Le thriller à offrir à Noël ? “J’irai tuer pour vous” d’Henri Loevenbruck

Mis à jour le 23/12/2018 à 14H26, publié le 20/12/2018 à 17H15
Henri Loevenbruck

Henri Loevenbruck

© Claude Gassian pour Flammarion

Alors que Paris est frappé par une vague d'attentats, en 1985, un agent clandestin entre au service du contre-espionnage français. "J'irai tuer pour vous", d'Henri Loevenbruck (Flammarion) est un roman noir qui sonne d'autant plus juste qu'il est nourri par les confidences d'un espion de l'ombre, et servi par une riche documentation.

Une fois tournée la dernière page de “J’irai tuer pour vous”, on se demande avec effarement pourquoi on a lu si peu de critiques sur ce polar saisissant, qui ramène trente ans en arrière.“J’irai tuer pour vous” démarre en 1985 sur un triple fil : les mésaventures d’un agent de sécurité privé français en Amérique Latine, Marc Masson, l'attentat aux Galeries Lafayette, peu avant Noël, et la préoccupation de l'ambassade de France à Beyrouth, où le journaliste Jean-Paul Kauffmann et le chercheur Michel Seurat ont été enlevés, six mois plus tôt.

Ces trois fils vont se rejoindre lorsqu'un officier de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) s'avise des qualités exceptionnelles de Marc Masson. Il a repéré ce Français hors norme, qui a échappé de justesse à la vindicte de la pègre brésilienne, et il a compris qu'il pouvait canaliser - ou exploiter- sa violence latente. Dans l’Hexagone et ailleurs, il va l’employer à des missions clandestines, que les services secrets français n’entendent pas endosser.

Six cents pages qui défilent comme un film d'action

On va donc suivre, sous un double ou triple nom, les aventures de Marc, ses amours avec une jeune libraire, sa formation secrète dans un camp militaire, et les missions périlleuses qui lui sont confiées. On va le voir monter et démonter une arme, ajuster une cible, frôler la mort, être meurtri dans sa chair, jouer avec sa vie, être prêt à en supprimer d'autres, sur six cents pages qui défilent comme un film d'action. Voilà pour la succession vibrante d'émotions, qui appellent, sur un autre registre, tout autant de réflexions (qui tue en notre nom et pourquoi ?)


Mais tout aussi exceptionnelle est la richesse documentée du roman, pour qui se souvient de ce pan d’histoire récente. La vague d'attentats à Paris et les prises d’otages de Français au Liban étaient liées à des contentieux avec l’Iran (dette Eurodif, livraisons d’armes à l’Irak etc.). Et l'on voit intervenir, de Paris à Beyrouth en passant par Téhéran, de multiples acteurs dont les deux principaux protagonistes du gouvernement de cohabitation, le président François Mitterrand et le premier ministre Jacques Chirac, nommé en 1986. L'un comme l'autre (voire l'un contre l'autre) jouent le coup d’après, la présidentielle de 1988, poussant ainsi l’Iran à la surenchère.

Un roman qui puise dans les confidences d'un agent clandestin

Le roman met en scène leurs dialogues et les actions en sous-main du ministre de l’Intérieur d’alors, Charles Pasqua, sur fond de guerres de services poursuivant leurs cibles, et leurs objectifs (dans tous les sens du terme). Le tout, documenté, rythmé, raconté avec brio, et enrichi de chair et de sang, par les confidences du personnage principal : Marc, écrit l’auteur dans ses remerciements, “m’a permis de transformer sa vie en roman, avec une confiance comme seule peut l’offrir une amitié profonde”.


Cette amitié a nourri ce roman noir au long cours (trois ans d’écriture, beau boulot) qu’on ne saurait trop recommander. Énormément de travail et beaucoup de documentation (la bibliographie en fin d'ouvrage l'atteste) liés par une verve romanesque et une construction impeccable, la recette semble infaillible. Comme l'a tweeté à juste titre l'écrivain Maxime Chattam, qu'on se permettra de citer ici, "J'irai tuer pour vous" constitue le cadeau de Noël "parfait" pour les amateurs de thriller, et l'un des meilleurs "lus depuis longtemps".

"J'irai tuer pour vous", d'Henri Loevenbruck
Flammarion , 22 euros, 640 pages