Bertrand Cantat en Une des Inrocks : le juge qui l'a libéré il y a dix ans se fait avocat

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Publié le 15/10/2017 à 11H39
Bertrand Cantat en Une des Inrockuptibles, octobre 2017

Bertrand Cantat en Une des Inrockuptibles, octobre 2017

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Dix ans après avoir accordé la libération conditionnelle à Bertrand Cantat, Philippe Laflaquière, ancien vice-président de l'application des peines à Toulouse, prend la parole pour défendre Bertrand Cantat "Je comprends l'émotion suscitée par la Une de ce magazine, mais pas les réactions incroyablement violentes, parfois haineuses", a-t-il déclaré dans un entretien au Parisien publié samedi.

"C'est une Une qui sans doute aurait choqué si elle était parue il y a quelques années. Mais là, on est dix ans après la sortie"

Mercredi, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, avait fustigé le retour médiatique de l'ex-leader de Noir Désir, en couverture des Inrocks pour son premier disque solo à paraître "Amor Fati". "Je comprends l'émotion suscitée par la Une de ce magazine, mais pas les réactions incroyablement violentes, parfois haineuses", a déclaré cet ancien vice-président de l'application des peines à Toulouse dans un entretien au journal Le Parisien, samedi 14 octobre. 

"C'est une Une qui sans doute aurait choqué si elle était parue il y a quelques années. Mais là, on est dix ans après la sortie", a-t-il précisé à l'AFP, estimant que le chanteur a fait "un retour progressif et discret". "Je ne dis pas qu'il a le droit à l'oubli parce que je crois que c'est impossible avec le métier qu'il fait et puis c'est un choix qu'il a fait", a ajouté ce magistrat honoraire à Perpignan. 

"Il est donc inexact de le présenter comme un meurtrier, ou pire comme un assassin"

Chaque réapparition artistique et médiatique de Bertrand Cantat suscite de fortes réactions depuis sa libération le 15 octobre 2007 de la prison de Muret (Haute-Garonne). Il avait purgé plus de la moitié de sa peine après avoir été condamné à huit ans de prison pour avoir porté en 2003 des coups mortels à sa compagne, l'actrice Marie Trintignant.

"Est-il nécessaire de rappeler qu'il a été condamné à Vilnius pour coups mortels et non pour homicide volontaire ? Il est donc inexact de le présenter comme un meurtrier, ou pire comme un assassin, toujours cette dictature de l'émotion", selon M. Laflaquière. Cette dernière qualification n'existait pas à cette époque dans le droit lituanien, selon le quotidien.

Le juge dit avoir rencontré "un homme à l'apparence juvénile, réservé, fragile, rongé par la culpabilité"

Si la juridiction lituanienne "avait reconnu qu'il avait voulu lui donner la mort, la peine aurait certainement été beaucoup plus lourde", a-t-il développé à l'AFP. Dans son interview au Parisien, le magistrat honoraire est revenu sur le choix de la libération conditionnelle: "son dossier remplissait tous les critères exigés par la loi: comportement irréprochable, psychothérapie, indemnisation complète des parties civiles, et bien sûr une activité professionnelle à la sortie".

"Il n'y avait strictement aucune raison de refuser cette libération justifiée et méritée, au motif que le détenu était célèbre ou qu'il serait le symbole - ce que je ne crois pas - des violences conjugales", a-t-il souligné. L'ancien juge à Toulouse s'est également exprimé sur le suicide de l'épouse du chanteur en 2010, Kristina Rady : "J'en ai été bouleversé. J'avais rencontré une femme positive, dynamique, lumineuse. J'ai pensé à ses enfants comme j'ai pensé aux enfants de Marie Trintignant".

A propos de sa rencontre avec Bertrand Cantat, il s'est souvenu "d'un homme à l'apparence juvénile, réservé, fragile, rongé par la culpabilité". "Depuis une certaine nuit de juillet 2003, je le crois plongé dans une culpabilité profonde, une souffrance inextinguible, une prison intérieure dont aucun juge ne pourra le libérer", selon Philippe Laflaquière.