La manufacture de pianos Pleyel va fermer ses portes à Saint-Denis

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/11/2013 à 16H15, publié le 12/11/2013 à 14H17
Dans les ateliers de la manufacture de pianos Pleyel en 2010

Dans les ateliers de la manufacture de pianos Pleyel en 2010

© FRANCOIS GUILLOT / AFP

Chopin, Liszt, Debussy ou encore Saint-Saëns y ont joué leurs plus belles partitions : les prestigieux pianos Pleyel ne sortiront bientôt plus de la manufacture de Saint-Denis, qui fermera ses portes en fin d'année, 200 ans après la création de la marque.

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C. Airaud, E. Refait,C. Fortune, J-M. Lequertier
 
"Dans une indifférence quasi générale, les prestigieux Ateliers Pleyel ont annoncé l'arrêt de l'activité du site de Saint-Denis", a annoncé la Confédération française des métiers d'art (CFMA) dans un communiqué.
 
Joint par l'AFP, un responsable de cet ancien fleuron de l'industrie musicale française a confirmé la fermeture prochaine des ateliers, dont l'activité s'était considérablement réduite ces dernières années. "Les ateliers vont fermer, le processus est en cours, ça va se faire avant la fin de l'année. Je fais partie des gens qu'on remercie, on est 14 dans la même galère, à se retrouver sur le carreau", a dénoncé ce salarié, qui a souhaité rester anonyme.

Repositionnement
La manufacture Pleyel de Saint-Denis avait ouvert ses portes en 1865, dans un vaste atelier de 50.000 m2. En 1961, la production avait été délocalisée en Allemagne, puis rapatriée en France, à Alès (Gard), de 1996 à 2007.

Le groupe était revenu s'implanter à Saint-Denis, au nord de Paris, à l'occasion du bicentenaire de la marque. Le nouvel atelier, situé à un centaine de mètres du Stade de France, était tourné vers le luxe (pianos à queue, de designers, d'artistes, commandes spéciales...) et fabriquait également des meubles design.

Conséquence de ce repositionnement, lié à la concurrence féroce des fabriquants asiatiques: la société ne produisait plus ces dernières années que deux pianos par mois, contre près de 140 au début des années 2000.
La fin d'une entreprise" du patrimoine vivant"

"Cette disparition est symptomatique du plan social de grande ampleur actuellement à l'oeuvre dans le secteur des métiers d'art. Chaque jour, des ateliers et des savoir-faire ancestraux, constitutifs de l'ADN économique et culturel de notre pays, disparaissent", regrette le CFMA.
La présidente du Conservatoire international de musique de Paris, Françoise Lévechin, a elle évoqué "une grande catastrophe pour l'école du piano français". "C'est impensable qu'on ne puisse pas la soutenir, qu'on ne puisse pas sauver cette maison très ancienne qui est une grande manufacture française et qui fait partie de l'histoire du piano", a-t-elle déploré.
La société Pleyel avait obtenu en 2008 le label "Entreprise du patrimoine vivant" (EPV), attribué par l'Etat afin de distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d'excellence. La construction d'un piano Pleyel nécessite 5.000 pièces, entre 500 et 1.500 heures de travail, regroupant 20 métiers différents (luthiers, ébénistes, vernisseurs, laqueurs...), indique le constructeur sur son site.