Stéphane, trompettiste). Sorti en 2005, le disque "Influence" (B-Flat Recordings / Discograph) sera suivi de tournées en France et à l'étranger.
Les frères Belmondo & Yusef Lateef interprètent "Shafaa", extrait de l'album "Influence" (2005) - Avec Dré Pallemaerts (batterie), Laurent Fickelson (piano), Paul Imm (contrebasse)
Ces dernières années, Yusef Lateef s'était produit avec le pianiste américain Ahmad Jamal, autre vétéran du jazz (en duo à L'Olympia), mais aussi avec le saxophoniste Archie Shepp (les trois artistes ont été réunis à Jazz à La Villette).
Une impro de Yusef Lateef, alors âgé de plus de 90 ans, avec Ahmad Jamal, sur la scène de Jazz in Marciac, le 8 août 2011...
Réaction
- Le saxophoniste Sonny Rollins a rendu hommage mardi à Yusef Lateef sur son compte Twitter : "Mon ami, mentor et frère Yusef Lateef nous a quittés. Nous sommes bénis d'avoir pu vivre sur cette planète à la même époque que Yusef Lateef."