Jean-Marc Foltz et Philippe Mouratoglou, duo magique entre clarinette et guitare, moment de grâce à D'Jazz Nevers

Mis à jour le 20/11/2018 à 11H54, publié le 20/11/2018 à 09H06
Philippe Mouratoglou (guitare) et Jean-Marc Foltz (clarinette basse) à D'Jazz Nevers (14 novembre 2018)

Philippe Mouratoglou (guitare) et Jean-Marc Foltz (clarinette basse) à D'Jazz Nevers (14 novembre 2018)

© Maxim François

Parmi les instants de grâce qui ont ponctué l'édition 2018 de D'Jazz Nevers, figure le concert du tandem formé par le clarinettiste Jean-Marc Foltz et le guitariste - et formidable chanteur - Philippe Mouratoglou. L'occasion de revenir sur une rencontre d'instruments peu courante et un répertoire envoûtant, inspiré des "Légendes d'automne" de Jim Harrison.

D'un côté, clarinette droite et surtout imposante clarinette basse pour l'Alsacien Jean-Marc Foltz. De l'autre, guitare acoustique à six cordes et sa cousine folk pour Philippe Mouratoglou, natif de Paris aux origines grecques. Les deux musiciens, qui se sont connus à Strasbourg et ont cofondé le label Vision Fugitive, naviguent depuis des années entre musique classique, création contemporaine et jazz.

Le 14 novembre dernier à la Maison de la Culture de Nevers, dans le cadre du festival D'Jazz Nevers, les deux musiciens présentaient le répertoire de "Legends of the Fall", un programme pour lequel ils ont puisé leur inspiration dans la nouvelle éponyme ("Légendes d'automne" en français) de l'écrivain américain Jim Harrison (1937-2016) et qui a donné lieu à un disque sorti en novembre 2017 sur leur label.
Jean-Marc Foltz et Philippe Mouratoglou : le teaser de l'album "Legends of the Fall" sorti le 10 novembre 2017 chez Vision Fugitive / L'Autre Distribution

Dans la Petite Salle pleine à craquer de la Maison de la Culture, le concert, qui débutait à 12h15, s'est déroulé dans un climat intimiste et chaleureux, servi par une sonorisation remarquable et un joli travail d'éclairage tamisé, aux tons changeants. Le contexte idéal pour servir une musique d'une grande puissance évocatrice et poétique.

Entre le clarinettiste et le guitariste, un dialogue passionnant s'engage. Les morceaux offrent une succession de paysages sonores, Philippe Mouratoglou faisant des percussions sur le manche de sa guitare, jouant des harmoniques, posant parfois des accords dissonants ou accompagnant avec délicatesse son complice alors en charge du thème principal.

Les silhouettes de Philippe Mouratoglou et Jean-Marc Foltz lors de leur concert à D'Jazz Nevers

Les silhouettes de Philippe Mouratoglou et Jean-Marc Foltz lors de leur concert à D'Jazz Nevers

© Maxim François

À la clarinette basse, Jean-Marc Foltz propose comme son partenaire une palette subtile de nuances et d'émotions, tantôt grave, inquiétant, poignant. Parfois, il joue si doucement qu'outre la note à peine audible, on entend son souffle qui fait frémir tout l'instrument. Régulièrement, le clarinettiste prend la parole pour présenter les morceaux. Il s'exprime avec simplicité, et, souvent, un flegme et un humour décalé, désopilant.

En 2012, Foltz et Mouratoglou avaient publié le disque "Steady Rollin' Man", un hommage au légendaire bluesman Robert Johnson (1911-1938), réalisé en trio avec le contrebassiste Bruno Chevillon. Deux chansons de cet album concluent le concert, "Come on in my Kitchen", puis, en rappel, "Malted Milk". Un final d'autant plus applaudi qu'il réserve une belle surprise aux spectateurs qui ne connaissaient pas le duo : en plus d'être un fabuleux guitariste, Philippe Mouratoglou chante. Et il chante divinement.

Philippe Mouratoglou à D'Jazz Nevers

Philippe Mouratoglou à D'Jazz Nevers

© Maxim François


"C'est le premier vrai concert de ce duo"

"C'est le premier vrai concert de ce duo", confiera Jean-Marc Foltz lors d'un mini-débat juste après le spectacle. "Avant cette date, on avait fait un demi-set où on a joué juste quelques pièces, lors d'un festival à Colmar il y a un mois."

Jean-Marc Foltz et Philippe Mouratoglou travaillent ensemble depuis dix ans. Mais ils se connaissent depuis plus longtemps, comme le relate le clarinettiste : "À Strasbourg, on s'est croisés au conservatoire où on enseignait tous les deux. Puis on s'est croisés dans les couloirs de l'école du TNS où on enseignait la musique aux comédiens, aux régisseurs, aux dramaturges. À l'époque, on ne se côtoyait pas. On a eu des amis en commun autour de la classe de guitare de Pablo Márquez [ndlr : toujours à Strasbourg]. Au fur et à mesure, on a fait connaissance et on a eu envie de travailler ensemble. On ne s'est pas dit : 'On va faire un duo guitare-clarinette, c'est vendeur, personne ne le fait !' Mais chaque fois qu'on travaillait ensemble, on s'étonnait de constater à quel point la guitare et la clarinette s'associaient bien. Cette combinaison, c'était une découverte savoureuse dont on profite au fil du temps."

Jean-Marc Foltz à D'Jazz Nevers

Jean-Marc Foltz à D'Jazz Nevers

© Maxim François

"C'est aussi parce qu'on avait beaucoup d'affinités - et qu'on en a toujours - sur le plan musical qu'on a eu envie de jouer ensemble", renchérit Philippe Mouratoglou.

Une musique improvisée en studio

"Pour ce projet, on a décidé de laisser la musique surgir en studio, dans l'intimité feutrée de La Buissonne", explique Jean-Marc Foltz lors du débat à la Maison de la Culture. "On n'a pas préconçu la musique mais elle est née un peu à l'Américaine, avec une première prise, une deuxième, une troisième... C'était pour nous une façon d'écrire comme une autre. On n'est pas des compositeurs de musique savante. Pour nous, la liberté et l'écriture se trouvent là."