Johnny Hallyday : un émouvant hommage à la Madeleine

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/12/2017 à 19H30, publié le 09/12/2017 à 16H03
De gauche à droite au premier rang : Julie Gayet, François Hollande, Carla et Nicolas Sarkozy, un homme non identifié, le président du Sénat Gérard Larcher, le Premier ministre Édouard Philippe, Brigitte et Emmanuelle Macron, à quelques mètres du cercueil de Johnny Hallyday, durant l'office religieux à l'église de la Madeleine, à Paris, le 9 décembre 2017

De gauche à droite au premier rang : Julie Gayet, François Hollande, Carla et Nicolas Sarkozy, un homme non identifié, le président du Sénat Gérard Larcher, le Premier ministre Édouard Philippe, Brigitte et Emmanuelle Macron, à quelques mètres du cercueil de Johnny Hallyday, durant l'office religieux à l'église de la Madeleine, à Paris, le 9 décembre 2017

© Thibault Camus / Pool / AFP

Samedi à la mi-journée, une cérémonie religieuse a conclu l'hommage populaire rendu à Johnny Hallyday, lors de laquelle moments musicaux, éloges d'écrivains (Philippe Labro, Daniel Rondeau) et autres artistes (Line Renaud, Marion Cotillard, Carole Bouquet, Jean Reno, Patrick Bruel), prises de parole du vicaire qui présidait l'office, chants religieux, ont alterné durant environ deux heures.

La cérémonie avait débuté en musique avec le pianiste Yvan Cassar, ancien compagnon de route du chanteur disparu, et le violoncelliste Gautier Capuçon, qui ont joué notamment un air d'Edith Piaf

Des musiques de Johnny, sans le thème, sans sa voix

La cérémonie a été entrecoupée d'intermèdes musicaux joués par quatre guitaristes : Norbert Krief (qui participait aux disques de Johnny depuis 1986), Yarol Poupaud (son directeur musical), Maxim Nucci alias Yodelice (qui a composé son album "De l'amour" en 2015) et Matthieu Chedid (qui a réalisé son album "Jamais seul" sorti en 2011).

Les musiciens ont joué les parties instrumentales de grands succès de Johnny, laissant une sensation de vide à qui les reconnaissait, comme pour laisser l'assistance, mais aussi le public au dehors ou devant son écran de télévision, fredonner les paroles à la place du chanteur. On a ainsi pu reconnaître "Je te donne", "Toute la musique que j'aime" ou "Que je t'aime", chansons orphelines de la voix puissante qui en donna des interprétations uniques.

Au premier rang était assise Laeticia, souvent en larmes, entourée de ses deux fillettes, dont elle tenait la main. L'ex-femme de la star, Sylvie Vartan, son fils David Hallyday, son ancienne compagne Nathalie Baye et sa fille Laura Smet étaient également au premier rang. Étaient également là son ami, "son frère" Eddy Mitchell, et d'autres proches dont Guillaume Canet, Marion Cotillard, Line Renaud, Jean Dujardin, Jean-Louis Aubert, Mimie Mathy, Orlando, Michaël Youn, Nagui, Salvatore Adamo, Mathilde Seigner... Jean Reno était assis à côté des fillettes de Johnny. On a reconnu aussi la ministre de la Culture Françoise Nyssen, Nicolas Sarkozy, qui a essuyé une larme, son épouse Carla Bruni, François Hollande et Julie Gayet, et le Premier ministre Edouard Philippe.

Johnny, le "seul capable de créer une communion populaire", pour Labro

La première prise de parole de la cérémonie est revenue à Philippe Labro, écrivain, qui avait signé des chansons de Johnny parmi lesquelles "Jésus Christ". "Il aimait choisir les mots, les chanter et les dire pour qu'ils atteignent tous les publics. Cet homme, seul capable aujourd'hui de créer un tel moment, de créer une communion populaire, Johnny Hallyday, qui était-il ?", s'est interrogé Philippe Labro. "Un alchimiste, un voyageur, un aventurier, un combattant, un caméléon, un athlète, un artisan, un artiste, un fédérateur, un inventeur, un solidaire, un rockeur, un amoureux, un biker, un généreux, un père par deux fois, un enfant dans un corps d'adulte, un adulte aux yeux d'enfants...", a-t-il tenté de répondre, avant de décrire le parcours du chanteur. "La gloire et la grâce, tel pourrait être le titre du roman de sa vie."

Il a aussi mis en parallèle les difficultés de l'artiste à l'"enfance tronquée, trompée, truquée" et le bonheur qu'il avait su trouver auprès de ses fans, sa famille et ses amis. "À travers les chutes, les rebonds, les excès et les extravagances, Johnny est resté le même homme, (...) comme si la gloire ne l'avait pas fait vaciller", et malgré "l'empreinte majeure, jamais effacée, de l'abandon paternel dont il fut victime, il a résisté au danger de cette gloire dévoyée, et ce faisant, il s'est construit."

"L'ange crucifié, le fils prodigue, rocker et troubadour forever", pour Rondeau

Un autre écrivain, Daniel Rondeau, à qui Johnny Hallyday avait raconté sa "vie de destroyance", dans une interview choc publiée en 1998 dans le Monde, est quant à lui revenu sur la carrière du rockeur, "un enfant de la balle, un saltimbanque sans autre racine que la musique". Il a aussi parlé du lien très fort qu'il avait forgé avec le public. "Johnny n'oubliait jamais qu'il tenait sa couronne des faubourgs et des bas quartiers", et "pour la plupart de ses fans, souvent des fils de personne, le seul rapport qu'ils entretenaient avec les mots et avec une forme de poésie populaire, c'étaient ses chansons".

"Johnny Gavroche nourrissait sa propre faim de poésie en mêlant ces vies de misérables à la sienne", a-t-il développé, rappelant un épisode de sa carrière où il avait versé son cachet à des mineurs en grève en Moselle. "Johnny règne aujourd'hui sur le podium des mythologies françaises, coulé dans le bronze de la dévotion populaire, entre de Gaulle et Tintin", a lancé Philippe Rondeau, estimant que Johnny était devenu "l'ange crucifié, le fils prodigue, rockeur et troubadour forever".

"Un feu qui ne s'éteint jamais !"

"Entre dans la lumière, Johnny Hallyday, une lumière, un feu qui ne s'éteint jamais !", a lancé Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris, dans son homélie lors des funérailles du rockeur en l'église de la Madeleine. Le prélat, qui présidait la célébration au côté notamment du père Guy Gilbert, le "curé des loubards", a cité la chanson "Une poignée de terre" glorifiant l'amour "donné aux hommes".

L'hommage des artistes

Des acteurs célèbres, proches de Johnny Hallyday, ont également pris la parole pendant l'office : Marion Cotillard, Carole Bouquet puis Jean Reno, parrain de Jade, l'une des filles adoptives de Johnny, qui a lu avec émotion un beau poème de Jacques Prévert, qui parle d'escargots confrontés au deuil.

De son côté, Patrick Bruel, le visage marqué, a déclaré, durant son intervention : "Je t'ai aimé comme un grand frère (...) Tu vas faire le voyage avec Jean d'Ormesson, vous allez bien vous marrer", concluant son texte d'un "Je t'aime".

L'émotion de Line Renaud était palpable lors de son discours.

Encore de la musique...


Au terme de la cérémonie religieuse en l'église de la Madeleine, le cercueil blanc de la rockstar s'en est allé sous les applaudissements d'une foule compacte, qui n'a jamais cessé de scander son nom, dans le froid mais sous un ciel bleu éclatant.