Avec la disparition de France Gall s'éteint un peu du temps des yéyés

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/01/2018 à 17H17, publié le 08/01/2018 à 17H15
France Gall, années 70

France Gall, années 70

© WOLFGANG WEIHS / DPA

Avec la mort de France Gall, un mois après celle de Johnny Hallyday, une époque de la chanson française s'éteint : celle des interprètes populaires nés dans l'ébullition des yéyés.

"Toutes les époques partent, tout part, mais il y a des choses qui restent. J'ai toujours pensé que des chansons que l'on peut qualifier d'intemporelles seront toujours là", a estimé lundi Françoise Hardy sur Europe 1, en saluant la mémoire de France Gall. Même si de nombreuses figures des yéyés sont vivantes et pour certaines actives (Eddy Mitchell, Sylvie Vartan, Michèle Torr, Sheila, Dick Rivers, Hugues Aufray...), avec les morts de Johnny Hallyday et France Gall, c'est une partie de l'adolescence de leur public qui s'en va.

Première lolita

Pour Fabien Lecoeuvre, auteur d'ouvrages sur la chanson française, France Gall était "une immense star de cette époque" sans être "tout à fait une icône comme Johnny". "Beaucoup de gens l'ont écoutée lorsqu'ils étaient jeunes dans les années 60 et 70. Je ne pense pas qu'ils vont lui dire au revoir comme pour Johnny mais ils pleurent quand même quelque part leur enfance". "Dans les années 60, elle a été une égérie mais surtout la première lolita, bien avant Lio à la fin des années 70 et Vanessa Paradis à la fin des années 80. Puis elle a grandi et vieilli avec son public", souligne ce spécialiste, rappelant que France Gall, même si elle s'était retirée il y a 20 ans, a connu une carrière de près de 40 ans.
Pour Françoise Hardy, "le sens du rythme, c'est ce qui la qualifie en tant que chanteuse. Véronique Sanson, Michel Berger et elle ont amené une façon d'interpréter, un phrasé très rythmique, différent de celui assez binaire auquel on était habitué".

Pure interprète

"J'ai toujours considéré que c'était une chanteuse de jazz extraordinaire", a renchéri sur Franceinfo le producteur Bernard de Bosson, ancien président de Warner. De plus, que ce soit avec Berger ou Gainsbourg, qui lui écrivit ses premiers tubes dont "Poupée de cire, poupée de son" sacrée au concours de l'Eurovision (sous bannière luxembourgeoise) en 1965, "elle est parvenue à influencer ses auteurs", selon Fabien Lecoeuvre. "Quand Gainsbourg lui écrit Les sucettes, il y a évidemment la double lecture qu'on devait en faire. Mais la chanson n'aurait peut-être pas existé s'il ne l'avait pas interrogée sur ce qu'elle aime faire, pour s'imprégner de sa vie d'adolescente. C'est en lui confiant qu'elle aimait bien aller au drugstore acheter des sucettes à l'anis, qu'elle lui a donné l'idée d'en faire une chanson", étaye-t-il.

Reste que si France Gall a collectionné les tubes, elle ne constitue pas forcément un héritage musical pour les générations suivantes, contrairement à Michel Berger ou Daniel Balavoine, auteurs-compositeurs cités par de jeunes artistes actuels. Pour Fabien Lecoeuvre, "ce sont avant tout ses chansons (...) et sa personnalité qui a su s'adapter aux époques", qui resteront. 

Charles de Boisseguin, leader du groupe L'Impératrice, estime dans Libération que "la nouvelle génération de chanson française est plus directement affectée par sa disparition que par celle de Johnny", notamment en raison de sa "manière incroyable d'incarner les chansons". "C'est rare de parvenir à ce statut en étant toujours restée une pure interprète sans avoir jamais rien composé ou écrit soi-même", ajoute ce représentant de la relève pop française. S'il fallait désigner une héritière, cela pourrait peut-être être Louane, qui a rendu hommage dimanche à "une très grande artiste", à condition sans doute que l'ex-élève de "The Voice" sache durer et dénicher les auteurs inspirés comme avait su le faire France Gall.